En janvier et février derniers, Parallèle Sud a répondu à l’invitation de la chaîne télévisée Télé Kréol. Quatre de nos journalistes se sont rendus sur le plateau pour répondre aux questions de Jismy Ramoudou dans le cadre de son émission « Notre projet pour la Réunion ». Dans un fond de solidarité médiatique, nous avons eu l’occasion de parler de Parallèle Sud, et de deux sujets couverts récemment : l’affaire des enfants de la Creuse, et notre reportage « Au plus près de la lave, avec Baroudeur la Moukate ». Nous revenons sur ces deux émissions, qui peut-être seront les premières d’une longue série.
Remontons d’abord à ce mardi 10 février. Franck Cellier et Olivier Ceccaldi, journalistes de Parallèle Sud, se rendent pour la première fois dans les locaux de Télé Kréol, rue du Fangourin, à Saint-Paul. Le direct se lance. « Parallèle Sud, c’est d’abord une équipe. Au départ, on a fait le tour des tiers-lieux de l’île pour rencontrer des gens, se former, et devenir ce média des gens », explique Franck Cellier.
L’indépendance médiatique : un combat quotidien
Alors, comme le soulève Jismy Ramoudou, dans le contexte actuel, le travail de construction d’une indépendance économique et politique pour un média n’est pas une mince affaire. Tenter de se détacher des pressions pour raconter les histoires, les paroles, les convictions de celles et ceux que l’on rencontre, c’est l’envie première ayant donné naissance à Parallèle Sud. « Être journaliste, ce n’est pas juste donner des informations, et relater des discours dominants des institutions, de l’État, des hommes politiques. C’est faire entendre les discours de ceux qui, d’habitude, n’ont pas la possibilité de se raconter » explique Olivier Ceccaldi.
Alors, dans la dictature de l’instantanéité, de la pratique du scroll sur les réseaux, de nos capacités d’attention qui diminuent, nous essayons tout de même d’aller à contre-courant et de prendre le temps. Creuser, chercher les informations, rencontrer, questionner, et laisser un vrai temps d’expression aux personnes interviewées, c’est le journalisme que nous avons souhaité défendre. « Dans le cadre de notre émission Candidat.e.s, Candidat.e.s, nos interviews durent en moyenne une heure, et on sait que tout le monde ne regardera pas jusqu’au bout mais, c’est un format différent, qu’on ne voit pas ailleurs, et qui laisse aux interviewé.e.s la possibilité de dérouler leur programme », rajoute Olivier Ceccaldi.
Les enfants « dits » de la Creuse
Nos interventions dans l’émissions sont aussi l’occasion pour nous d’apporter une attention particulière sur des sujets et reportages qui nous ont marqué, en tant que journalistes. Pour la première, c’est de l’affaire des enfants de la Creuse dont on parle. Olivier retrace le contexte. Dans les années 60, La Réunion se retrouve avec deux « problématiques » : la démographie et le taux de chômage augmentent. « À l’époque, l’État, plutôt que de mettre en place une politique économique viable pour les gens qui ont besoin de travailler, on externalise ce problème. La situation des enfants de la Creuse arrive dans ce contexte. Entre 1962 et 1984, plus de 2000 enfants, au départ des orphelins puis en fait des enfants enlevés de familles pauvres, sont envoyés en Hexagone » raconte notre journaliste.
Dans son article, Olivier interview Marie-Germaine Périgogne, arrachée à sa terre natale dans les années 60, et ayant grandi sous une fausse identité, loin de La Réunion et de sa famille biologique. Elle revient sur ce combat acharné qu’elle mène depuis plus de six ans pour faire reconnaître sa véritable identité. « Elle me raconte qu’un jour, elle découvre dans un tiroir un document qui fait qu’elle comprend d’où elle vient », se rappelle Olivier.
