Alors que peu d’informations avaient circulé sur les rassemblements du 17 octobre, près de 1 000 personnes ont déferlé dans les rues de Saint-Pierre. Une mobilisation largement portée par la jeunesse, où se mêlent colère sociale, revendications réunionnaises et opposition au gouvernement Macron comme à l’extrême droite. Mais surtout, un sentiment qui traverse le cortège : l’espoir de voir une mobilisation populaire renaître.
De l’espoir, voilà ce qu’il ressort de la mobilisation du samedi 17 octobre. Pourtant, la veille, peu d’infos circulent sur les différents rassemblements organisés. Aucun syndicat local n’a appelé à manifester, seul le site 17octobregiletjaune.net mentionne des rassemblements à Saint-Denis, Saint-Benoît et Saint-Pierre.
Un rassemblement inattendu, près de 500 personnes au rendez-vous
Un de nos journalistes s’est rendu à Saint-Benoît, le samedi à 10 h. Peu de monde, seulement une dizaine de personnes, qui distribuent des tracts. À Saint-Pierre, la matinée est calme. Au marché, aucun cortège, aucun tractage. Pourtant, quand on arrive à 14 h vers le rond-point McDo, c’est une foule de près de 500 personnes qui nous accueille. Plusieurs groupes bloquent l’entrée qui mène vers Jolifond. « On filtre, on laisse passer certaines voitures toutes les dix minutes avec bien sûr une exception pour des familles ou des véhicules d’urgence », nous explique-t-on. Seule une voiture de police est bloquée sur le rond-point. Pour eux, pas d’exception.
Un autre groupe s’élance sur le boulevard Banks. Il n’ira pas loin car des groupes de jeunes lancent des pavés. Une poubelle est enflammée. Plus de peur que de mal, tout s’arrête au bout de 5 minutes. Le groupe de manifestants met en place un blocage au niveau du passage piéton sur le boulevard.
Parmi les jeunes présents, Noah* et Alexis* sont venus de Saint-Paul. Ils sont tous les deux étudiants, le premier à l’université, le second en école hôtelière. « Pour moi, il n’y a pas vraiment de problème dans mon école, mais je suis surtout venu en soutien aux lycéens des quartiers populaires », explique Noah. Plus loin, un couple de Saint-Pierre évoque « l’espoir » de voir autant de citoyens et citoyennes mobilisés d’eux-mêmes alors que peu d’infos avaient circulé sur les points de rendez-vous.




















Du maloya à la techno, la jeunesse prend la rue
L’espoir, c’est un peu ce qui ressort de cette journée avec un cortège majoritairement composé de jeunes et un mouvement qui se met en place vers le front de mer à travers la rue Luc Lorion dans la joie et la musique. À chaque rond-point ou intersection, les manifestants s’arrêtent, bloquent quelques véhicules, s’arrêtent pour improviser une piste de danse. Les sons alternent entre techno et maloya. On a également droit à des classiques entre une reprise techno des Bérurier Noir « La jeunesse emmerde le front national », Daniel Waro ou encore Afrikindmada de Lindigo. À certains moments, on entend même La Marseillaise scandée par les manifestants.
Vie chère, Macron, Hayot : une colère qui dépasse les slogans
Alors que le cortège descend vers le rond-point du cimetière, c’est maintenant une foule de plus de 1 000 personnes qui marche et laisse entendre son opposition au gouvernement Macron mais aussi au Rassemblement national avec des paroles plus qu’explicites : « Macron démission, Le Pen en prison ». On distingue des drapeaux de pirates, de la Palestine, de la France, mais aussi les différents drapeaux de La Réunion (cinq couleurs et Mahavéli). Les revendications sont nombreuses : opposition à Macron, au groupe Bernard Hayot, vie chère, prix de l’essence qui a explosé, obligation pour les jeunes Réunionnais de quitter leur île pour étudier.
Armand*, un monsieur en fauteuil roulant de 89 ans a rejoint le cortège, aidé par des proches. « C’est lui qui a voulu venir alors qu’il regardait la télé », nous explique son beau-fils. Armand est venu pour soutenir la jeunesse et dénoncer le manque de moyens dans les hôpitaux alors qu’il a été aux urgences de Saint-Pierre et de Saint-Denis dans le courant de l’année. « On m’a fait attendre des heures, sans aucune information, et quand on m’a envoyé vers Saint-Denis, ils n’étaient même pas au courant de la raison de ma venue », nous raconte-t-il.






« Cette journée leur appartient » : les jeunes prennent la parole
Tout le long du front de mer, le cortège est majoritairement soutenu par les passants et les automobilistes qui sont invités à le joindre. Certains délaissent leurs bières quelques instants pour filmer cette foule qui passe et qui chante. Arrivé devant la place, l’entrée du port, le cortège s’arrête. Les jeunes sont invités à prendre la parole. Cette journée leur appartient.
Une lycéenne évoque les difficultés rencontrées pour étudier avec un réveil à 4 h 30 pour attraper le bus, des journées à rallonge jusqu’à 19 h, un dispositif de Parcoursup qui laisse trop de jeunes de côté. La fille de Nadia Saint-Omer dénonce une histoire et une culture réunionnaise depuis trop longtemps invisibilisées, la nécessité de prendre en compte les spécificités du territoire. Une infirmière évoque « la galère » pour s’en sortir, le fait d’avoir quitté l’hôpital public et les faibles revenus « pour mettre vos grands-parents au lit ».
La journée s’est finie dans le calme avec un dernier stop devant la sous-préfecture de Saint-Pierre. Aucune information n’a été donnée par la suite pour savoir ce qu’il adviendra de ce mouvement qui pour l’instant n’a rien de comparable avec celui des Gilets jaunes initial.
Olivier Ceccaldi


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