maison case de Patrick Serveaux La Possession - série TO patrimoine

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Chez Patrick Serveaux, une maison moderne traditionnelle

L’histoire d’une maison, c’est aussi l’histoire du terrain qui l’entoure et de la famille qui l’habite. On dit souvent qu’on fait du neuf avec du vieux. Chez Patrick Serveaux, à La Possession, on fait de l’ancien, du patrimonial, avec du neuf. L’homme habite une maison qui reprend tous les codes d’une case créole, typique, traditionnelle, et récente. 

maison case de Patrick Serveaux La Possession - série TO patrimoine
Patrick Serveaux.

Comme son propriétaire, la maison est atypique. Située au coeur d’un verger de manguiers et de cocotiers, on ne s’attend pas à trouver ses six cents mètres carrés de plain pied en pleine ville, entourée des immeubles de la Rivière-des-Galets et de 23 ha de terres agricoles. Patrick Serveaux est agriculteur, producteur principalement de mangues, mais est connu pour d’autres engagements professionnels. Urbain, comme sa case, l’homme est affable et présente un CV long comme un pan de mur de son habitation.

Tour à tour, souvent en même temps, promoteur immobilier, président de l’Umih 974 (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie), de la commission Tourisme au Medef Réunion, de l’IRT (Île de La Réunion Tourisme), du Centhor, du Rotary du Port, propriétaire d’une résidence hôtelière et d’une villa de tourisme haut de gamme à Saint-Gilles, vice-président de la caisse régionale du Crédit agricole… il trouve encore le temps d’être disponible, notamment avec les journalistes. 

maison case de Patrick Serveaux La Possession - série TO patrimoine

Avant de décrire la maison, arrêtons-nous sur l’histoire de ce terrain tout à fait extraordinaire aujourd’hui. « Ce terrain a été acheté en 1940 par mes grands parents, Paul Iris Boyer et sont épouse », raconte Patrick Serveaux. Un terrain de 75 ha situé à cheval sur les communes du Port et de La Possession, traversé par la route coloniale qui allait de Saint-Denis jusqu’à Saint-Paul, aujourd’hui rue Mahatma-Ghandi, à la Rivière-des-Galets. La route n’était pas bitumée, il n’y avait quasiment rien, une terre aride, quelques cocotiers et de la savane, la fameuse « herbe Saint-Paul ». « Avant mon grand-père, on y cultivait un peu de café. Lui y élevait quelque cinq cents cabris et une cinquantaine de vaches.»

La minoterie donne son nom au quartier : Moulin-Joli#

Son père, Michel Serveaux, militaire, va développer l’exploitation à son retour, en 1958, des guerres de Corée, d’Indochine et d’Algérie. Il y plante des agrumes, oranges et citrons, et des cocotiers. « En 1970, l’arrivée de l’irrigation permet de développer les 23 ha du côté Port », souligne Patrick Serveaux. C’est un moteur Diesel qui pompe l’eau côté Possession, lui permettant d’alimenter un canal qui courrait de la rivière des Galets jusqu’à la ravine des Lataniers.

Une case en bardeaux, y compris le toit, est construite, ainsi qu’une minoterie à maïs, qui fonctionne jusque dans les années 60. « Ce sont les gens du coin, les colons, qui viennent faire moudre leur maïs, la base de la nourriture réunionnaise avant guerre », rappelle le Possessionnais. C’est d’ailleurs cette minoterie qui donnera son nom au quartier : Moulin-Joli. 

maison case de Patrick Serveaux La Possession - série TO patrimoine

Patrick Serveaux construit une première petite maison en 1981, le bardeau de cryptomeria est abandonné, ça gondole et n’est plus étanche. Une nouvelle case, celle que nous avons visitée, est reconstruite en 2000 sur les bases de la précédente. « La cuisine où vous vous trouvez, c’était le salon », explique Patrick Serveaux. Une belle et grande maison conçue avec son ami architecte Jean-Jacques Quentin.

« Je voulais une maison qui reste, en dur, pas en bois, et qui reprenne les principes des maisons créoles » Une maison pensée pour rester après lui, une maison qui appartient déjà au patrimoine de La Possession. « Le magazine Gala avait fait un reportage sur une double page, mais je ne peux malheureusement pas vous le montrer, le chien a mangé le seul exemplaire que j’avais », regrette-t-il, ajoutant que des tournages, comme la série Section de recherches, y ont été réalisés. Il faudra deux ans de travaux et l’intervention d’une quinzaine d’entreprises différentes pour mener le projet de construction à bien. 

« C’est là qu’habitait Patrick Serveaux »#

Pas en bois mais recouverte de bardages, un toit en zinc, des lambrequins, un dallage noir et blanc partout sous la varangue qui entoure la maison, des colonnes pareilles à celles de Chateau-Morange, un patio intérieur avec une fontaine en bronze, et un système de ventilation par les plafonds hauts de 3,5 mètres tout à fait efficace. Sur ses parquets en bois exotiques, on y respire le calme et la tranquillité, hors du temps. Si ce n’était l’absence de volets en bois et à bascule et la cuisine à l’intérieur, on la jugerais tout à fait d’époque. 

Au dehors, le jardin s’étend sous les cocotiers bien alignés. A leurs pieds poussent des orchidées dans des paniers grillagés remplis de noix en décomposition. « Une technique que j’ai découverte en Thaïlande », explique Patrick Serveaux. 

maison case de Patrick Serveaux La Possession - série TO patrimoine

« Les manguiers, j’ai commencé à les planter en 1985. J’étais destiné à être banquier ; j’ai été embauché le 2, le 10 j’appelais le patron pour lui dire que je ne viendrai plus, et je suis allé acheter une 404 bâchée », se souvient-il le sourire aux lèvres. Aujourd’hui, il est le seul producteur de mangues de l’île à bénéficier du label haute valeur environnementale de niveau 3.

Un tel écrin de verdure même privé, est un bien public tant il permet qu’une ville respire et assure le drainage des fortes pluies. Une aussi grande surface en pleine ville attise bien sûr les convoitises, et ça ne date pas d’hier. « On en avait proposé 230 millions de CFA à mon père, c’était une fortune mais il n’a pas voulu vendre. Moi non plus ; de toute façon, c’est du terrain agricole sur le plan local d’urbanisme (PLU), au SAR (schéma d’aménagement régional) et ça ne va pas changer, loi zéro artificialisation des sols aidant », se félicite celui qui dit « tenir à son verger ».

Et à sa maison qu’il a voulue « moderne, traditionnelle et fonctionnelle ». « L’architecture et la culture, ce doit être quelque chose de vivant, ce n’est pas figé dans le temps », propose le propriétaire, qui espère que « dans cent ans, on dira que c’était la maison de Patrick Serveaux ».

Philippe Nanpon

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A propos de l'auteur

Philippe Nanpon

Reporter citoyen. Déménageur, béqueur d'clé dans le bâtiment, chauffeur de presse, pompiste, clown publicitaire à roller, après avoir suivi des études d’agriculture, puis journaliste depuis un tiers de siècle, Philippe Nanpon est également épris de culture, d’écologie et de bonne humeur. Il a rejoint l’équipe de Parallèle Sud en tant que journaliste pour partager à la fois son regard sur La Réunion et son engagement pour une société plus juste et équitable. Depuis son départ à la retraite, il continue à contribuer bénévolement au média.

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