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À Jolifond, La case momon lé la tisse le lien social au cœur du quartier

Au pied des immeubles de Jolifond, l’association La case momon lé la accompagne les habitants bien au-delà de l’aide alimentaire. Médiation sociale, écoute et travail en réseau : un engagement quotidien incarné par Alexia, adulte relais, pour répondre aux fragilités du quartier.

Le local est petit, niché au pied de la barre d’immeubles du bloc Vétyver. Ce lundi matin, comme chaque jour depuis le début de son contrat d’adulte relais, Alexia sillonne les quartiers de Jolifond et de Basse-Terre les Bas. Au fil des rencontres, la jeune femme présente l’association La case momon lé la, pour laquelle elle travaille, et invite les habitant·es à participer aux activités proposées.

Un point-relais alimentaire né d’une demande du territoire#

Créée en 2018 par David Planesse, l’association s’est d’abord implantée dans le quartier de Terre-Sainte avant d’ouvrir un nouveau local à Jolifond. « Il y avait une réelle volonté, à la fois des habitants et des pouvoirs publics, de disposer d’un point-relais alimentaire pour le quartier de Jolifond, mais aussi pour Basse-Terre et les Casernes, qui font partie du Quartier Prioritaire de la Ville », explique le président de l’association.

Sur le site de Jolifond, près d’une quarantaine de bénéficiaires viennent chaque mois récupérer leur colis alimentaire, auxquels s’ajoutent des distributions exceptionnelles en cas d’urgence, comme lors du passage du cyclone Garance en mars 2025. Mais l’action de La case momon lé la ne se limite pas à la distribution de denrées alimentaires.

Alexia en tournée dans le quartier de Jolifond.
Alexia en rendez-vous avec Nicolas Perenedery, maanger de proximité pour le contrat de ville sur Saint-Pierre.
Lavoir de Basse-Terre.
Terrain de pétanque abandonné qu’Alexia voudrait réhabiliter pour les habitants du quartier.

Dignité, écoute et responsabilisation : les valeurs au cœur de l’action#

Derrière l’aide matérielle, l’association défend avant tout des valeurs de dignité, d’écoute et de responsabilisation. Ici, il ne s’agit pas uniquement de répondre à une urgence, mais d’accompagner les personnes dans la durée, sans jugement, en tenant compte de leur réalité quotidienne. « L’idée, c’est de rester à taille humaine, de ne pas faire à la place des gens mais avec eux », rappelle David Planesse. Une philosophie que l’on retrouve aussi bien dans l’aide alimentaire que dans les actions de médiation ou les ateliers proposés.

Alexia, une présence quotidienne sur le terrain#

Titulaire d’un BPJEPS en animation sociale, Alexia connaît bien l’association : elle y a été bénévole pendant deux ans avant d’y être recrutée. Aujourd’hui en poste, elle mesure l’importance de son rôle dans un quartier confronté à de nombreuses difficultés. « Je parle souvent d’écoute active, car c’est ce qui permet de comprendre réellement où se situent les enjeux et comment accompagner les habitants », explique-t-elle.

« À chaque tranche d’âge, il y a des oublis. » Papas, mamans, marmay, gramoun : nombreux sont celles et ceux qui se sentent démunis face aux problèmes du quotidien. Alexia s’efforce d’être à l’écoute et de co-construire des solutions avec eux. Ainsi, après plusieurs échanges avec les gramoun du quartier, elle a pris contact avec la mairie de Basse-Terre afin d’envisager la remise en état de l’ancien terrain de pétanque, aujourd’hui laissé à l’abandon.

Médiation sociale et prévention face aux tensions du quartier#

Convaincue de la nécessité de son rôle de médiatrice sociale, Alexia intervient dans un quartier récemment sous les projecteurs à la suite de faits de violences impliquant des mineurs. Sur le groupe Facebook Vivre à Saint-Pierre, un internaute appelle même à « la création d’un groupe de sécurisation de nos quartiers saint-pierrois ». Lors de sa tournée, elle croise d’ailleurs le CLSPD (Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance), également présent pour aller à la rencontre des habitants. Elle s’arrête, échange quelques mots, puis reprend sa marche.

Renforcer le travail en réseau pour aller plus loin#

Pour David Planesse comme pour Alexia, la réponse à ces tensions ne peut se limiter au seul prisme sécuritaire. Le travail de terrain, la prévention et le lien social restent essentiels. C’est dans cette logique que l’association souhaite aujourd’hui renforcer ses liens avec les autres acteurs associatifs et institutionnels de Saint-Pierre, afin de mutualiser les compétences et de monter des projets communs. « On ne peut pas agir seuls. Le quartier a besoin d’un vrai travail en réseau », insiste le président.

Alexia réfléchit déjà à de nouvelles pistes, notamment en direction des plus jeunes. Elle envisage de prendre contact avec un lycée de la commune afin de mettre en place des ateliers de sensibilisation auprès des élèves, autour de thématiques comme la citoyenneté, la prévention ou l’accès aux droits.

Créer du lien, parfois à travers des gestes simples#

Créer du lien avec les habitants, c’est avant tout un moyen d’aller plus loin : les encourager à pousser la porte du local, à évoquer leurs problématiques et à chercher ensemble des solutions. Parfois, il suffit de peu. Trois jours plus tard, lors d’un atelier coiffure organisé par Fred, bénévole depuis plusieurs années, médiateur social en fin de formation ADS (Accès aux droits et services), la dynamique est la même. Ancien coiffeur à Paris, l’atelier devient un prétexte pour accueillir les habitants, discuter avec eux et instaurer un climat de confiance. Une approche simple, mais essentielle, fidèle aux valeurs portées par La case momon lé la.

Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Reporter citoyen, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société.

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