CANDIDATES, CANDIDATS…
Après avoir été le référent régional de la République en Marche d’Emmanuel Macron lors de la dernière élection présidentielle, Bachil Valy a rompu les ponts et se présente à nouveau en « homme libre », sans étiquette… Mais quand même bien ancré dans un centre-droit qu’il veut « humain ».
« La politique est noble, à condition qu’on la fasse avec envie », dit Bachil Valy…Le maire de l’Entre-Deux — élu et réélu sans discontinuer depuis 2001, ce qui en fait le « plus vieux maire de La Réunion » avec Patrick Lebreton — a-t-il envie de rempiler ? On a l’impression que oui, mais il se garde bien de le confirmer dans cette interview. Il va même jusqu’à lancer à ceux qui attendent un renouvellement : « c’est la démocratie. La population jugera. »
Pas facile de le dévoiler, lui qui évite les étiquettes ou les adhésions, même si ses références à la droite ne laissent pas la place au doute quant à son positionnement au centre-droit. Mais il se départit d’emblée de son « macronisme » d’antan, alors qu’il fut le référent régional de la République En Marche pour l’élection présidentielle de 2022.
« Le 10 septembre, je ne soutiens pas la politique d’Emmanuel Macron, je ne bloque pas tout, j’observe et je réfléchis ensuite à ce que nous allons faire. »
Et cette couleur ne lui avait pas porté chance lors de l’élection législative qui avait suivi. Sa candidature était restée sous la barre des 10% au premier tour. C’est peu-être pour cela que lorsqu’on lui demande de choisir entre le soutien au mouvement de protestation du 10 septembre et au président Macron, il se déclare « observateur » !
Localement, il soutient la dernière initiative de la droite et de Cyrille Melchior au sein du parti Nouvel R’ même si on ne l’avait pas vu lors du lancement, à cause, confie-t-il de son différend avec la mairesse de Saint-Louis Juliana M’Doihoma.
Comment Bachil Valy s’est-il lancé en politique ?
Arrivé à l’Entre-Deux pour reprendre l’entreprise familiale, il s’est d’abord impliqué dans le milieu associatif, notamment comme président du club de football local. En 1995, il devient adjoint de Daniel Tholozan, puis maire en 2001.
« Je suis rentré en politique très jeune, un peu comme une aventure. On découvre, on apprend, et puis on a envie d’apporter un regard différent. »
Chef d’entreprise, il revendique un regard pragmatique sur l’action publique : « Moi en tant que chef d’entreprise, je me suis dit que je pourrais apporter ma pierre, et que j’aimerais voir ma commune autrement. »
Authenticité
Sur cette période, il va accompagner le doublement de la population entre-deusienne d’un peu plus de 3 000 habitants à plus de 7 000 aujourd’hui. « Cette ville ne perd pas ses habitants contrairement à ce qu’on entend de plus en plus sur le plan national avec la désertification des zones rurales. Il y a eu vraiment une volonté dès le départ de donner une authenticité basée sur les richesses du territoire. »
C’est à ce titre que le Plan local d’urbanisme de l’Entre-Deux, adopté en 2024, limite à R+1 la taille des immeubles. La commune a cependant fini par se mettre en conformité avec la loi quant à la part de constructions de logements sociaux. « Au départ, c’était difficile, mais les habitants ont compris qu’il fallait loger leurs enfants et petits-enfants. »
« Il était hors de question d’aller au-delà de R+1. Nous n’avons pas suffisamment de foncier, et nos atouts sont le patrimoine naturel et architectural. Il faut conserver ce cadre de vie. »
Pour éviter les dérives, il prône des opérations « à taille humaine » : « Plus vous resserrez, plus les gens sont étouffés. C’est comme ça que naissent les problèmes de voisinage et de petite délinquance. »
Quel est son positionnement politique ?
Bachil Valy se définit comme centriste, refusant les extrêmes : « un centrisme humain ». Il insiste sur sa liberté : « Je ne suis pas encarté politiquement, je n’ai pas de carte. Je suis un homme libre, je m’occupe de ma population. »
Disant « refuser la philosophie des extrêmes », il doit cependant composer avec une commune qui, lors de la dernière élection législative a placé en tête le candidat du Rassemblement national au 1er tour (31%) et au 2e tour (51%). Lui, n’avait pas donné de consigne de vote. Et veut voir dans les représentants locaux du RN « le côté humain » : « Ce sont des braves gens. Mais il y a des opportunités politiques et une tendance qui est là. Je suis désolé, hein, mais c’est comme ça. »
Pourtant le maire de l’Entre-Deux s’est exprimé publiquement contre des propos islamophobes tenus par Alain Bénard sur les réseaux sociaux. « J’étais le seul à le dire haut et fort. Comment, à La Réunion, pays construit sur la solidarité des peuples, peut-on avoir ce discours-là ? Ce n’est pas acceptable que chaque être humain ici, qu’il soit musulman, hindou, bouddhiste, chrétien ou européen, soit le sujet de ce genre d’attaques. Ce n’est pas La Réunion. »
Fataliste, il établit un lien direct entre difficultés économiques, malaise social et progression du RN :
« Quand l’économie ne va pas, le social ne va pas. Et quand le social ne va pas, c’est le désordre. Les gens sont dans un tel désespoir qu’ils disent : peut-être qu’il faut donner la chance aux extrêmes pour que ça bouge. »
Pour lui, la meilleure réponse à la montée des extrêmes n’est pas la stigmatisation, mais la capacité des élus à travailler ensemble pour l’intérêt général : « Tant que les élus seront dispersés, dans la division, à faire des calculs politiciens, on ne sortira pas de ce marasme. »
Sa vision économique
De tendance libérale, Bachil Valy propose de sortir de la dépendance aux subventions et à la fiscalité : « On ne peut pas être éternellement dans l’attente de subventions. À un moment donné, ça ne marche plus. »
« On est les champions du monde en termes de fiscalité… et pourtant ça ne résout pas le déficit. »
Il défend un modèle basé sur la souveraineté alimentaire, l’économie circulaire, la valorisation des produits à haute valeur ajoutée et la coopération intercommunale. Avec d’autres communes, il porte le projet d’une société coopérative SCIC pour l’Organisation solidaire de la production agricole locale (OSPAL).
« Quand ton argent reste dans ton pays, tu crées de l’emploi. »
Bachil Valy veut aussi associer le tissu associatif et l’économie sociale et solidaire au développement : « Quand tu crées l’économie solidaire, tu crées les conditions des emplois directs et aussi des emplois indirects. »
« Je ne vais pas vous dire qu’il faut exporter la carotte ou la tomate. Mais nous avons des plantes médicinales, des essences de parfum, du café, de la vanille, du géranium. C’est là-dessus qu’il faut aller. »
Et la culture ?
Le maire de l’Entre-Deux veut enfin que la commune soit une vitrine de l’histoire réunionnaise. « Dans mon centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine, il s’agit de véhiculer l’histoire de La Réunion, l’histoire de l’esclavage, des engagés, et de la mettre en avant. » Il affirme que l’Entre-Deux est la deuxième destination touristique de La Réunion, notamment pour ses cases créoles, mais pas seulement : « Il n’y a pas que les cases créoles. Il y a aussi le côté naturel, le Dimitile, le Bras de la Plaine, avec toute l’histoire. »
Il rappelle qu’il y a 80 associations dans la commune, qui bénéficient des infrastructures municipales. Ces associations structurent la vie culturelle et sportive, mais créent aussi une demande croissante d’équipements.
Entretien : Sarah Cortier et Franck Cellier
Photos et vidéos : Etienne Satre
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