Suivi vétérinaire contesté, frais avancés, familles d’accueil laissées seules… Plusieurs témoignages recueillis par notre rédaction décrivent des situations similaires impliquant l’association de protection animale Apeba. Une accumulation qui dépasse le cas isolé évoqué par l’association.
La semaine dernière, lorsque nous avions contacté l’association Apeba au sujet d’un litige qui les oppose à une famille d’accueil du chien Lucky, une représentante nous affirmait qu’il s’agissait d’une « anecdote », d’un fait isolé.
Pourtant, depuis que nous avons pris connaissance de cette affaire, nous avons reçu plusieurs témoignages qui attestent de méthodes répétées, laissant entrevoir des difficultés dans la manière dont l’association gère certains animaux et ses familles d’accueil. Ces récits s’inscrivent dans un contexte plus large : celui d’un système reposant en grande partie sur des bénévoles qui se retrouvent trop souvent sous pression.
Des frais avancés, des remboursements incertains
Dans plusieurs témoignages, la question financière revient comme un point de tension central. Une vétérinaire en exercice explique avoir mis fin à toute collaboration avec l’association pour cette raison : « On a l’habitude de travailler avec de nombreuses associations qui luttent contre l’errance animale On fait toujours des efforts. Mais là, malgré plusieurs tentatives, il y a toujours eu des impayés. »
D’autres structures continuent de travailler avec Apeba, mais ont modifié leurs pratiques : « Aujourd’hui, on demande aux familles d’accueil de payer en avance. » Ce fonctionnement a été confirmé par plusieurs familles d’accueil, qu’elles soient actuelles ou passées, qui ont été interrogées. C’est le cas de Lucie*, qui a choisi d’avancer les frais, même si le vétérinaire qu’elle consultait régulièrement ne travaillait plus avec Apeba en raison d’impayés. Depuis, aucun remboursement de la part de l’association.
Karine*, famille d’accueil, raconte une implication progressive, presque anodine au départ : quelques achats, une consultation. Puis les dépenses s’accumulent. « On paye, et ensuite on attend. Il faut relancer. Parfois plusieurs fois. »
Elle évoque également un fonctionnement difficile à comprendre : « On nous parle de cagnottes pour financer les soins… mais au final, c’est nous qui payons. » Le chien qu’elle a accueilli a un cancer aux testicules et une cagnotte est bien disponible en ligne pour payer le devis de 250 € établi par le vétérinaire. Pourtant, quand elle l’a appelé pour vérifier la date d’intervention, celui-ci lui a expliqué que l’association avait annulé l’intervention : « On se demande comment est organisé le suivi, c’est difficile de les suivre. L’argent est récolté mais rien ne se passe. »
Des suivis médicaux décrits comme irréguliers
Au fil des récits, une autre difficulté apparaît : celle du suivi des animaux. Lucie se souvient précisément de la manière dont elle a récupéré le chiot qu’elle devait accueillir. Un point de rendez-vous, fixé rapidement, dans l’est de l’île. Un échange bref avec le compagnon d’une bénévole de l’association : « On m’a donné le chien sans contrat, sans carnet de santé. »
Les documents arriveront plus tard, après plusieurs relances. Quelques jours après, l’animal développe une maladie de peau. Elle demande un traitement, des indications. Les réponses tardent : « J’ai attendu plus d’une semaine pour avoir ce qu’il fallait. »
Dans d’autres témoignages, des situations similaires apparaissent : traitements tardifs, auto-prescription, consignes changeantes, difficultés à obtenir des documents.
Une ancienne vétérinaire et famille d’accueil dont nous avons consulté le témoignage Cerfa raconte l’accueil d’une chienne testée positive à la maladie des vers du cœur (dirofilariose) et alors que sa deuxième injection est programmée, l’association planifie également son départ vers la métropole. Elle les alerte sur les risques de fatigue pour l’animal mais l’association semble ne rien avoir anticipé. Elle raconte des erreurs dans le traitement avec des consignes différentes entre celles du vétérinaire et celles parfois données par l’association Apeba.
« Au début, tout va bien… puis on se retrouve seuls »
C’est un basculement que décrivent plusieurs familles d’accueil. Françoise* s’engage avec enthousiasme. Elle prévient pourtant l’association de sa situation familiale, notamment la présence d’une personne vulnérable à son domicile. Elle découvre sur le tas que le chien qu’elle accueille est malade. Infirmière de formation, elle s’aperçoit qu’il fait des crises d’épilepsie. Pourtant, rien n’a été mentionné au préalable.
