IMMERSION DANS LE TOUR CYCLISTE DE LA RÉUNION
3 heures de conduite, des pointes de vitesse, des slaloms entres les voitures et des sauts de dos-d’âne : on vous emmène dans les coulisses de la 3e étape du Tour cycliste de La Réunion. C’est dans la voiture du VCSD ( Vélo club de Saint-Denis) que le voyage commence.
Nous sommes le jeudi 6 août, au Tampon, sur le secteur de la Pointe. Il est 12 h. Le départ est prévu dans une heure. Ici et là, sous les tonnelles, les vélos sont déchargés, les cuissards sont enfilés, les briefs commencent à être faits, par équipes. Pour cette troisième étape du Tour de la Réunion, les 70 participants vont enfourcher leur vélo pour un tracé de 126 km. Sous forme de boucle, ils partiront du Tampon en direction de Saint-Leu, où ils feront trois allers-retours sur la route des plages avant d’entamer la dernière montée de 8 km sur 500 mètres de dénivelé positif.
Alors pour cette étape, nous nous sommes postés sur le siège arrière de la voiture de l’équipe du VCSD (Vélo Club de Saint-Denis). En immersion dans les pointes de vitesse sur les routes pour ravitailler les coureurs, nous continuons de vivre de l’intérieur les émotions de ce Tour 2026.

Une boucle roulante, mais une montée corsée
L’itinéraire est roulant. Le plus roulant depuis ce début du Tour, explique Nicolas Rivière, directeur sportif du VCSD. Lui-même ancien cycliste, cela fait une dizaine d’années qu’il est passé de l’autre côté, dans la voiture officielle de l’équipe, pour guider les coureurs et donner les indications stratégiques. Si les deux premières étapes du Tour n’ont pas épargné à l’équipe de course les interventions mécaniques, avec des changements de roues notamment, les routes goudronnées de la quatre-voies et de la route des plages devraient laisser du répit aux vélos.
Anthony Pothin est le leader de l’équipe de Saint-Denis. À quelques minutes du départ, il connaît l’enjeu de ce circuit. « C’est la première étape de montée, c’est là que les premiers écarts vont se faire. Les six premiers, on est à 30 secondes d’écart, donc c’est là que ça devient encore plus intéressant. » Paré de son maillot rouge (leader du classement par points, au sprint), l’objectif de l’étape est clair : « C’est le maillot jaune (leader au classement général), mais Tristan Hardy est fort donc on va se battre jusqu’au bout. » Pour que le leader gagne l’étape, le travail doit être collectif.
Alors, Jeremy Lenclume compte lui aussi tout donner pour cet objectif. « J’ai enchaîné les problèmes mécaniques depuis le début du Tour, entre une crevaison et une chute, mais on met tout ça derrière, on repart sur de bonnes bases. » La veille, le coureur s’était lancé sur la descente de la Plaine-des-Palmistes avec un cadre fêlé, sans le savoir. Un détail qui aurait pu lui coûter cher, sur le plan sécuritaire. Prendre des risques, c’est aussi ça, le vélo en compétition.

Pour Nicolas Rivière, l’important est surtout de ne pas perdre de temps sur l’écart avec le maillot jaune actuel, Tristan Hardy, de l’équipe de Maurice (Team MCB).
Une fois le brief donné, avec en évidence la consigne suivant : « Le plus important, c’est votre sécurité », le départ fictif est donné. Ces douze premiers km comptent donc pour du beurre dans le classement final mais permettent de se mettre en jambes. L’avalanche de pauses pipi passée, c’est au niveau de la RN2, à Pierrefonds, en direction de Saint-Louis, que le départ est véritablement lancé.

