Lycée Mémona Hintermann-Afféjee : Les élèves s’expriment
650 : c’est le nombre de signatures récoltées pour la pétition qui vise à débaptiser le lycée Mémona Hintermann-Afféjee. Entre anciens élèves et lycéens actuels, un collectif s’était réuni le 02 avril afin d’exprimer son opposition. « Nous demandons la protection de notre établissement et de ceux qui le font vivre » clament les élèves anciens et actuels à l’origine de cette pétition.
Depuis quelques jours, une pétition circule sur les réseaux visant à débaptiser le lycée Mémona Hintermann-Afféjee. Les élèves actuels du lycée et les plus anciens à l’origine de cette pétition ont récolté à ce jour environ 650 signatures en moins d’une semaine, environ 130 toutes les 24 heures. Dans sa description, le collectif explique entre autres qu’ils veulent protéger le centre d’enseignement secondaire et ceux qui y travaillent. Comme l’explique Mathilde Turpin, ancienne élève aujourd’hui en Corée du Sud pour ses études supérieurs « Suite aux propos profondément choquants de Madame Mémona Hintermann-Afféjee, marraine du lycée, sur CNews, nous (plusieurs anciens et actuels élèves de l’établissement) avons décidé de réaliser une pétition pour proposer l’examen du changement de dénomination du Lycée Polyvalent Nord de Sainte-Clotilde. »
Dans la pétition soutenue initialement par 21 élèves/anciens élèves, nous pouvons aussi lire :
« La dénomination d’un établissement scolaire public est un acte administratif chargé de sens. Elle engage l’image de l’institution, les valeurs qu’elle transmet, et l’identité de ceux qui la fréquentent. C’est dans cet esprit que nous prenons la parole pour réagir à la récente prise de position de Madame Mémona Hintermann-Afféjee lors de l’émission L’Heure des Pros sur CNEWS. […] En invoquant le nom du lycée pour asseoir sa légitimité à minimiser des propos jugés racistes par des élus de la République, Madame Hintermann-Afféjee a directement associé notre établissement à cette prise de position. […] En effet, l’association entre personnes d’ascendance africaine et la figure simienne constitue l’un des ressorts les plus anciens et les plus documentés du racisme. Nous ne nous prononçons pas ici sur la qualification pénale de ces propos, cela relève de la seule compétence des juridictions compétentes, et la saisie de l’ARCOM est en cours. […] Lorsque la personne qui donne son nom à un lycée tient publiquement des propos perçus comme contraires à ces valeurs par une large partie de la communauté réunionnaise, le maintien de cette dénomination devient une question légitime de cohérence pédagogique et institutionnelle. […] Ainsi, nous ne demandons pas une condamnation de la personne. Nous demandons la protection de notre établissement et de ceux qui le font vivre. »
Questionné au sujet de la polémique, l’établissement a annoncé qu’il n’y aurait aucune communication à ce sujet.
D’après des informations de notre rédaction, le jour où on a baptisé le lycée en 2019, le nom posait déjà problème pour certains élèves. Selon une ancienne élève scolarisée au moment de la nomination, les élèves avaient voté pour « Le Lycée des lumières » en lien avec son orientation « Technologies nouvelles & Communication visuelle ». C’est finalement Didier Robert, président de Région à l’époque, qui avait eu le dernier mot.
Aux abords du lycée, les avis sont plutôt mitigés voire neutres, même si ce sondage n’est pas totalement représentatif. Sur une quinzaine de réponses obtenues, presque la moitié des élèves interrogés, ils ont entendu la polémique mais estiment ne pas s’y intéresser plus que ça. Pour quasiment 25 % des quelques élèves interrogés, Mémona Hintermann « c’est une raciste » comme Lenny l’explique. « J’ai entendu qu’il y avait eu des débats entre Huguette Bello et mon lycée, donc j’ai essayé de me renseigner. Maintenant que j’ai le contexte, je suis pas contre de débaptiser le lycée après ces propos-là même si j’aime beaucoup ce nom pour l’instant ». Pour Antoine et Mathis, «c’est une dinguerie de dire des trucs comme ça. C’est bad raciste. Après c’est la France hein » en évoquant les propos de Mémona Hintermann et de Jean Doridot.
« Maintenant que j’ai le contexte, je suis pas contre de débaptiser le lycée » Lenny, 15 ans.
Antoine et Mathis en classe de seconde
En interceptant un membre du personnel du lycée, on peut entendre un discours opposé. Elle considère que d’autres problématiques sont plus importantes ici à La Réunion et elle se dit défavorable au changement du nom du lycée Mémona Hintermann-Afféjee. Idem pour une maman d’élève, qui se décrit comme féministe, et qui est fière de voir ce lycée porter le nom d’une femme. «Je pense que le lycée peut garder ce nom. Elle est quand même pionnière dans son domaine. Les polémiques qui sont vers elle aujourd’hui ne changent en rien son parcours. Féministe que je suis je préfère que cette dame ait son nom au lycée car elle a apporté sa pierre à l’édifice ».
Journaliste, Etienne Satre a rejoint l'équipe en janvier 2024 en tant qu'apprenti journaliste. Il étudie à l'Institut de l'image de l'océan indien (Iloi) basé au Port.
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