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De la leucémie à la diagonale des fous : « Quand on a un cancer, la vie ne s’arrête pas là »

Henri de Rodellec a appris en juin 2025 qu’il était atteint d’une leucémie chronique. Le choc psychologique passé, il s’est lancé dans la préparation du Grand Raid. Le sport l’a aidé à supporter le traitement et à rester debout. Il profite de sa diagonale des fous pour sensibiliser le public à la cause du cancer, à la recherche et aux dons de moelle osseuse.

Henri de Rodellec a 42 ans. Jusqu’en juillet dernier, il travaillait aux TAAF (Terres australes et antarctiques françaises), principalement à l’entretien du Marion Dufresne. En juin 2025, après avoir contracté le chikungunya, il réalise une prise de sang. Simple contrôle de routine dans une phase de fatigue, il ne s’attend pas à recevoir une telle réponse de la part du laboratoire : quelques mois et une batterie d’examens plus tard, le diagnostic tombe, c’est une leucémie myéloïde chronique (LMC).

Henri de Rodellec se lance le défi de participer à l’édition 2026 de la Diagonale des fous ( Ultra trail de 180 km et. 10 200 mètres de dénivelé positif et négatif ). Il lui reste alors un peu plus d’un an pour se préparer, tout en combinant le traitement contre sa maladie. A un peu moins de trois semaines du grand départ, il est temps pour lui de revenir sur cette dernière année riche en émotions, et de raconter son histoire.

INTERVIEW

Comment avez-vous appris pour votre leucémie ? 

C’était il y a un peu plus d’un an, au mois de juin 2025. J’avais fait une prise de sang à la suite d’un épisode de chikungunya. Je détestais aller chez le médecin et ma femme, qui est infirmière, m’a dit qu’elle me trouvait fatigué à ce moment-là. Je me souviens avoir fait ma prise de sang un samedi matin. Le samedi midi, le laboratoire m’appelle et me demande pourquoi j’ai fait cette prise de sang. Je leur réponds que j’étais simplement fatigué.

Ils ne m’ont pas donné d’information très précise, mais ils m’ont dit : « Je pense que votre médecin va vous rappeler lundi. » Et effectivement, le lundi matin à 9 heures, mon médecin traitant m’a rappelé me disant de passer tout de suite.. Il m’a expliqué que mes analyses n’étaient vraiment pas normales et qu’il y avait notamment beaucoup trop de globules blancs. Il m’a alors parlé de leucémie.

Je n’y connaissais pas grand-chose en médecine. J’ai ensuite appris qu’il existe quatre sortes de leucémies, avec notamment des leucémies chroniques et des leucémies aiguës.

« Pendant cette période, j’ai quand même fait fonctionner Google et ChatGPT pour essayer de comprendre ce que j’avais »

Qu’est ce que vous ressentez à ce moment précis ?

Franchement, j’ai un peu paniqué. Ma femme encore plus que moi. Moi, je pensais que j’allais mourir, clairement. On avait perdu un ami d’une leucémie quelques années auparavant. Donc, pour moi, il y avait quand même de bonnes chances d’y passer.

En fait, ce qui m’a aussi beaucoup marqué, c’est que l’hôpital savait déjà qu’il s’agissait probablement d’une leucémie chronique, ce pourquoi je n’ai donc pas eu de rendez-vous tout de suite.

On m’a annoncé fin juin que j’avais un problème et j’ai eu un rendez-vous à l’hôpital fin août. Pendant cette période, j’ai quand même fait fonctionner Google et ChatGPT pour essayer de comprendre ce que j’avais. C’est là qu’il m’a semblé que c’était moins grave que ce que j’avais imaginé. 

Puis commence la phase de traitement ? 

Oui, depuis les années 2000, il existe un traitement qui permet d’inhiber les mécanismes liés au gène responsable de la maladie. Avant ces traitements, c’était beaucoup plus grave, avec une chance de survie à cinq ans assez faible. Aujourd’hui, l’espérance de vie peut être pratiquement la même que celle de quelqu’un qui n’est pas atteint. Dans tous les cas, j’aurai une prise de sang, au mieux tous les six mois, toute ma vie, pour vérifier que tout va bien.

Au début, ça crée de la fatigue. Je l’ai toujours. J’ai appris à vivre avec, mais clairement, je suis beaucoup plus fatigué qu’avant. J’avais aussi des douleurs articulaires plutôt fortes.

Et puis, avec le traitement, j’ai fait quelques changements dans ma vie. Typiquement, je n’avais rien contre une petite bière de temps en temps avant. Aujourd’hui, j’en prends vraiment très peu. Je pense que j’en prends une fois par mois, quand je prends un médicament.

J’ai aussi eu un peu plus de perte de cheveux au début, même si j’avais déjà une petite tendance à les perdre.

C’est à ce moment là que le sport a joué un rôle dans votre guérison ? 

Quand on m’a annoncé la leucémie en juin, ça m’a quand même fait un coup sur le moral. En juillet et août, je n’ai pas couru.