Elle demande de l’aide et un suivi. On lui prescrit un traitement alors qu’il n’y a eu aucune visite chez un vétérinaire. Elle décide alors de consulter son vétérinaire habituel. Nouvelle difficulté.
« On m’a expliqué qu’ils ne travaillaient plus avec eux à cause des impayés. » Comme d’autres, elle avance les frais. Mais c’est surtout la relation qui se dégrade. « Au début, c’était très bien. Et puis après, que des reproches, des jugements. »
Cette histoire lui laisse « un grand sentiment de tristesse » qui lui pèse encore aujourd’hui lorsqu’elle témoigne : « Notre chien s’est mis à avoir des troubles du comportement à force d’assister aux crises d’épilepsie. On a dû arrêter l’accueil car la situation était trop lourde pour nous, notamment au vu des échanges très agressifs de la part de l’association. »
Une situation qui échappe à tout contrôle
Dans un autre témoignage, la situation prend une tournure plus grave. Un homme raconte avoir aidé l’association à récupérer un chien dans un squat. Dans l’urgence, il accepte de l’accueillir pour « deux, trois mois ». Au départ, rien d’inquiétant. Puis, progressivement, le comportement de l’animal change : « Il est devenu de plus en plus agressif. »
Les premiers incidents concernent ses propres chiens. Il les isole de peur que cela dégénère. « Aujourd’hui, ils sont quasiment barricadés dans la maison », raconte-t-il.
Mais la situation continue de se dégrader. Un chien qu’il a alors en gardiennage est attaqué. Les blessures sont telles qu’il devra être amputé d’une patte. Quelques jours avant son témoignage, un nouvel incident survient : un cochon est mordu à l’oreille. Malgré des alertes répétées, il dit ne pas avoir obtenu de solution. « Ça fait des mois que je demande qu’ils le récupèrent mais je n’ai aucune réponse. Si je ne les contacte pas, il n’y a aucun suivi de leur part ». Et surtout, il décrit un sentiment partagé par d’autres : « C’est toujours la faute de ceux qui accueillent. »
Des relations décrites comme tendues
Au-delà des faits, plusieurs témoignages évoquent la manière dont les échanges se déroulent : « On vous parle comme si tout était de votre faute », « Ce ne sont pas des conseils, ce sont des ordres. »
Certains décrivent des variations de ton : « Ça peut être très agressif, puis redevenir cordial. » Plusieurs témoignages parlent même de manipulation. Françoise le précise dans son témoignage : « C’est très manipulateur, le ton change constamment : on passe de l’extrêmement agressif à un ton beaucoup plus doux en fonction de ce qu’ils attendent de vous. Puis plus rien. »
Une ancienne bénévole résume : « Si vous posez trop de questions, ça ne passe pas. Il y a un fonctionnement quasi dictatorial, la parole de l’association fait loi. » Plusieurs témoignages évoquent une culpabilisation des familles d’accueil avec notamment un nom qui revient souvent, celui de la présidente d’Apeba, Cécile Squarzoni.
Lorsque Lucie lui explique que le chien qu’elle garde s’est fait écraser devant ses yeux, celle-ci lui reproche d’habiter à côté d’une route et lui fait porter la responsabilité du drame. Une violence supplémentaire vécue par la famille d’accueil. Françoise raconte une expérience similaire : lorsque la nouvelle famille d’accueil perd le chien qu’elle avait préalablement en garde, elle reçoit des messages d’injures. Karine en est même arrivée à quitter la discussion de groupe qu’elle avait sur Messenger avec Apeba car elle refusait de continuer à échanger avec la présidente.
Ce qui ressort de l’ensemble des témoignages, c’est aussi la peur de parler contre l’Apeba. Peur de se voir retirer un animal car on a témoigné contre l’association, peur de se voir attaquer en justice ou harceler par ses soutiens en ligne. Pris isolément, chacun de ces récits pourrait relever d’un différend ou d’un malentendu. Mais, leur accumulation, leur précision et leurs similitudes dessinent une autre réalité et posent une question : quelle réponse l’association Apeba est-elle en mesure d’apporter ?
Olivier Ceccaldi
(*) Prénoms d’emprunt.


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