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9 000 locataires de la SIDR ont récupéré 1,8 million d’euros d’aides que l’Etat leur devait

KWAFÉ ZORDI

L’État réalise chaque année des milliards d’économies budgétaires grâce au non-recours aux aides publiques d’ayants droit qui n’ont pas réussi à les obtenir tant les démarches sont compliquées. Goutte d’eau dans l’océan de ce désastre social : la SIDR annonce avoir permis à 9 000 de ses locataires de récupérer 1,8 million d’euros d’aides qui leur étaient dues.

On parle (trop) souvent de ces « salauds de pauvres » — expression culte de Jean Gabin dans le film La Traversée de Paris — qui commettraient des « fraudes sociales » au détriment des caisses de l’État. Cette fois-ci, le bailleur social SIDR et la société Klaro nous informent de l’inverse : l’Etat doit théoriquement aux citoyens des aides qu’il ne leur verse pas au prétexte qu’ils n’ont pas su formuler leur demande.

Le non-recours aux aides publiques est une violence faite aux ménages les plus modestes. Ce sont évidemment les plus fragiles qui en sont victimes : les personnes isolées, les personnes âgées, les familles en difficulté ou les locataires confrontés à des démarches administratives complexes, ceux que la généralisation des outils numériques a exclus.

La SIDR, qui loue environ 30 000 logements sociaux sur notre île, et la société privée Klaro ont annoncé le renouvellement de leur partenariat « pour poursuivre leur action en faveur de l’accès aux droits et du pouvoir d’achat des locataires réunionnais » à l’occasion du Congrès annuel des bailleurs sociaux qui vient de se tenir à Paris.

Cinq ans de partenariat entre la SIDR et Klaro
La société Klaro accompagne les bailleurs sociaux pour permettre à leurs locataires d’obtenir les aides qui leur sont dues. © Klaro

Une carence cynique de l’État ?

Depuis 2022 près de 9 000 locataires ont été accompagnés pour faire valoir leurs droits et ils ont ainsi obtenu plus de 1,8 million d’euros d’aides qui leur étaient dues : prime d’activité, aides au logement, à la mobilité, à l’énergie, à la famille. La plate-forme mise en place par Klaro scanne plus de 2 500 aides nationales, régionales, départementales et locales. Elle récupère les données des locataires (revenus, situation de famille, situation de handicap, etc.) et elle identifie les aides qui leur reviennent de droit.

Les locataires sont accompagnés dans leurs démarches pour les obtenir. « À la SIDR, nous sommes convaincus que notre rôle de bailleur social va au-delà de la gestion du logement. Être un bailleur proche, utile et engagé, c’est aussi accompagner nos locataires dans leur quotidien et faciliter l’accès à leurs droits », déclare Isabelle Labarre, directrice générale adjointe Exploitation de la SIDR. « Les résultats obtenus démontrent toute l’utilité de cette démarche et nous confortent dans notre volonté de la poursuivre dans la durée. »

Le communiqué commun de la SIDR et de Klaro cite la mobilisation des partenaires associatifs présents sur le territoire comme l’une des clés du « succès » de ce dispositif. On peut cependant se demander si ce dispositif n’est pas surtout le constat d’une carence cynique de l’État qui devrait se donner pour mission d’identifier les ayants droit pour leur permettre de bénéficier des aides. Pourquoi un bailleur social doit-il payer un prestataire privé pour permettre à ses locataires d’identifier des prestations publiques auxquelles ils ont déjà droit ? 

Un tiers des foyers éligibles au RSA ne le perçoivent pas

L’État dispose de son propre portail, Mes droits sociaux, qui permet actuellement de simuler simultanément 58 aides nationales et locales. La Caf mène également des campagnes de détection par croisement de données et des actions d’accompagnement. À La Réunion, elle dispose en outre de partenaires relais, de France Services et de deux Mobi’Caf qui se déplacent notamment dans les écarts.

Il y a même des expérimentations intitulées « Territoires Zéro non-recours ». On en compte 39 dont 2 à La Réunion à Saint-Louis et Sainte-Rose. Il existe aussi à La Réunion un Conseil départemental de l’accès au droit (CDAD). Mais son rôle est surtout juridique. 

Qu’est-ce que Klaro, qui revendique explorer plus de 2 500 aides, trouve que le portail public et la Caf ne trouvent pas ? L’ampleur du non-recours a déjà été évaluée, notamment par la Dress (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques). Une étude publiée en mai 2026 estime qu’au quatrième trimestre 2021, en France métropolitaine, entre 33 % et 37 % des foyers éligibles au RSA ne le percevaient pas. 

61 % des Français en difficultés face aux démarches administratives

Au-delà de l’énormité des chiffres, le délai qu’il a fallu entre la période évaluée et la date de parution de l’étude montre à quel point le gouvernement a fait une priorité de la lutte contre cette violence faite aux plus pauvres. Cette « économie budgétaire » représente à elle seule 3 milliards d’euros par an pour le RSA. On peut y ajouter 1 milliard d’euros non versés pour le « minimum vieillesse » (source : Ministère du Travail). 

Romain Spinazzé, de Klaro, évalue à 50 % le nombre de salariés concernés par la prime d’activité qui ne la demandent pas. « Nous nous sommes appelés Klaro parce que notre mission c’est d’apporter de la clarté dans le maquis administratif, pour dévoiler les opportunités de pouvoir d’achat à disposition de chacun. » 

Logement Visite de la case en bois sous tôle de marie-odile et Eric Robert par Karine Lebon, François Jolivet et Jean-Michel Singaini du CNL insalubre La Possession
Le non-recours aux aides publiques est une violence faite aux ménages les plus modestes. © Franck Cellier

En plus de la SIDR, sa société accompagne aussi des entreprises qui, elles aussi, aident leurs salariés à bénéficier de leurs droits. Il dresse le palmarès des aides les plus demandées : RSA, APL, Prime d’activité, Allocations familiales, AAH, allocation de solidarité aux personnes âgées, aide à l’accession à la propriété, rémunération des stagiaires, Réuni’ Passe étudiant, R+ (l’allocation d’insertion et de retour à l’emploi), chèque marmaille…

On peut donc se demander si le non-recours constitue une économie budgétaire de fait pour les pouvoirs publics, alors même que ceux-ci connaissent l’ampleur du phénomène. Le Défenseur des droits a répondu en partie à cette question quand il a interrogé 5 000 personnes en 2025 en France pour constater que 61 % déclarent rencontrer parfois ou souvent des difficultés dans leurs démarches administratives et que près d’une personne sur quatre dit avoir déjà renoncé à un droit.

Franck Cellier

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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