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Milé : 7 musiciens, du maloya, des dizaines de scène, une tournée en France et de la détermination plein les poches

Lundi dernier, nous avons assisté au début d’une répétition du groupe de maloya Milé dans un studio du Kabardock. Le groupe s’est produit sur Saint-Denis dimanche dernier et participera au show case de Gayar Lartist le 18 juillet au Barachois. Ce jeune groupe, qui n’ a que deux ans est pourtant déjà bien rodé à la scène puisque quatre des sept membres ont réalisé une tournée auto produite dans l’Hexagone en juin dernier. Nous rencontrons au Kabardock Ludovic Amémoutou, leader et fondateur du groupe qui a accepté de répondre à nos questions.

Ludovic, leader et fondateur, a l’œil rieur et une énergie qui donne envie d’en savoir plus sur ce nouveau groupe de maloya « Milé ». Du maloya new wave comme il le décrit, on parlait de cette new wave déjà avec Sueilo il y a quelques mois mais il semble qu’elle est difficile à définir, le facteur commun finalement c’est de la musique fait par des jeunes.

Le groupe, formé il y a deux ans, a déjà sorti un morceau Zoli Véli réalisé plusieurs scènes notamment lors d’une tournée auto produite en France le mois dernier. Sur Instagram, le groupe raconte cette folle aventure de 12 dates.

Peux-tu te présenter et présenter MILÉ ?

Ludovic Amémoutou : Moi, c’est Ludovic, j’ai 24 ans, ça fait à peu près 20 ans que je fais de la musique. Si vous êtes bons en maths, vous vous rendez compte que j’ai commencé très jeune. Dans le groupe, on est sept, avec quatre membres vraiment très actifs. On est partis à quatre en tournée récemment. On fait du maloya traditionnel et surtout du Maloya New Wave.

Ludovic Amémoutou, leader du groupe, joue de la kora

Comment le groupe s’est-il formé ?

Le groupe s’est formé il y a deux ans. C’est une rencontre d’individus qui avaient envie de vivre une aventure tous ensemble et de faire du maloya. On vient d’origines à peu près similaires : on est tous des enfants issus de La Réunion, partis ou pas. Au final, chacun a un rapport différent avec le maloya. C’est ça qui fait la pluralité et la richesse de notre musique.

Quel est ton propre rapport au maloya ?

Moi, je suis ce qu’on appelle un « nepo baby ». Mon père fait du maloya, ma mère fait du maloya, la moitié de mon entourage est dans le milieu. Donc ça coule de source. Depuis à peu près le CE1, je fais du maloya, et même avant.

L’envie de faire un groupe est arrivée très tard. J’ai fait un voyage en France, comme plein de Réunionnais. J’y ai fait mes études, j’ai vécu là-bas un peu. En rentrant, je me suis reconnecté avec la musique. En fait, je n’avais pas forcément envie de faire un groupe de maloya. J’avais surtout envie de faire un groupe humain, un peu dans l’esprit des Mugiwara, pour ceux qui regardent One Piece.

J’avais envie d’un équipage de pirates : un gars qui sait faire à manger, un gars qui est coiffeur, un mec qui est marrant, un gars qui est guide touristique, quelqu’un qui sait piloter une voiture et un bateau… Et partir à l’aventure avec tout le monde. Il s’avère que je fais du maloya depuis toujours, que mon entourage fait du maloya, que je connais plein de gens qui font du maloya. On s’est « plug » (NDLR : connectés) comme ça et c’est ainsi que le groupe est né.

Matthias est au roulèr
Héléna au triangle, Thomas au kayamb

Quelle place occupe MILÉ dans ta vie aujourd’hui ?

Le groupe, c’est ma seule activité. Après, je fais aussi de la musique à côté avec d’autres projets comme avec Salangane. Mais MILÉ, c’est vraiment 99 % de ma vie actuellement.

Est-ce que vous arrivez déjà à en vivre ?

