⏱️ Temps de lecture estimé : 9 min(s)

🎧

Affaire Lucky : bras de fer entre une famille accueillante et l’association Apeba

Quand Nadège Bertaux a récupéré le chien Lucky errant dans la rue à l’Etang-Salé, elle ne pensait pas que ce geste généreux l’entraînerait dans une relation conflictuelle avec l’Apeba… car Lucky portait en lui une puce d’identification de cette Association pour l’éducation à la bienveillance animale. Récit :

Le 30 mars dernier, dans un post Facebook sur la page Animaux 974, Nadège Bertaux fait part de son « litige avec l’association Apeba », une association pour l’éducation à la bienveillance animale qui récupère des chiens, les place en famille d’accueil et met en place des adoptions. Après avoir accueilli un chien via l’association, celle-ci menace aujourd’hui madame Bertaux de lui enlever l’animal. 

Retour sur les faits

Dans ce post, elle explique avoir recueilli un chien, trouvé dans la rue en novembre 2025. Après l’avoir amené chez un vétérinaire, elle apprend qu’il est identifié comme appartenant à l’association Apeba. Dans la foulée, elle appelle l’association qui lui propose de devenir famille d’accueil. Si elle souhaite l’adopter, il faudra également régler des frais d’adoption qui s’élèvent à 260 euros. L’histoire semble heureuse mais elle explique que, très vite, on diagnostique chez Lucky la maladie des vers du cœur et tout d’un coup, le discours de l’association change et Nadège Bertaux fait alors état de menaces et d’insultes de la part de membres de l’association. 

Nadège Bertaux nous a également fourni des copies des conversations avec l’association via la plateforme Messenger ainsi qu’une copie du procès-verbal de la plainte qu’elle a déposée contre Apeba.

 La première semaine de décembre, lorsque Lucky est diagnostiqué avec la maladie des vers du cœur, après un snap test chez SoVeto, elle informe l’association de la situation. Dans la foulée, on lui transmet une ordonnance pour de la doxycycline (un antibiotique antibactérien) au nom d’un autre chien. 

Elle se rend ensuite chez le docteur Reps, une vétérinaire à l’Étang-Salé, qui va faire une ordonnance qui sera transmise via l’association. Mais dans la foulée, elle explique que la présidente de l’association lui donne des indications de posologie différentes de celles prescrites. Dans la conversation Messenger consultée, une personne d’Apeba explique « qu’il y a confusion entre le protocole préconisé par le docteur Reps et celui utilisé généralement, c’est bien pour ça qu’on vous a tout réexpliqué »

Nadège Bertaux pose des questions, semble un peu perdue. Dans la conversation, on voit une personne d’Apeba qui dit « Je pense qu’on arrête », ajoutant à l’égard de Nadège Bertaux : « Si vous voulez assumer le protocole dorofilariose toute seule, il n’y a pas de problème. » La conversation change radicalement, et Nadège Bertaux demande à cesser les échanges avec une des personnes de l’association en particulier. 

Famille d’accueil sous pression

Elle reçoit alors un message qui lui explique « qu’on va envoyer un mail pour vous demander de signer le contrat d’adoption et de régler les frais dans la semaine en contrepartie d’une prise en charge des frais de vétérinaire et de traitement. » La famille d’accueil refuse et demande que le traitement de Lucky soit payé et réalisé jusqu’à son terme avant de procéder à l’adoption. S’ensuit plusieurs messages pour lui mettre la pression. Dans un message, l’association la met devant un choix cornélien : « Soit le règlement de l’adoption cette semaine, soit vous ne payez pas les frais d’adoption mais vous gérez vous-même le vétérinaire. » 

Pourtant, à la lecture du contrat de famille d’accueil (FA) de l’association, on peut lire que « les frais (de vétérinaire) sont pris en charge par l’association de l’animal. » Rien n’est mentionné quant à une éventuelle obligation de la part de la FA d’adopter l’animal pour que ces frais lui soient remboursés. Quand elle leur rappelle cela, le ton change, une première interlocutrice de l’Apeba accepte d’aller au bout du traitement avant d’envisager l’adoption et, encore une fois, la présidente de l’Apeba répond « non » et dit : « On va faire la visite à domicile et engager le processus d’adoption rapidement comme ça ce sera du face-à-face et on évaluera la situation du chien à domicile. » Elle ajoute que « le paiement sera à faire suite à la visite d’adoption si c’est validé. » 

