KWAFÉ ZORDI !
L’extrême droite s’emploie à récupérer les votes des « fâchés » comme peuvent l’être les plus pauvres. Emmaüs réplique en s’engageant à dénoncer l’imposture sociale du RN et à sensibiliser la population sur la menace que constitue le parti fondé par Jean-Marie Le Pen.
Les quelque 300 groupes Emmaüs de France et les 40 000 acteur.ices du Mouvement ont adopté ce 12 juin en assemblée générale une motion faisant de la lutte contre l’extreme droite une priorité pour l’année à venir. Et ils se sont engagés dans un plan d’action comprenant trois axes : appel aux inscriptions sur les listes électorales, actions de sensibilisation et alliances avec d’autres associations.
À moins d’un an de l’élection présidentielle, cette prise de position est exceptionnelle et montre l’urgence à agir. Selon Emmaüs, « L’extrême droite représente une véritable menace pour l’avenir du Mouvement (coupes dans les budgets des politiques publiques d’insertion et d’hébergement d’urgence, refus d’agréments publics, etc.) mais aussi et surtout pour les personnes accueillies au sein de ses structures (personnes exilées, personnes en situation de précarité). »
Joint au téléphone, le directeur d’Emmaüs Réunion, Bernard Grondin, dit ne pas faire de politique mais se déclare « évidemment solidaire » de la motion votée à Lyon. Il attend plus d’informations du mouvement pour relayer cette lutte sur le plan local : « Il nous faut sensibiliser le plus grand nombre de personnes face au risque de l’accession de l’extrême droite au pouvoir, expliquer les enjeux aux populations les plus en difficulté. Ce sont des gens qui en ont marre d’un système défaillant. »
Emmaüs Réunion en grande fragilité
Le représentant local d’Emmaüs fait le lien entre la précarité de la population et celle d’Emmaüs Réunion : « Nous sommes dans l’urgence. La première question est celle de nos moyens. Je viens de signer enfin les 5 Pec (Parcours emploi compétences) qui nous sont accordés mais nous somme loin du compte. Il ne nous restait plus que 5 collecteurs pour récupérer les objets et meubles chez les donateurs alors qu’à la fin de l’année dernière ils étaient encore 14. »
C’est la tête encombrée de chiffres douloureux qu’il explique que la décision du gouvernement de diminuer le nombre de contrats aidés ainsi que leur taux de financement plonge Emmaüs dans un contexte de survie. L’association met un point d’honneur à payer ses salariés sur une base de 35 heures, alors que l’aide d’État est de plus en plus maigre.
« Chaque mois c’est un exploit de sortir 60 000 € pour payer les salaires » indique Bernard Grondin. « Il faut savoir que nous fonctionnons sans subvention, les achats solidaires représentent 93 % de nos recettes. Quand on a moins de collecteurs, notre activité et nos recettes diminuent mathématiquement. »
Dans cette logique de survie, Emmaüs rappelle que « l’accès au pouvoir de l’extrême droite se traduirait par un affaiblissement de l’État de droit, une fragilisation du secteur associatif, un détricotage de dispositifs sociaux essentiels, l’élargissement de la préférence nationale à de nombreuses politiques publiques, ou encore une dépriorisation des enjeux de transition écologique. »
Les actions à mener
« Dans un contexte d’extrême droitisation des idées au sein de la société, nous observons déjà les conséquences sur les personnes en situation de précarité, les libertés associatives et les politiques publiques de lutte contre la pauvreté. Il était primordial qu’un mouvement de solidarité tel qu’Emmaüs se positionne et participe à la bataille culturelle pour défendre et promouvoir un modèle de société plus solidaire et écologique, qui profite à toutes et tous», déclare Bruno Morel, Président d’Emmaüs France.
Le communiqué national dresse la liste des actions à mener :
- Inciter activement aux inscriptions sur les listes électorales et au vote.
- Dénoncer l’imposture sociale de l’extrême droite, notamment en rappelant ses votes au Parlement et ses discours rejetant la responsabilité des difficultés sur les étrangers.
- Alerter sur les dangers, encore trop méconnus, que représente l’extrême droite sur les personnes précaires, les associations, la culture, les médias, les politiques de transition écologique, la cohésion sociale… et donc la société dans son ensemble. Cela se traduit notamment par la publication de 4 éditions d’un journal “de dans un an” : un journal dystopique où l’extrême droite serait au pouvoir. Ce journal n’est pas encore paru. Il ne tient qu’à nous qu’il ne paraisse jamais. (1er numéro en pièce-jointe)
- Prendre sa part dans la bataille culturelle en organisant des journées portes-ouvertes, des table-rondes, des manifestations culturelles, solidaires, festives… Et se saisir de toutes les occasions de rencontre pour échanger, sensibiliser, débattre.
- Engager un travail de veille sur les nouvelles dérives locales de l’extrême droite pour construire des réponses adaptées, assorties de recours juridiques si nécessaire.
- Dénoncer les préjugés stigmatisant la pauvreté et promouvoir un modèle de société accueillante, solidaire et écologique, tel qu’il se déploie chaque jour dans les groupes Emmaüs.
- Former des alliances avec d’autres organisations de la société civile également engagées dans ce combat.
Franck Cellier


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