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Christophe Durand : une vie entre musique, voyage et transmission au Vieux Domaine

C’est au cœur d’une visite vivante au Vieux Domaine que Christophe nous transmet son amour pour l’histoire de La Réunion. À travers cette rencontre, le guide aux multiples visages revient sur un parcours unique mêlant l’univers artistique africain et l’héritage de la culture réunionnaise.

Des rues de Saint-Benoît à la scène internationale

C’est au sein de la compagnie Acte 3, à Saint-Benoît, que Christophe Durand découvre l’univers du spectacle et fait ses premiers pas dans le monde artistique. Cette immersion dans la scène réunionnaise lui permet de développer très tôt une véritable passion pour la culture et les traditions de l’île. « J’ai toujours baigné dans la culture créole, je sais la cuisiner et je vis les traditions locales depuis petit », confie-t-il.

Curieux et animé par l’envie d’apprendre, Christophe multiplie ensuite les expériences à travers des stages d’immersion et des projets culturels, notamment au sein de Live Formation au Chaudron entre 1994 et 1996. Son sens de l’initiative et son goût pour l’univers musical le conduisent rapidement à prendre des responsabilités : à seulement 14 ans, il devient manager du groupe Rouge Reggae, une première expérience qui contribue à façonner son parcours dans le milieu artistique et musical.

Quand l’art dépasse les frontières

En 2004, Christophe Durand franchit une nouvelle étape dans son parcours en créant Woba Kélé, une association socio-culturelle pensée comme un véritable trait d’union entre La Réunion et le continent africain. À travers la musique, la danse et le métissage des instruments, il imagine des rencontres artistiques capables de faire dialoguer les cultures au-delà des frontières. « J’ai pu connecter le kayamb et le roulèr aux mythiques danses africaines », raconte-t-il. Une démarche qui traduit déjà sa volonté de créer des passerelles entre les peuples et de faire de la culture un langage universel.

Le projet rencontre rapidement son public et s’impose sur de nombreuses scènes et manifestations culturelles à La Réunion. À la fois chanteur, leader artistique et manager, Christophe porte ce mouvement avec une énergie qui le conduit progressivement à s’ouvrir à l’international. En 2005, il participe au prestigieux festival Donia à Madagascar, rendez-vous incontournable des musiques de l’océan Indien.

Une expérience marquante qui confirme sa volonté de faire rayonner les talents et les sonorités réunionnaises bien au-delà de son île. Son parcours l’amène également à représenter La Réunion dans plusieurs pays de l’océan Indien, puis en Europe, notamment à l’invitation des Nancy Jazz Pulsations. En 2009, une nouvelle rencontre vient enrichir son parcours artistique. Christophe accompagne Sergio Grondin dans Figur Famil, spectacle phare présenté dans le cadre du Leu Tempo festival à Saint-Leu.

Cette aventure lui permet notamment de rencontrer Stanley Mambo, artiste originaire du Zimbabwe. Une rencontre qui nourrit une nouvelle fois son regard sur les cultures africaines et renforce son désir de faire circuler les artistes, les histoires et les influences entre les territoires. La même année, il lance Lang’amayé, un projet porté par une ambition forte : dépasser les barrières linguistiques en réunissant les différentes langues rencontrées au cours des voyages et des rencontres.

Au fil des années, Christophe Durand construit ainsi un parcours où l’art devient un véritable passeport pour la rencontre. De La Réunion à Madagascar, de l’Afrique au continent européen, son itinéraire est marqué par une même volonté : créer des ponts, provoquer les échanges et faire de la diversité culturelle une richesse à partager.

Christophe Durand en costume accompagné de Stanley Mambo (Zimbabwe), Christian Hache (Réunion) et Jon Munthali (Malawi). © collection personnelle

Un coup de foudre avec le continent mère et le Botswana

Lang’amayé voit le jour en 2009 et s’exporte sur le continent voisin avec une tournée organisée au Malawi et en Zambie. De merveilleuses rencontres donnent vie à cet album entraînant et deux clips capturés en 2010 qui nous plongent dans une intimité de groupe. Ce spectacle est racheté par l’ambassade de France du Botswana permettant à Christophe d’y poser les pieds. De 2012 jusqu’au Covid, l’artiste y consacre une belle partie de sa vie animé d’une motivation réelle : « L’idée est toujours de voir naître des échanges entre ces différentes cultures dans le but de créer ».

L’énumération de ses expériences à Gaborone, la capitale du Botswana, est bien grande, passant de consultant digital en musique à directeur du secteur chorégraphique d’une université. Et bien plus encore avec une représentation de danse traditionnelle du pays rythmée au kayamb devant le président du Botswana qu’il définit comme « l’un des plus beaux moments de sa vie ».

Fidèle à ses désirs, des passerelles se créent entre la culture botswanaise et celle de notre île par des artistes tels qu’Alain Iva, Fabio Marouvin, Sabiah ou Danielle Swagger qu’il fait venir à La Réunion. Ce mixage est essentiel comme l’analyse Christophe : « Un artiste ne peut pas être seul dans ce monde, il est obligé de collaborer ». Ces nombreuses années vécues dans le pays africain offrent à notre interlocuteur une riche ouverture musicale.

Spectacle de danse traditionnelle devant le président du Botswana.

Le Covid et un retour aux sources

Comme pour d’autres secteurs, le Covid a drastiquement impacté le monde artistique avec l’arrêt des prestations. L’amoureux des percussions se retrouve dans l’obligation de rebondir. « Le frigo était vide et ma fille le voyait, j’ai dû tout brader pour faire les courses », confie-t-il. C’est à ce moment que le manager est embauché comme guide au Vieux Domaine suite à une annonce Facebook. Arrivé depuis deux ans et demi, il n’a pas tardé à prendre ses marques et transformer le lieu, tout d’abord en ouvrant de nouveau le snack et la boutique, en aménageant un village d’artisans mais aussi en renouvelant le rôle de guide.

Christophe ne considère pas ce nouveau métier bien éloigné de ses vies antérieures tant il apporte une touche artistique à chacun de ses gestes. Sa visite est un véritable voyage à travers le temps sur l’histoire du domaine et du sud de l’île. Le tout grâce à une interaction marquée avec le public, des ateliers et villages variés où les transitions sont animées par les chants de notre guide. C’est évident, même dans un rôle totalement différent : Christophe met l’art au centre de son travail avec une visite plus que théâtrale. La page Facebook du site est également passée de trois à seize mille abonnés.

Christophe Durand lors d’une visite au Vieux Domaine.

Une mission pour la jeunesse réunionnaise

Le guide donne un sens nouveau à ce lieu emblématique en y apportant son optimisme et son ambition dans un environnement retraçant le passé douloureux de l’esclavage et de l’engagisme. « On se doit de porter fièrement cette histoire, de montrer que nous l’aimons et que celle-ci ne nous empêche pas d’avancer, de grandir ». Christophe, particulièrement touché par cet échange, invite la jeunesse réunionnaise à apprendre à accueillir et présenter sa culture avec amour comme il le décrit : « Si nous présentons avec amour notre histoire aux touristes et étrangers, ils l’aimeront comme nous l’aimons ».

Pierre Grondin Chan Ashing

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