ÉDITO
Pendant que des lycéens dénoncent la répression de leur mobilisation, Antenne Réunion consacre son dernier 52 Minutes Actu aux nuits de l’unité d’élite de la gendarmerie. Ce reportage pose une question : quelle image des forces de l’ordre montre-t-on et dans quel contexte national ?
Dans l’actu
Alors même que l’on voyait circuler des images violentes, quotidiennement, sur les réseaux ces dernières semaines lors des affrontements dans les manifestations, Antenne Réunion met en lumière dans son nouveau numéro de 52 Minutes Actu les bonnes actions qu’exercent des unités de gendarmes sur l’île toutes les nuits. Alors oui, les gendarmes que l’on voit à l’image privilégient un comportement axé sur le dialogue et sur l’apaisement à travers leurs interventions. Mais est-ce que cette réalité est la même lors des récentes manifestations où le même corps de métier tire sur des mineurs ? Peut-on ne pas avoir en tête en visionnant ce reportage, les images d’une police ou d’une gendarmerie violente face à des lycéens qui exercent ce droit fondamental qu’est celui de manifester pour des revendications légitimes ?
À travers ces lignes, l’objectif n’est pas de remettre en cause le travail d’aide aux personnes en danger qu’effectuent, toutes les nuits, ces gendarmes que l’on voit à l’image dans le reportage. Ce travail est indispensable. Mais le tableau dressé et la pédagogie de l’autorité retenue pendant ces 52 minutes ne sont pas vraiment objectifs au regard de l’actualité.
Notamment lorsqu’on se rappelle la vidéo choquante d’interpellation d’un jeune au Tampon, devant le lycée Roland-Garros, le 2 octobre. L’individu s’est fait écraser la tête par le genou d’un gendarme, alors qu’il ne se débattait pas au moment de lui accrocher les menottes. Ici, nous sommes bien loin des tableaux que la chaîne privée diffuse. Qui sait, peut-être que la prochaine édition de 52 Minutes Actu portera justement sur le sujet des violences policières, d’autant que depuis novembre 2024, ce sont 4 numéros sur 9 qui sont des immersions avec la gendarmerie ou des forces de l’ordre.
Un choix d’image qui présente des héros
Pour revenir au dernier en date, un passage attire l’attention. Celui où, dans une pièce sombre, les gendarmes font usage de leur arme sur des cibles. Bien que la chaîne précise que c’est un entraînement en « conditions extrêmes d’intervention où l’objectif est de maîtriser l’individu sans le tuer », cette démonstration – qui montre pendant près d’une minute, sans voix off avec de la musique électronique (d’abord tirée de la vidéo puis rajoutée au montage) – serait moins impressionnante et moins spectaculaire sans ce travail de post-production.
Tout comme une autre séquence où les militaires cherchent un individu qui s’est enfui de chez lui alors qu’il venait de donner un coup de couteau à son frère : le reportage montre de manière appuyée, en gros plan, les mains du gendarme sur l’arme pendant 10 longues secondes, prêt à dégainer. Certes la situation fait que les gendarmes doivent en effet être sur leurs gardes face à un danger réel, mais ces choix de montage et de cadrage transforment un travail de protection en démonstration de force.
Le problème est ici : ce message tombe au moment où des lycéens et une partie du pays dénoncent la manière dont les forces de l’ordre répondent à cette mobilisation. Présenter ces gendarmes comme des héros à travers cette démonstration, alors que ce même corps de métier protège l’État en allant taper du gauchiste, pour la plupart non-violents.
Quoi qu’il en soit, ces images n’effaceront pas celles des violences dénoncées par les manifestants largement documentées sur les réseaux. Elles ne rendront pas l’usage de son œil droit à Maël, 16 ans, blessé le 30 septembre lors du blocus du lycée Balzac, à Tours, avec des lésions « compatibles avec l’impact d’une balle de défense de type LBD » selon la procureure. Elles ne guériront pas la mâchoire d’Eden, 14 ans, doublement fracturée selon son avocate par un tir de grenade lacrymogène à bout portant le 28 septembre, à Saint-Ouen-l’Aumône. Le parquet affirme qu’il avait frappé une policière avant le tir ; le policier qui a tiré a, lui, été mis en examen. Et elles ne feront pas repousser la main gauche de cet adolescent de 15 ans, arrachée par l’explosion d’une grenade assourdissante le 5 octobre, à Lens. Le parquet affirme qu’il l’avait ramassée, ce que l’adolescent dément fermement.
Etienne Satre


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