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« Arriver sur un cheval blanc ou en parachute ça décrédibilise la politique »

Dans cette période de campagne pour les municipales de 2026 à La Réunion, les candidats doivent se montrer et adopter une stratégie pour convaincre un maximum de personnes avant le 15 mars prochain. Pendant que le candidat Giovanni Payet (Saint-Denis) dénonce une visibilité médiatique injuste entre les différents candidats, certains comme Thierry Robert font le « buzz » dans les médias et sur les réseaux sociaux grâce à des actions ou propos ostentatoires. Comment certains politiques deviennent-ils influenceurs ? Est-ce compatible ?

Giovanni Payet, tête de liste de La Voix Citoyenne à Saint-Denis dénonce en début février une « décrédibilisation » de la politique face aux coups médiatiques de certains candidats à La Réunion. Une accaparation de l’attention basée sur des mises en scène osées, qu’il qualifie « d’affligeantes », face aux autres candidats qui tentent de mettre en valeur une réflexion « sérieuse » dit-il, à travers un programme politique. Pour lui, cette méthode « décrédibilise » l’image de la politique face à ceux qui restent sobres et essayent de mettre en avant, plus que tout, leur programme « construit pour les citoyens » dit-il. Cette différence de visibilité entre les deux méthodes pourrait « décourager ceux qui veulent se lancer en politique avec un discours sérieux » d’après le candidat de Saint-Denis.

« En faisant le show comme le candidat à Saint-Leu on décrédibilise la politique. On est pas à Disneyland. On est là pour améliorer la vie des gens. Si le maire est là que pour le spectacle, comment va-t-il régler les problèmes ? Après ça décourage les gens à s'engager en politique. Thierry Robert qui arrive à cheval, Bruno Domen qui saute d'un avion, c'est affligeant. La vie politique c'est pas ça », estime Giovanni Payet.

« Je suis un politicien-influenceur »

Ce « show » est l’outil de communication employé par Thierry Robert, candidat à la mairie de Saint-Leu, qui assume pleinement cette méthode. Interrogé par téléphone, le candidat répond que « chacun a sa vision des choses, pour ma part je considère qu’on ne peut plus rester dans le même stéréotype classique de l’élu ou des campagnes habituelles. Les époques passent, il faut savoir être capable de s’adapter à son époque pour créer l’attraction vis-à-vis de cette population qui se désintéresse de la politique ». Dans une vidéo publiée récemment sur Facebook, on peut l’entendre dire « Je sais que personne n’est habitué à ce genre de communication, de méthodes, etc., mais ça s’appelle de la politique autrement ».

« Chacun a sa vision des choses, pour ma part je considère qu'on ne peut plus rester dans le même stéréotype classique de l'élu ou des campagnes habituelles. Les époques passent, il faut savoir être capable de s'adapter à son époque pour créer l'attraction vis-à-vis de cette population qui se désintéresse de la politique. » Thierry Robert questionné à ce sujet.

Alors que le candidat disait au micro de Parallèle Sud en novembre dernier s’être « assagit », il multiplie les mises en scène presque théâtrales sur les réseaux sociaux, en visant à la fois son électorat mais aussi en attaquant son opposant Bruno Domen, le maire sortant à Saint-Leu. Se coucher sous les roues de voiture de ce dernier ; faire une vidéo en caleçon ; arriver avec un cortège de moto, des fumigènes et des sirènes pour annoncer sa candidature ; faire une entrée à cheval pour l’inauguration de son QG de campagne… Ces coups médiatiques sont repris la plupart du temps dans les journaux télévisés locaux, signe de visibilité supplémentaire pour le candidat qui avait déjà été maire de 2008 à 2017, et renforcent visiblement son statut de favori le 15 mars prochain.

En calculant les vues (du 01 au 16 février 2026) sur Facebook de Thierry Robert, son canal de diffusion principal, le candidat cumule plus de 2 millions de vues sur environ 90 vidéos. Parmi ces 90 vidéos, on observe principalement Thierry Robert parler seul face à son téléphone, parfois pendant près de 20 minutes. Récemment, le candidat s’est affiché aux cotés de son frère Pierrick Robert, président de la chambre de commerce, dans un live de 40 minutes. Sous les vidéos postées, le candidat aux 74 000 followers utilise des titres sensationnels avec l’emploi d’émojis pour capter l’attention des Saint-Leusiens et Saint-Leusiennes, et par la même occasion celle de toute La Réunion. Interrogé, l’ex-maire dit qu’il ne s’attendait pas à de telles statistiques et déclare : « Maintenant je ne suis plus simplement politique, je suis maintenant un politicien-influenceur ».

