exposition galerie Hang'Art, Saint-Pierre, exposition Karl Télégone

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L’herbier de Karl Télégone, art et émotion

Jusqu’en mars, l’herbier du botaniste autodidacte Karl Télégone est à voir à la galerie Hang’Art à Saint-Pierre.

Un herbier dans une galerie d’art ? Quel rapport entre un botaniste et un artiste ? Il m’a fallu aller à la galerie Hang’Art, au vernissage de l’exposition consacrée à Karl Télégone pour le comprendre. 

Thierry Hubert, Roger Lavergne, Karl Télégone, exposition galerie Hang'Art, Saint-Pierre, exposition Karl Télégone
Thierry Hubert, Roger Lavergne, Karl Télégone, réunis pour l’exposition à la galerie Hang’Art, Saint-Pierre, exposition Andémik consacrée à l’herbier de Karl Télégone.
exposition galerie Hang'Art, Saint-Pierre, exposition Karl Télégone

Pour moi, un herbier c’est des choses poussiéreuses coincées dans un carton à dessins vert et noir, des feuilles séchées, maronnasses, collées à du papier Canson. Avec dans le coin une étiquette mal collée, bordée de bleu, pour y écrire un nom latin. L’idée désuète des botanistes du XIXe siècle, canne, monocle et collections de plantes venues du monde entier rassemblées dans un jardin d’hiver comme on en voit dans les films aux héros d’Agatha Christie. J’ai eu à en faire un au cours de ma scolarité, j’en garde un mauvais souvenir. 

Aux cimaises de la galerie saint-pierroise, 70 planches, encadrées d’un code couleur selon l’origine de la plante (endémique, indigène ou exotique), sont autant de feuilles découvertes par Karl Télégone. Au contraire de mon herbier à moi, les plantes sont remarquablement conservées, un « jardin momifié » comme il le dit lui-même, grâce à un procédé qu’il garde secret. Intercalées, des aquarelles de Danielle Gigan, des céramiques de David Léon Gimenez, et une rose bourbon dans son oratoire rouge sang d’Amanda Monserrat. Les oeuvres sont à vendre, pas le travail du botaniste. 

Le lien entre un herbier, surtout celui-là et l’art, c’est l’émotion. À regarder ces morceaux de plantes encadrées, c’est toute l’histoire de La Réunion qui défile sous nos yeux, depuis ses origines, les premières graines qui l’ont colonisée jusqu’à la reconnaissance du trésor qu’est la nature réunionnaise il y a peu. Longtemps, il fallait défricher, détruire pour habiter, pour manger. Toute la flore a bien failli y passer, en suivant le sort de la forêt des bas de l’Ouest détruite par un grand incendie aux premiers temps, et du besoin d’espace qu’avaient les hommes. 

Il s’en est fallu de peu, et c’est grâce au travail de Karl Télégone et de ses confrères réunis pour l’occasion, les pionniers de la reconnaissance du patrimoine végétal unique au monde qui nous entoure encore. Ils étaient là, samedi, les pionniers réunis autour de leur ami, les Thierry Hubert ou Roger Lavergne

Ils étaient là pour se souvenir de leur travail passionnant et ingrat tant ces plantes n’intéressaient que peu de monde. Se souvenir que le botaniste autodidacte a découvert le quatrième palmier endémique de l’île, et sauvé les bois de senteur blanc et bleu. Ce qui reste du travail de celui qui a eu conscience rapidement de l’importance et du danger que courrait la flore endémique.

Philippe Nanpon

Exposition à voir jusqu’au 19 décembre à la galerie Hang’Art à Saint-Pierre puis du 21 janvier au 30 mars 2026.

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A propos de l'auteur

Philippe Nanpon

Reporter citoyen. Déménageur, béqueur d'clé dans le bâtiment, chauffeur de presse, pompiste, clown publicitaire à roller, après avoir suivi des études d’agriculture, puis journaliste depuis un tiers de siècle, Philippe Nanpon est également épris de culture, d’écologie et de bonne humeur. Il a rejoint l’équipe de Parallèle Sud en tant que journaliste pour partager à la fois son regard sur La Réunion et son engagement pour une société plus juste et équitable. Depuis son départ à la retraite, il continue à contribuer bénévolement au média.

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