Se faire plaisir dans l’échappée
Dans le véhicule de course, le directeur sportif accompagné de son mécanicien a déjà les yeux braqués sur le live de Réunion La 1ère, et les oreilles en alerte sur la radio officielle du Tour, délivrant les informations techniques de course, en direct (classements des coureurs, dossards présents dans les échappées, temps d’écart entre peloton et échappée, etc.). Pendant plus de trois heures, la voiture du VCSD suit avec une réactivité frappante son équipe. « Chaque voiture a un numéro, et peut se positionner dans la file, après la voiture des arbitres et la voiture neutre, qui ravitaille pour l’ensemble des équipes. » Anthony Potin est deuxième au classement général, ce qui nous donne le droit d’être en seconde position dans la file de voitures.
« Problème mécanique pour le 43. Roue à changer pour le 12, le 23 demande un ravitaillement. » Ces informations données par la directrice de course, Mme Delimauges, jalonneront les trois heures de suivi. Un bidon levé signifie une demande de ravitaillement : le bras droit, une roue arrière, et le bras gauche, une roue avant.
Sur la route des plages, qui sépare Étang-Salé-les-Bains et Saint-Leu, la première échappée se forme. 8 coureurs rouleront « fort », selon les mots de Nicolas Rivière, dont l’un des poulains de l’équipe, Cédric Boyer. Très vite, la stratégie est définie : suivre le maillot 44, de l’équipe de Maurice. Les appels avec Anthony Chéfiare permettent d’établir une tactique claire : Cédric Boyer doit continuer de rouler.
« Il n’y a pas de coureurs dangereux pour l’instant dans l’échappée, donc Cédric peut passer les relais, car ils sont trop dans le confort pour l’instant. » Cédric Boyer aime la vitesse. C’est le « généreux » de la bande, généreux dans l’effort. Alors, dans cette échappée, « il se fait plaisir », confie Nicolas Rivière avec le sourire aux lèvres. Il faudra juste faire attention à ne pas se cramer avant la montée du Tampon, mais ça, c’est une autre histoire.
Se faufiler entre les voitures pour ravitailler les coureurs
L’expérience au sein du véhicule de course est une expérience de pilotage. En témoignent les passages de dos-d’âne à toute vitesse sur la dernière ligne droite de la bosse montant au Tampon. Tout le monde regarde en grimaçant le vélo accroché sur le toit, pour vérifier qu’il n’est pas tombé. Depuis que le départ est lancé, le véhicule du VCSD alterne entre accélérations, ralentissements et retour dans le ballet des voitures, motos de la presse, de la gendarmerie et des signaleurs, missionnés pour bloquer la circulation aux intersections.
Alors, tout est dans la communication, tandis qu’une petite faute d’inattention peut s’avérer dangereuse. « Ce qui est complexe, c’est que les règles de circulation sont encadrées dans le règlement officiel de la Fédération de cyclisme, et ces règles ne sont pas toujours connues de la presse ou des forces de l’ordre présentes pour encadrer la course. » La règle d’or reste la réactivité, la patience et la collaboration entre tous, pour surtout respecter l’essentiel : la sécurité des coureurs.
Il est 15 h 50, ça y est, les coureurs entament la dernière montée de 8 km vers le Tampon. Nous dépassons l’échappée, qui montre des signes de faiblesse. Les stratégies se dévoilent : « Les Mauriciens ne cherchent pas le maillot rouge du meilleur sprinteur, donc ils roulent tranquille », explique le pilote de la voiture du VCSD. Pour ce qui est de Saint-Denis, c’est Anthony Pothin qui est entré sur le devant de la scène.
« Fais-toi mal jusqu’à l’arrivée. »
C’est son moment. Il sait qu’il doit tout donner pour aller chercher le maillot jaune. Emmanuel Ross n’est pas si loin derrière le leader. Les encouragements sont déployés à pleine voix, la tête en dehors de la fenêtre. « Allez Emmanuel, fais-toi mal jusqu’à l’arrivée. » « S’il y a un pépin mécanique, c’est à lui de gérer », explique le directeur de course. « On n’aura pas le temps d’arriver pour changer de vélo, donc c’est à lui de donner son vélo à Anthony. »
Le stress monte, les encouragements jaillissent de toutes les voitures des équipes. Le live de Réunion La 1ère est au volume 30 dans la voiture. Jusqu’à la ligne et à quelques mètres du peloton de tête, nous raterons la fameuse chute de Tristan Hardy et de Thimoté Gonzalez. Alors, lorsque nous croisons Anthony Pothin sur la ligne, sueur au front, Nicolas Rivière lui demande s’il a gagné. La réponse provoque un cri de joie du directeur sportif. Un soulagement sans nom.

« Je prends le maillot jaune dans des circonstances particulières»
« Je prends le maillot jaune dans des circonstances particulières, avec la chute de Tristan, ça n’est pas ce que j’avais espéré mais c’est le vélo, c’est comme ça. Je suis content d’avoir le maillot jaune », confiera par la suite Anthony Pothin, sous le feu des projecteurs.
Mais alors, l’équipe de Saint-Denis ne peut se permettre de passer trop de temps à savourer la victoire. La fin d’après-midi arrive déjà, il ne faut pas tarder à rentrer pour se reposer et se préparer aux prochaines étapes. Anthony doit passer au contrôle anti-dopage. Après 126 km, il faudra demain matin enfourcher son vélo une nouvelle fois, et tout donner, encore, jusqu’à la dernière étape du Tour, dimanche prochain. La suite à retrouver sur Parallèle Sud.
Sarah Cortier



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