Nous sommes mardi 16 juin. Il est 10 h 30. Sous le grand soleil de Bras-Fusil, les premiers coups de pioche heurtent la terre. C’est le jour J. Le jour de l’inauguration du jardin partagé de la résidence Guétali. Pour l’occasion, tous les partenaires du projet sont présents : l’association Kpab6T, la CIREST, la Semac (Société), l’association partenaire Nou Lé Kapab avec son représentant, Jean-Claude Ellama, ainsi que les huit familles participantes.
Tacy fait partie des locataires désormais propriétaires d’une parcelle. « Là, on plante les salades, les piments, les aubergines. Après, ce sera à nous de cueillir. » Au total, huit logements sont engagés dans la démarche. Alors, comme les autres, elle s’est engagée à entretenir son petit lopin de terre, à venir remuer la terre, humidifier le sol, ajouter du broyat au compost pour que la terre soit la plus fertile possible.
Bio-composter : un mot compliqué pour une habitude facile à prendre
Mais avant toute chose, l’idée est de faire du compost. En clair, mettre à part tous les « biodéchets » du quotidien dans un bio-seau qu’il faudra vider dans le grand bac commun, situé dans le jardin. Dans un premier temps, les participants ont rendez-vous mardi prochain pour disséquer ensemble le contenu des « bio-seaux » distribués lors de l’inauguration. Ensemble, ils regarderont ce qui est bon à mettre, ainsi que les petites erreurs qui ont pu être faites. Épluchures, oui ; coquilles d’œufs, oui. Peut-on mettre des os de poulet dans le bio-seau, par exemple ? Pas si évident à savoir.
Julien Boyer est guide compostage à la CIREST. C’est lui qui explique, ce jour-là, aux habitant·e·s les règles de base à comprendre pour le compost. Alors, on peut mettre des os de poulet, du poisson ou des laitages, mais en petite quantité. Par contre, pour ce qui est du pain, du riz blanc, des pâtes ou des légumes cuits, c’est open bar.
Faustine, habitante de Guétali, est présente ce jour-là. C’est elle qui fait rire la galerie. Composter, oui, mais à condition que la manucure ne soit pas endommagée, lance-t-elle avec humour. Ce qui l’a attirée dans le projet, c’est de « faire participer les enfants, pour qu’ils fassent du jardinage, parce que je n’aime pas le faire. J’ai déjà fait du compost quand j’étais au collège. Ça va, c’est facile », répond-elle avec un sourire en coin.
Faire vivre un jardin : un engagement de long terme
Pour que le projet fonctionne, il faudra un vrai engagement, tient à rappeler Cyril, de l’association Kpab6T, qui prend la parole. « Ce n’est pas pour vous mettre la pression, mais si on voit que les parcelles ne sont pas entretenues, que vous n’êtes pas engagés dans le projet, on pourra vous retirer la parcelle. Il y en a huit, donc il n’y en a pas pour tout le monde. »
Ce jour-là, une saveur de satisfaction est déjà présente. Car les parcelles attendent d’être remplies, la terre est vierge, tout est prêt pour que l’aventure commence. Mais début avril, le jardin avait une toute autre allure. « Il était en friche », nous raconte Nathan, stagiaire chez Kpab6T. « On a récolté 230 L de déchets au total, il me semble, avec les habitant·e·s du quartier. Il y avait aussi des patates douces, des zambrovate, des songes et des maniocs à récolter. »
D’une friche à un potager tout propre
Le 2 mai dernier avait lieu le premier atelier du projet avec les habitants. C’est là que tout avait vu le jour, que tout avait été discuté et décidé en commun, par et pour les habitants. « On a construit ensemble le cadre du projet, pour savoir comment on voulait que ce jardin prenne forme. Est-ce que chacun a sa parcelle, ou est-ce qu’on fait un jardin ensemble ? Pour commencer, chacun a sa parcelle, ça évite les passagers clandestins. Certains ont déjà eu des expériences de jardin partagé. Ça ne s’est pas toujours très bien passé. Il y a déjà eu des vols, donc l’idée est aussi de faire quelque chose de sécurisant pour tout le monde, qui donne envie de s’y engager. ».
Au-delà de l’intérêt écologique du projet, c’est aussi du lien que le jardin partagé Guétali vient créer au sein de la résidence et du quartier. C’est dans une ambiance festive et volontaire que les locataires se prêtent au jardinage, sous un soleil pourtant tapant. Autour de la table, on partage des jus et des samoussas, quand, à l’heure de se dire au revoir, certain·e·s repartent avec un plant de piment, de bringelle ou de manioc sous le bras, mais surtout le sourire aux lèvres.
Sarah Cortier


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