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Une pétition pour demander la suspension d’un policier condamné pour violences intrafamiliales à Mayotte

Depuis le vendredi 13 février, l’association Mouv’enfants a mis en ligne une pétition pour demander la suspension d’un policier condamné pour violences intrafamiliales sur l’île de Mayotte. 

« En à peine 48h, on a déjà plus de 10 000 signataires sur la pétition. » Voilà les mots d’Arnaud Gallais, cofondateur de l’association Mouv’enfants et ancien membre de la CIIVISE (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) concernant la pétition visant à dénoncer la promotion de Yves Milla officier de police sur le commissariat de Mamoudzou alors même qu’il est condamné pour violences intrafamiliales. 

Une condamnation pour faits de violences physiques et psychologiques#

Pour comprendre l’affaire, il faut remonter à 2023. L’officier de police Yves Milla comparait alors en première instance devant le tribunal correctionnel de Thionville pour répondre de faits de violences sur ses deux enfants mineurs et des violences physiques à l’encontre de son ex-compagne (ils étaient ensemble au moment des faits). 

En juillet 2023, l’homme est condamné à 18 mois d’emprisonnement avec sursis, un sursis probatoire de deux ans ainsi qu’un retrait de l’autorité parentale alors que des faits d’humiliations, violences psychologiques, actes de brutalisation physique et multiples coups sont retenus. Si en avril 2024, la cour d’appel de Metz avait prononcé une relaxe, invoquant la notion de « droit de correction », cette décision avait été cassée par la cour de Cassation le 14 janvier 2025. 

Si la procédure judiciaire n’est pas terminée, Yves Milla devant repasser devant la cour d’Appel de  Nancy, la condamnation en première instance n’avait pas empêché l’ex major de la police aux frontières de Thionville d’être muté sur l’île de Mayotte. Selon nos confrères de StreetPress, qui a contacté le service communication de la DGPN, celle-ci considère que « la mutation a été suspendue le temps du procès et n’a été effective qu’à partir de novembre 2024 » soit après la décision de relaxe. 

Une promotion qui questionne à Mayotte#

Mais récemment, c’est la promotion de l’ex-major au poste de « chef de bureau de la sécurité du quotidien » qui soulève des questionnements. A Mamoudzou, c’est l’incompréhension au sein des forces de l’ordre comme nous l’explique un policier en poste sur place : « Son arrivée ici, personne n’a été prévenu avant et on a découvert son histoire après coup, via des articles. Pour sa montée en grade récente, on a été très surpris. On ne comprend pas. »

Le sujet, est devenu au sein de la police un sujet tabou car il se dit que la décision de sa promotion aurait été prise en haut-lieu. « On nous a demandé de ne pas trop en parler. De toute façon moi je me tiens loin de cette histoire. » explique toujours par téléphone le policier de Mamoudzou. 

Pour Arnaud Gallais, cette promotion est « un scandale sans nom » encore plus sur une île où « plus de 50% de la population a moins de 18 ans. » Joint par téléphone, Nicolas Puluhen,  président de l’association Mon p’ti Loup qui lutte contre l’inceste notamment à La Réunion et à Mayotte, considère « qu’au-delà de la promotion, il faut aussi dénoncer cette habitude de transférer des cas problématiques dans les territoires d’outre-mer. Des histoires de personnes avec un passif de violences physiques ou sexuelles sur enfant qui sont envoyés à La Réunion, à Mayotte ou ailleurs on en voit encore trop. »

Avec la pétition, Arnaud Gallais espère interpeller l’opinion publique mais aussi forcer l’administration à annuler cette promotion et peut-être aller jusqu’à la suspension de l’officier de police tant qu’une nouvelle décision ne vient pas annuler le jugement rendu en première instance. Présent en mars prochain sur l’île de Mayotte, Nicolas Puluhen réfléchit à la possibilité de faire une action pour visibiliser ce combat. 

Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

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