On a aussi eu la chance d’avoir des amis qui sont venus à La Réunion. Ça s’est bien goupillé parce qu’on a un peu vécu cet hiver austral comme si c’étaient les dernières vacances.

J’ai commencé à courir quand je suis arrivé à La Réunion. Moi, j’aime la nature. Le sport en ville, ce n’est pas trop mon truc. Je pense que ça m’a aidé, en tout cas moralement, à bien supporter le traitement et à rester debout.

Henri de Rodellec, sur la ligne d’arrivée du Mega trail de l’Ouest, de l’UTOI

Comment est née l’idée de participer à la Diagonale des Fous ?

Je m’étais toujours dit que la Diagonale des Fous, c’était un truc pour les fous et que je ne la ferais jamais parce que ça me semblait trop dur.

À la fin de l’été dernier, en sortant du rendez-vous avec le médecin, on est allés prendre un verre sur le front de mer avec mon épouse pour en discuter. Et je lui ai dit, sur le ton de la blague : « Bon allez, l’année prochaine, je fais la diag. » J’ai donc bien augmenté l’entraînement à ce moment-là.

La deuxième partie du projet, c’était de le faire une action avec une association. Là aussi, j’avais besoin de sortir de ma zone de confort parce que je ne suis vraiment pas communicant. Ce n’est pas mon truc. J’ai finalement été davantage attiré par la Fédération leucémie espoir qui regroupe plusieurs associations locales autour de la maladie.

Elle a deux grands volets : financer la recherche et aussi le confort des patients et leur accompagnement.

Henri de Rodellec, en entraînement de trail

Comment votre préparation a-t-elle changé votre quotidien ?

Concrètement, ces derniers mois, de juin jusqu’à début septembre, j’étais à environ 80 kilomètres d’entraînement par semaine. Ça représentait une dizaine d’heures, avec des sorties longues le week-end. J’essayais de courir quasiment tous les jours, autour de 10 kilomètres le matin.

J’ai justement essayé de ne pas changer ma vie de famille. Je me lève tôt le matin. Je pars vers 6 heures pour être de retour à 7 heures.

Quel sens donnez-vous à cette participation à la Diagonale des Fous ?

Pour moi, il y a deux messages, voire trois.

Le premier message, c’est pour ma famille et mes enfants, qui ont cru que j’allais mourir il y a un an. Dans trois semaines, ils vont me voir prendre le départ de la Diagonale des Fous. Même si je ne vais pas au bout, je pense que ce sera quand même important pour eux.

Ça leur montrera qu’on peut faire quelque chose malgré une difficulté ou quelque chose qui nous fait peur, si on a l’énergie de se battre.

Mon deuxième message est pour les patients qui ont un cancer.

Tout le monde ne sera évidemment pas capable de faire la Diagonale des Fous. Certains ont des traitements bien plus lourds que le mien. Mais la vie ne s’arrête pas là. Moi, j’ai complètement révisé l’image que j’avais du cancer avant. Pour moi, c’était une fatalité.

Aujourd’hui, en 2026, il y a quand même énormément de traitements pour les cancers. On peut vivre avec longtemps et, pour certains, on peut même envisager une guérison. Je voudrais que les gens se disent qu’on peut garder de l’espoir et avoir des projets même en ayant un cancer.

Henri de Rodellec est en lien avec l’association Leucémie Espoir

Et puis mon troisième message, c’est que si on peut faire des dons financiers, on peut aider les malades avec la fédération. Il y a aussi quelque chose qui me tient à cœur et dont je n’avais jamais entendu parler avant d’avoir moi-même une leucémie : le don de moelle osseuse. On pense assez facilement au don du sang, mais on manque de donneurs de moelle osseuse, notamment à La Réunion. Et ça sauve des vies pour plein de cancers.

Après avoir participé à plusieurs courses dont le méga trail de l’Ouest, le trail des deux Rivières, l’entrainement touche à sa fin pour Henri de Rodellec, qui prendra le départ pour la diagonale des fous le 16 octobre prochain. En attendant, et depuis plusieurs mois, il partage ses aventures sur son compte Instagram, dans l’idée aussi de mettre en lumière la Fédération Leucémie Espoir. Même s’il n’est pas certain d’arriver au bout, la course est lourde de sens et sa participation a été selectionnée parmi les histoires insolites des participant.e.s de l’édition 2026, par l’association du Grand Raid.

Entretien : Sarah Cortier

Instagram d’Henri de Rodellec : https://www.instagram.com/henri.traileucemie/?hl=fr

Associations qui luttent contre la leucémie 

Liste des centres de dons de la Moelle osseuse :

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A propos de l'auteur

Sarah Cortier

Journaliste issue d’une formation de sciences politiques appliquées à la transition écologique, Sarah est persuadée que le journalisme est un moyen de créer de nouveaux récits. Elle a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour participer à ce travail journalistique engagé et porter de nouveaux regards sur le monde.

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