Réaction du candidat suite à un montage photo de lui et son frère Pierrick Robert.
Titres accrocheurs sur la page de Thierry Robert.

« On verra à la fin en mars, où il y aura un choix à Saint-Denis et à Saint-Leu, si les gens préfèrent justement cette nouvelle méthode ou l’ancienne méthode raplapla. »

Un peu pour répondre à Giovanni Payet qui disait que la politique et le divertissement n’étaient pas compatibles, le candidat de Saint-Leu explique que selon lui que « on peut faire de la politique sérieusement tout en ayant des actions attractives. Dans mon cas oui il y a des choses un peu hors-cadre et hors-normes mais quand il s’agit d’être super sérieux, sur une analyse, sur une organisation ou un pilotage, je suis totalement dans les clous. »

Pour Damien Déchamps, maître de conférences en science politique à l’université de La Réunion, « faire de la politique c’est s’adapter au terrain. C’est pas non plus quelque chose propre spécifiquement à La Réunion. Il y a des attentes nouvelles par rapport aux citoyens. Et les candidats sont obligés de composer avec ces contraintes s’ils veulent espérer faire passer un message. Cependant, je serais Thierry Robert, je suis pas sûr que je me féliciterais d’avoir autant de personnes qui visualisent ces séquences, parce que c’est peut-être aussi pour se moquer un peu de lui. Ça ne dit strictement rien de l’impact que ça pourra avoir, si il a raison d’investir ce créneau ou si au contraire il se tire un balle dans le pied. C’est les électeurs qui décideront. »

Interrogé dans un contexte un peu différent qui est celui de l’Assemblée nationale, Philippe Naillet, député de la 1ère circonscription à La Réunion rapporte également une façon de s’exprimer différente chez certains députés, pour interpeller sur les réseaux sociaux. Il explique que les prises de paroles à l’Assemblée nationale sont de plus en plus pensées pour être relayées à coup de punchlines : « Moi je dis oui, il faut utiliser l’outil, mais la politique c’est du sérieux. Ça ne peut pas se résumer simplement à des formules choc, à des attitudes choc pour provoquer de l’audience, ça ne peut pas se résumer à de la mise en scène. Les réseaux sociaux doivent nous servir à relayer notre travail, à échanger, mais je crois davantage, moi, en la démocratie participative, c’est-à-dire faire participer les citoyens ».

Spectacularisation du débat public

En ce moment, Réunion La 1ère organise des débats politiques où les candidats de chaque commune se confrontent presque tous les soirs. Il n’existe pas encore de chiffre public détaillé permettant de dire si ils sont beaucoup visionnés ou non, mais sur les réseaux sociaux, un zapping est diffusé après chaque débat. Là aussi, la politique est tournée en divertissement et les petites escarmouches entre candidats prennent le pas sur les enjeux communaux et sur le débat qui pourtant dure près d’une heure et demie.

Zapping et rediffusion du débat de Saint-Paul
Zapping et rediffusion du débat du Tampon
Zapping et rediffusion du débat de Saint-Benoît

Même si ces temps de paroles donnent une grosse opportunité pour chaque candidat de s’exprimer au sujet de leur programme (pour ceux qui en ont déposé un), les sujets de fond ne sont pas toujours abordés encore une fois au détriment de la forme. Alexis Chaussalet, invité de notre format candidates/candidats et tête de liste au Tampon expliquait au lendemain du débat sur sa commune : «c’est le concours de monsieur ou madame qui va sortir la petite phrase. Qu’est-ce que ça dit des débats politiques si ce qu’on retient le plus c’est un candidat qui a mal prononcé le mot « Netflix » ? ». Un constat que Daniel Amouny, tête de liste L’Avenir en Bénédictin fit également à l’antenne à la fin du débat «dommage qu’on n’ait pas pu débattre sur les projets que nous portons ».

Etienne Satre

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A propos de l'auteur

Etienne Satre

Journaliste, Etienne Satre a rejoint l'équipe en janvier 2024 en tant qu'apprenti journaliste. Il étudie à l'Institut de l'image de l'océan indien (Iloi) basé au Port.

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