Nadège Bertaux explique s’être sentie mise sous pression et forcée alors à un non-choix. La pression augmente au fil de la discussion de la part de la présidente : « Merci de nous régler l’adoption avant le traitement », « Quand êtes-vous dispo pour la visite d’adoption ? », « Quand êtes-vous disponible pour une bénévole et évaluer l’adoption ? »

Une version remise en cause par Apeba 

Dans un communiqué publié le vendredi 3 avril, l’association Apeba décide de réagir sur son compte Facebook. Elle mentionne l’histoire de Lucky, extrait d’un squat puis placé dans une première famille d’accueil qui l’abandonne et une seconde de laquelle il s’échappera. Concernant l’accueil de Lucky par Nadège Bertaux, Apeba explique « qu’elle exprime immédiatement un fort attachement et une volonté d’adoption » et « s’engage à prendre en charge les frais vétérinaires de soins, de base, la consultation de contrôle en échange de ne pas payer les frais d’adoption. » 

Pourtant, dans les discussions consultées, on constate que Nadège Bertaux a bien réitéré, après une première consultation chez un vétérinaire : « En acceptant de le prendre, je vous ai bien expliqué que je n’avais pas les moyens de payer les frais vétérinaires », ayant déjà des frais pour une de ses chiennes malade.

Une personne d’Apeba, dans cette même discussion, lui explique que l’association ne travaillant pas avec le vétérinaire consulté, les frais déjà engagés seront à la charge de la FA, justifiant cela par le fait que « SoVeto pratique des tarifs complètement abusifs en se faisant de l’argent sur le dos des propriétaires et des assis en difficulté », mais « que (l’association) va reprendre en main le protocole médical et le traitement adapté et paiera les soins à partir d’aujourd’hui. »

Certaines zones d’ombre

Nous avons joint l’association et une personne nous a répondu mais ne souhaite pas être nommée, considérant que son discours est celui de l’association. Dès le départ, le ton est assez vindicatif et on nous reproche d’écrire un article sur ce sujet, comparant le cas de Lucky à « une personne qui serait mécontente d’un service ou d’un restaurant » et que cela serait « anecdotique » au regard « des dizaines et des milliers de chiens » sauvés par l’association. 

Sur la question financière, la personne affirme que dès le départ, Nadège Bertaux se serait engagée par téléphone à régler les frais de vétérinaire et nous fournit une capture d’écran d’un échange avec une autre bénévole sur laquelle on peut lire : « Elle va engager des frais pour Lucky, prise de sang et endos car ses gencives sont blanches et fera un don à l’asso plus tard mais ne veut pas payer l’adoption. » Elle explique que les frais d’adoption ne sont jamais négociés. 

Dans une autre conversation fournie par cette même personne, on peut néanmoins voir que dès le départ, quelques jours après la conversation ci-dessus, Nadège Bertaux rappelle très tôt qu’elle « n’avait pas les moyens de payer les frais d’adoption » et « qu’elle a déjà eu des frais de vétérinaire, vermifuge » ainsi qu’une consultation pour vérifier les croûtes de Lucky. 

La personne au bout du téléphone semble surprise lorsque le dépôt de plainte de madame Bertaux est mentionné : « Très bien. Moi, je n’ai rien à dire sur cette dame, je n’ai aucune déclaration à faire. Je vous dis juste qu’on a affaire à quelqu’un qui a eu des propos très nerveux, qui pose beaucoup de questions et qui négocie en permanence les frais. » À aucun moment le positionnement de l’association sur les questions du traitement médical et de problématiques de gestion des familles d’accueil n’est mentionné. 

Sur la suite à donner, la personne contactée n’envisage pas de médiation possible avec Nadège Bertaux, affirmant que « sur 1500 chiens sauvés, c’est la première fois que quelqu’un se comporte comme cela ». Nous y reviendrons plus tard, mais depuis une semaine, nous avons reçu plusieurs témoignages qui attestent d’une situation semblable à celle de madame Bertaux. 

Pour l’instant, Nadège Bertaux a refusé de rendre le chien à l’association qui avait tenté de le récupérer le 11 mars dernier lors d’un rendez-vous vétérinaire et elle semble déterminée à affronter la procédure pénale qui sera peut-être engagée par la plainte déposée par l’association Apeba. Affaire à suivre donc. 

Olivier Ceccaldi

Photo de couverture : photo d’un chien seul au niveau des Makes. © Olivier Ceccaldi

8 vues

A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

Ajouter un commentaire

⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.

Articles suggérés

S’abonnerFaire un donNewsletters
Parallèle Sud

GRATUIT
VOIR