Personne ne vit financièrement de MILÉ. On n’est pas viable, on a deux ans d’existence. À La Réunion, au vu de la conjoncture actuelle, c’est compliqué de vivre de la musique, et encore plus de vivre d’un seul projet. Donc personne ne vit de MILÉ financièrement. Enfin, tout le monde vit de MILÉ, mais pas financièrement. On va dire ça comme ça.

Comment définis-tu le Maloya New Wave ?

Non, je ne le définis pas. Je vous laisse écouter et vous ferez votre définition.

Aujourd’hui, on pourrait dire que le Maloya New Wave, c’est du maloya traditionnel avec des influences cosmopolites. Mais la définition évolue dans le temps.

Avant MILÉ, tu avais exploré d’autres genres musicaux ?

Faire un groupe, c’est ma première aventure. Vraiment, c’est la première fois que je fais un groupe. Après, j’ai joué dans plein de groupes, j’ai fait plein d’aventures différentes. J’ai fait beaucoup de jazz dans ma vie et j’ai eu un petit passage rap. Si quelqu’un retrouve un freestyle quelque part, supprimez-le.

Quels thèmes veux-tu évoquer dans ta musique ? Par exemple, Zoli Véli peut s’entendre comme une chanson de rupture.

Tu as raison, ça sort d’une rupture. Mais quand tu sors un morceau, tu pars du principe que les gens vont se l’approprier et le vivre comme ils veulent.

On évoque plein de thèmes différents, souvent liés à des moments de vie. Zoli Véli, c’est un moment où il y a une rupture. J’ai un morceau qui parle d’un deuil. J’ai un morceau qui parle juste de faire la fête et de s’amuser tous ensemble. Ce sont vraiment des mouvements de vie de ma génération.

Est-ce que tu avais l’impression qu’il manquait, dans la scène maloya, des textes qui parlent aux jeunes ?

Ce qui m’a poussé à créer MILÉ, ce n’est pas forcément l’envie de dire quelque chose en particulier. Bien sûr, je dis ce que j’ai envie de dire, ce qui me tient à cœur, ce que je trouve important de communiquer. Mais sur la scène actuelle, je n’ai pas forcément de gros avis.

La seule chose que je pourrais dire, c’est que le maloya est une musique traditionnelle et que c’est un lien avec des générations qu’on n’a pas forcément connues. Il y a plein de mots en créole, plein de manières de vivre, d’histoires, de choses que j’ai apprises à travers le maloya. Au début, tu chantes, tu chantes, tu chantes… et au bout d’un moment, tu conscientises ce que tu chantes. Tu réalises qu’il y a une histoire derrière tout ça.

Ces derniers mois, il y a eu beaucoup de polémiques autour du maloya, notamment sur la légitimité de certains artistes à en faire. Toi qui as grandi dans cette tradition, comment tu te situes ?

Mon point de vue là-dessus, et ça n’engage que moi, c’est que la légitimité de faire de la musique, c’est à quel point tu as bossé pour la faire, peu importe d’où tu viens.

Je pars du principe que si quelqu’un, quand il joue, on entend qu’il a saigné pour apprendre cette musique et pour la respecter, ça ne me dérange pas qu’il en fasse, peu importe qui c’est, peu importe d’où il vient.

Après, c’est sûr, il y a des gens qui font plus de thune que d’autres. C’est comme ça un peu partout et c’est comme ça dans tout. Est-ce que c’est juste ou pas ? Je n’irai pas dire si c’est juste ou pas. C’est comme ça. Des fois, c’est cool, des fois moins. Ça dépend si ça tombe sur toi ou pas.

Vous avez aussi accompagné l’association Pilon, qui a notamment permis à des personnes LGBTQIA+ de se produire en France. Comment la connexion s’est-elle faite ?

Pour l’anecdote, on était sur une période de 20 décembre. Thomas, qui est membre du groupe et aussi guide touristique, faisait une prestation autour de l’endroit où on allait jouer. Il me présente quelqu’un de Pilon en me disant qu’il voulait prendre des cours de maloya.

