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L’homme-coq fait voyager le cinéma péi jusqu’à Lisbonne

Lauréats de l‘édition réunionnaise 2025 du 48 Hour Film Project en 2025, Stan Araboux et Mia Escoï ont emmené leur court-métrage Pou fé lèv soleil autour de la légende de l’homme-coq jusqu’à Lisbonne en mars dernier, pour la finale mondiale du concours. Une occasion en or pour ces deux talents péi d’aller montrer de quel pié dbwa ils se chauffent.

Le 48 Hour Film Project se déroule à La Réunion depuis 2021. Le principe est simple : réaliser un court-métrage en seulement 48 heures. Chaque équipe tire au sort un genre et reçoit trois éléments imposés : un personnage, une réplique et un objet. Elle dispose ensuite de deux jours pour écrire, tourner, monter et rendre son film. En 2025, l’association Webcup organisait cette 3ᵉ édition locale. « On fait ça pour mettre La Réunion en l’air et montrer qu’ici, on a beaucoup de talents dans le cinéma », expliquait alors Alan Chakri, président de l’association en octobre 2025.

Stan Araboux et Mia Escoï, deux réalisateurs, l’avaient remportée avec Pou fé lèv soleil, décrochant ainsi leur place à Filmapalooza. Un festival réunit chaque année les films gagnants de toutes les villes participantes.

Un « carry cinématographique »

Lors du kick-off, l’équipe tire au sort le genre super-héros. Pour son scénario, Stan Araboux choisit de s’appuyer sur une légende réunionnaise : celle de l’homme-coq. « Je l’ai remixée à ma manière. J’ai fait un carry cinématographique », explique-t-il.

Dans les récits de l’île, l’homme-coq est un personnage qui fait peur, mais Sant et Mia en ont fait au contraire un héros attachant. Le récit : Hélios, dont le prénom fait référence au soleil en grec, ne parle pas et ne pousse que de petits cris. Sa mère, obsédée par la sorcellerie, l’enferme et lui crie dessus. Replié chez lui, « dans son nid » comme le dit Stan, il crie chaque matin sa frustration, sans savoir que c’est ce cri qui fait se lever le soleil sur l’île. « C’est un héros malgré lui », résume le co-réalisateur. Le jour où Hélios se tait, un voisin vient lui rappeler que sa voix compte plus que tout car elle permet en réalité aux habitants « d’avoir de la joie et de pouvoir se lever ».

Le film reprend alors une phrase prononcée par Jean-Paul II lors de sa visite à La Réunion en 1989 : « Soley i leve, soley i dort ; la lune i leve, la lune i dor. Zot mem, la lumière i éteind pa ».

Direction Lisbonne

Filmapalooza s’est tenu à Lisbonne en mars 2026. Seule une partie de l’équipe a pu faire le déplacement, accompagnée d’une actrice. « On n’a pas pu être subventionnés par la Région, et tout le monde n’avait pas les moyens de partir », explique Stan Araboux. Cette année, la Webcup n’a pas non plus reçu de financement : les billets ont donc été payés par les membres de l’équipe. Pour le réalisateur, c’était la première fois qu’il partait en Europe pour présenter un film.

Pendant une semaine, les participants ont rendez-vous chaque jour au cinéma. Plus de cent films sont projetés, à raison d’une vingtaine par jour d’après Stan. Les équipes viennent de Porto Rico, du Japon, des États-Unis ou encore d’Italie. « Montrer fièrement un film réunionnais devant des gens du monde entier, ça fait grave plaisir », confie le cinéaste.

Pourtant, il craignait qu’un film aussi ancré dans la culture créole ne soit pas compris. C’est finalement l’inverse qui se produit : des spectateurs de Porto Rico, du Japon ou d’anciennes colonies britanniques y reconnaissent leurs propres légendes, celles que l’on raconte pour faire peur aux enfants. « Malgré la barrière de la langue, les cultures se rejoignent. Tout le monde est un peu connecté. Je trouvais ça magique ».

Un langage universel

Le festival est aussi l’occasion de faire des rencontres. Stan Araboux s’est lié avec un participant antillais [Guadeloupe ou Martinique] et un producteur péruvien, tous de la même génération. « On avait cette aspiration-là : faire briller notre cinéma, notre culture. » De son côté, Mia Escoï, cadreuse sous-marine, a distribué ses cartes. L’actrice Elaura, qui parle couramment anglais, en a profité elle aussi pour développer son réseau.

Stan Araboux, lui, comprend l’anglais mais le parle difficilement. « Je m’en fichais, je parlais, et j’arrivais à me faire comprendre ». Pour lui, c’est aussi ce que montrent les films : « Chaque film a son langage, mais on arrive toujours à ressentir les émotions. Il y a comme un langage universel ».

Court Derrière : dernière escale

De retour à La Réunion, le court-métrage a poursuivi sa route. Vendredi 9 octobre, Pou fé lèv soleil a été projeté au festival Court Derrière (du 8 au 10 octobre), à Saint-Denis, aux côtés de courts-métrages du Mozambique, de Tahiti et de La Réunion. Sur son compte Instagram, Stan Araboux l’a aussi accompagné d’une courte animation 2D, réalisée par un animateur réunionnais. À ce stade des délibérations, seul le prix du public a été attribué à Alain Samaar pour la réalisation du court-métrage « Sentié Fénwar ».

Après toute l’expérience que ce projet a pu lui apporter, Stan Araboux tient alors à remercier la Webcup : « C’est grâce à eux qu’on a pu aller à Lisbonne porter notre film. » Au-delà d’un prix et d’un festival mondial, cette aventure aura permis à toute l’équipe de montrer qu’une légende créole peut parler au monde entier.

Etienne Satre

Pou Fé Lèv Soleil

Acteurs

  • Camille Bessiere-Mithra : Hélios
  • Nel Araboux : Hélios jeune
  • Elora Imiza : mère de Hélios
  • Aude Aoulou : livreuse Katy Grondin
  • Yannick Jarrier : l’agriculteur

Équipe

  • Montage image / son : Stan Araboux, Maxime Fontaine
  • Étalonnage : Stan Araboux
  • Chef électro : Emma Brigliadori
  • Régisseuse : Martine Araboux
  • Directrice de casting : Thalia Lacouture
  • Chefs opérateurs : Stan Araboux, Mia Escoï
  • Ingénieur son / perchiste : Maxime Fontaine
  • Compositrice de musique : Audrey Chonette
  • Chefs costumiers / décors / maquillage : Ichiza Rato Quentin, Celia Ringuin Velleyen
  • Scénaristes : Stan Araboux, Nel Araboux, Mia Escoï
  • Réalisateurs : Stan Araboux, Mia Escoï
  • Assistants réalisateur : Nel Araboux, Audrey Chonette
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A propos de l'auteur

Etienne Satre

Journaliste, Etienne Satre a rejoint l'équipe en janvier 2024 en tant qu'apprenti journaliste. Il étudie à l'Institut de l'image de l'océan indien (Iloi) basé au Port.

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