[Madagascar] Des fragrances d’ylang-ylang aux crabes de mangrove
REPORTAGE SUR LE MARCHE DE HELL-VILLE
Le marché couvert de Hell-Ville est sans conteste un point de rassemblement du chef-lieu. La journée, il est envahi à toute heure de touk-touk et de visiteurs. A sa fermeture, les rues annexes se transforment en marché de nourriture de nuit. Des hommes s’y retrouvent aussi pour regarder les matchs de foot sur le grand écran payé par la mairie.
La poussière de la terre sèche s’envole au passage des véhicules. Le bajaj zigzague entre les crevasses sur la route. La roue s’enfonce dans un trou du bitume, l’à-coup me broie le bras déjà serré au fer de la capote. Le chauffeur crie quelque chose et s’arrête. Une quatrième femme pénètre dans le minuscule habitacle, la plus jeune à côté de moi s’assied à cheval sur ses genoux, comme l’enfant d’une autre. Le touk-touk redémarre.
3 000 arias au policier
Coup de sifflet. Le policier fait un signe en direction du bajaj qui s’arrête à nouveau. Le conducteur revient 30 secondes plus tard en maugréant. Il a dû céder 3 000 arias, l’équivalent du prix d’une course sur 20 minutes de route pour une personne. Le matin, les policiers ou les gendarmes sont partout, ils arrêtent une bonne partie des bajaj. En règle ou non, les conducteurs n’ont d’autre choix que de payer pour circuler. Le touk-touk repart.
Sur le trottoir, les femmes le corps tendu vers le ciel transportent des marchandises dans leur panier. Les travaux interrompent la circulation à intervalle régulier. Ce ne sont pas les routes qui sont refaites, mais des morceaux de trottoirs qui sortent de terre. Sur le bord du chemin, un autre chauffeur change sa roue. Les chocs doivent abîmer les carrioles à vitesse grand V. Un coup de klaxon, on dépasse un zébu qui tracte de longs bois de construction. Sur la droite, un hangar vend différentes tailles de bois qui serviront à la construction des bâtiments et habitations.
Vendeurs de riz et moques en tôle
Enfin, après 45 minutes de cahots, le bajaj se gare près du marché couvert de Hell-Ville, le plus grand de l’île. Le nom de la capitale, Hell-Ville, a été donné par les Français en l’hommage à l’amiral Anne Chrétien Louis de Hell, gouverneur de La Réunion, le même qui a donné son nom à Hell-Bourg. Les Français s’y sont établis en 1841 alors qu’ils recherchaient un nouveau port après la perte de l’île Maurice, et Port-Louis, conquise par les Anglais. Hell-Ville a été rebaptisée Andoany, après l’indépendance en 1960. Sur les marches, s’entassent les vendeurs de riz et de pistaches provenant des champs situés sur la côte nord de Madagascar. Je traverse l’agitation et pénètre dans le hall.
Sur le marché se vendent quantité de fioles d’huile essentielle d’ylang ylang. Il s’agit d’une des principales cultures de Nosy Be. Les fleurs se cueillent lorsqu’elles deviennent jaune. Pour produire 1L d’huile essentielle, il faut récolter 50 kg de fleurs. L’huile sert notamment à la confection de parfum, car l’ylang ylang est un fixateur naturel d’effluves.
Les nombreuses variétés de riz et de haricots sont vendues sur la base d’une mesure à l’aide de la moque en tôle, comme cela se faisait à La Réunion dan’ tan lontan.
Les noix de cajou proviennent de champs situés non loin d’Ambanja, sur la grande terre.
Les noix de cajou proviennent de champs situés non loin d’Ambanja, sur la grande terre.
Les étals du marché couvert regorgent d’épices : combava, paprika, cacao, baie rose, curcuma… Elles proviennent toutes de Madagascar.
Les feuilles de manioc pilées sont utilisées dans la confection du plat traditionnel le ravitoto.
A l’arrière du marché couvert de Hell-Ville se trouvent de petites gargottes, des restaurants.
Les fruits du palmier raphia.
Les fruits du palmier raphia.
Des combat de moraingy sont organisés les week-end. De ces affrontements à mains nues découle le moringué encore pratiqué dans certains quartiers à La Réunion.
Les nombreuses variétés de riz et de haricots sont vendues sur la base d’une mesure à l’aide de la moque en tôle, comme cela se faisait à La Réunion dan’ tan lontan.
Les crabes de mangrove sont pêchés de manière traditionnelle à l’aide du fil et d’un appât. La demande à l’exportation de ce produit est croissante ces dernières années et provient essentiellement de la Chine. La durabilité de la pêche n’est pour l’instant pas garantie.
Les crabes de mangrove sont pêchés de manière traditionnelle à l’aide du fil et d’un appât. La demande à l’exportation de ce produit est croissante ces dernières années et provient essentiellement de la Chine. La durabilité de la pêche n’est pour l’instant pas garantie.
Les crabes de mangrove sont pêchés de manière traditionnelle à l’aide du fil et d’un appât. La demande à l’exportation de ce produit est croissante ces dernières années et provient essentiellement de la Chine. La durabilité de la pêche n’est pour l’instant pas garantie.
Les bouteilles plastiques sont conservées et même revendues comme contenant pour divers produits : eau, rhum, jus naturel, miel, citron…
Journaliste. En quête d’un journalisme plus humain et plus inspirant, Jéromine Santo-Gammaire décide en 2020 de participer à la création d'un média indépendant, Parallèle Sud. Auparavant, elle a travaillé comme journaliste dans différentes publications en ligne puis pendant près de quatre ans au Quotidien de La Réunion. Elle entend désormais mettre en avant les actions de Réunionnais pour un monde résilient, respectueux de tous les écosystèmes. Elle voit le journalisme comme un outil collectif pour aider à construire la société de demain et à trouver des solutions durables.