Nous, à la base, on ne fait pas forcément de cours. On ne fait pas d’accompagnement, il y a plein d’endroits qui font ça à La Réunion. Le projet a été mis en stand-by. Puis Pilon a relancé Thomas, il m’en a reparlé, et on s’est dit : OK, on va essayer d’organiser quelque chose.

On a fait une espèce d’équipe parallèle à MILÉ pour pouvoir les accompagner là-dessus. Au départ, je n’étais pas au courant que c’était une association LGBTQIA+, mais ce n’est pas rentré en ligne de compte dans notre décision.

Vous revenez aussi d’une tournée autoproduite en France et à Bruxelles. Comment cette tournée s’est-elle construite ?

Comme plein de décisions qu’on prend, on était dans un bar. Il y a un tonton à nous qui fait de la musique, big up à lui, qui nous dit : « Alors les jeunes, quand est-ce que vous venez jouer en France ? » Dans l’euphorie du moment, on lui a répondu : « Vas-y, trouve-nous des dates et on vient, on fait une tournée. » Et il nous a vraiment trouvé deux dates.

À partir de là, on s’est dit qu’on allait essayer de construire quelque chose. Thomas avait des vacances prévues en France à ce moment-là. Moi, j’ai activé les contacts que j’avais en France et à La Réunion pour essayer de trouver quelques dates.

Au début, on a voulu faire ça de manière stratégique, en contactant les endroits où on avait envie de jouer : les bars, les salles de spectacle… On n’a rien eu. Ensuite, j’ai commencé à contacter des amis qui font de la musique là-bas et c’était plus simple. Il y a eu plein de liens entre les amis maloyeurs de là-bas et des lieux qui pouvaient nous accueillir.

On a mis un bon deux mois à monter la tournée. On a fait 12 dates en France et à Bruxelles, donc c’était presque une tournée européenne. On a pris nos billets, on s’est endettés comme pas possible, on a mangé des pâtes et de l’eau pendant quelques semaines, puis on est partis en tournée. C’était chouette.

Comment le public a-t-il accueilli le maloya ?

Généralement, les gens ont kiffé. Après, ils avaient signé pour ça aussi : ils venaient à un concert où il y avait du maloya. Il y avait beaucoup de Réunionnais installés en métropole, des amis de Réunionnais, et aussi des gens qui sont venus grâce aux réseaux sociaux. On a fait des vidéos quand on était là-bas et ça a ramené du monde.

Ce qui nous a un peu traumatisés, c’est l’enchaînement : faire 12 dates en trois semaines. Mathématiquement, ça fait beaucoup de jours où tu joues. Et comme ce n’est pas forcément le métier de tout le monde, c’était un peu choquant, un peu traumatisant. Mais au final, on est rentrés deux fois plus forts qu’on était partis. On a vécu ensemble, on a mangé ensemble, on s’est pris la tête, on a fait de la musique quasiment tous les jours. C’était une expérience incroyable.

À refaire ?

Oui, à refaire. On en refera une. Je ne sais pas quand, je ne sais pas comment, je ne sais pas si ce sera le même genre de tournée, mais on en refera une, c’est sûr. Et même plus encore si possible.

Il y a des dispositifs très cool qui peuvent permettre de faciliter les choses. Après, le plus important, c’est d’y aller. Comment, ce sont des moyens.

Et maintenant, quels sont les prochains rendez-vous pour MILÉ ?

On a des choses à préparer. On joue le 18 juillet au Barachois pour Gayar Lartist. Le 18 septembre, on joue au Théâtre des Sables. Et on a aussi de grosses dates qui arrivent sur le premier semestre 2027. Donc là, on prépare tout ça dans une petite répète New Wave.

Entretien :

Léa Morineau

Sarah Cortier

Myris Voula

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A propos de l'auteur

Léa Morineau

Journaliste, étudiante à l'ILOI en alternance chez Parallèle Sud. Cocktail de douceur angevine et d'intensité réunionnaise, Léa Morineau a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour l'éducation aux médias et à l'information, elle s'est rapidement prise au jeu du journalisme. A travers ses articles, elle souhaite apporter le regard de sa génération et défendre un journalisme qui rayonne au-delà des apparences.

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