Vingt ans plus tard, un regard médiatique et politique bien différent
Le traitement du sujet dans les médias, le combat politique de reconnaissance du préjudice vécu par les victimes de cette affaire des enfants de la Creuse, c’est aussi dans les articles de presse qu’on le perçoit. Comme une trace de l’évolution des pensées, des combats. «Il y a vingt ans, quand j’écrivais des articles sur le sujet, on commençait à en parler, il y avait de premiers reportages mais ça n’était pas du tout évident de dire que ces gens ont été victimes d’un État abusif. Dans un premier temps, on a dit “ qu’ils arrêtent de se plaindre, ils ont eu la possibilité d’être en France et d’avoir des possibilités d’éducation.” », ajoute ainsi Franck Cellier.
Alors, le journalisme est aussi le moyen d’ancrer dans le marbre, qu’il fût sur papier ou aujourd’hui sur internet, les réalités d’une société en constante évolution.
Documenter l’éruption
En février dernier, le volcan pète, pour la deuxième fois de l’année. Mon collègue Étienne Satre et moi-même, Sarah Cortier, partons accompagner Kévin de Berterèche, passionné de volcans, voir l’éruption d’un peu plus près. Nous sommes au début de notre « carrière » de journaliste. Couvrir cet événement fut le résultat d’une opportunité professionnelle mais aussi personnelle. C’est aussi de cela que l’on est venus parler, ce mardi 10 mars, sur le plateau de Télé Kréol, pour notre première expérience télévisée.
Je commence par raconter mon parcours. « J’ai appris le métier en rejoignant l’équipe de Parallèle Sud. Il y a ce côté humain, associatif, et l’envie de laisser une chance à celles et ceux qui veulent nous rejoindre, d’apprendre le métier. » Etienne rajoute ensuite « Nous sommes autodidactes, mais bien accompagnés par l’équipe. Pour ma part, je suis en alternance au Port à l’ILOI. J’ai découvert le métier de journaliste un peu par hasard ».
Mais, ce sujet du volcan, nous nous en souviendrons. Pour l’expédition qu’est devenue ce reportage, pour ces treize heures passées dans l’enclos, un milieu qui reste hostile pour nous, humains, et ce spectacle de l’éruption. Je rebondis : « Notre rôle en tant que journalistes, c’est de documenter cela, d’être le miroir du monde, de ce que l’on voit, ce que l’on capte de nos sens et de le transmettre aux gens qui n’ont pour certains pas le privilège de se déplacer. »
« Il y a quelque chose que j’ignorais totalement, c’est que le terrain change constamment. Kévin nous disait que les coulées ne restent pas sur un même tracé. C’était très impressionnant de voir la lave sortir de son “ lit ” », raconte Étienne.
Interdiction d’accès à l’enclos et devoir d’informer
Intervenir sur le plateau de Télé Kréol a aussi été l’occasion pour nous de rappeler notre démarche avec ce reportage. Non dans une volonté d’appeler qui que ce soit à se rendre dans un milieu qui reste dangereux, où l’accès est interdit, et non dans la volonté de défendre ce que l’on nous reproche être un « passe-droit », pour nous, journalistes. Mais plutôt en soutenant l’argument selon lequel il est de notre devoir de se rendre sur place, là où la notion de risque relève de notre responsabilité, de notre jugement. Si les journalistes de guerre ne se rendent plus sur ces terrains, nous risquons un jour d’être assujettis aux informations que les autorités des pays belligérants daignent nous transmettre. Nulle volonté de notre part de comparer le reportage au volcan avec un reportage de guerre, mais non, nous n’avons pas usé d’un passe-droit pour le simple plaisir d’aller voir la lave. C’est aussi un rôle que l’on a d’informer, malgré parfois les interdictions.
Alors, merci à Télé Kréol pour ces invitations, qui nous l’espérons pourront faire l’objet de nouveaux débats et de nouvelles rencontres.
Journaliste issue d’une formation de sciences politiques appliquées à la transition écologique, Sarah est persuadée que le journalisme est un moyen de créer de nouveaux récits. Elle a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour participer à ce travail journalistique engagé et porter de nouveaux regards sur le monde.
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