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Dans le Sud de l’île, la droite agite l’épouvantail LFI pour refuser les fusions

Dans le sud de l’île, les discussions en vue du second tour ont tourné court au Tampon comme à Saint-Pierre. Dans les deux cas, les négociations entre listes se sont heurtées à des divergences politiques profondes, certains candidats mettant en avant la proximité avec La France insoumise pour refuser toute alliance.

Dans le sud de l’île, Saint-Pierre et Le Tampon sont deux communes qui se retrouvent avec des destins quasi similaires alors que le deuxième tour des élections législatives se profile. Sur chaque commune, le maire sortant, qui a pris la relève du maire élu (l’un pour cause de décès de Michel Fontaine et l’autre pour cause d’inéligibilité d’André Thien Ah Koon), s’est retrouvé en tête au terme du premier tour dimanche 15 mars et va affronter deux autres candidats lors du second : l’un de gauche, en tête, et l’autre de droite. 

Dans chaque commune, des discussions ont été évoquées, certaines ont eu lieu mais toujours, la question d’une alliance entre des listes de courants divergents a été évoquée. 

Au Tampon, Nathalie Bassire finit troisième mais demande le retrait du « candidat LFI »

Au Tampon, c’est Alexis Chaussalet qui est arrivé en seconde position avec 28,95 % des suffrages exprimés derrière les 44,92 % de Patrice Thien Ah Koon et devant les 22,35 % de Nathalie Bassire. Si dès le soir du premier tour, les deux outsiders saluaient des scores qui démontraient la volonté du peuple tamponnais de sortir de la dynastie Thien Ah Koon, Nathalie Bassire, qui pourtant ferme le podium, a affirmé dans un communiqué de presse « être la seule à pouvoir battre « monsieur le fils à papa « . »

Dans ce même communiqué d’une page, la candidate de droite, selon la préfecture, va à de nombreuses reprises insister sur l’affiliation d’Alexis Chaussalet à La France insoumise (LFI) avec pour but d’en faire une personnalité clivante en jouant sur les mêmes mécanismes que l’on voit apparaitre à l’échelle nationale depuis plusieurs semaines et notamment l’affaire Quentin Deranque.  À la lire, on pourrait presque oublier qu’en plus d’un soutien de LFI, Alexis Chaussalet et sa liste sont soutenus par Génération écologie au Tampon, le PLR, le Parti socialiste réunionnais et le Parti communiste réunionnais.

Sous sa plume, on peut donc lire que LFI est « un véritable repoussoir », que « le candidat LFI n’a aucune chance de gagner », que « le candidat LFI fragmente et divise. » Finalement, c’est moins le programme du candidat que son affiliation politique qui pose problème selon Nathalie Bassire. Pourtant, elle oublie de mentionner qu’avant Alexis Chaussalet, aucune force de gauche ne s’était portée au second tour d’une élection municipale au Tampon depuis Jean-Jacques Vlody en 2008 face au père du maire sortant. 

Dans un post Facebook, Nathalie Bassire va même jusqu’à utiliser l’exemple de Bruno Domen, candidat à Saint-Leu ayant fini en seconde position, qui a retiré sa liste en faveur de Karim Juhoor, candidat ayant fini en troisième position. Dans le texte qui accompagne le post, elle invite Alexis Chaussalet à suivre l’exemple et à « mettre son égo de côté », affirmant même que les électeurs de ce dernier seraient de son avis (on a vérifié et sur une dizaine de soutiens, aucun ne partage sa position). 

À Saint-Pierre, le rejet de certaines étiquettes au centre du second tour

À Saint-Pierre, pas de fusion ni de soutien annoncé même de la part des listes de gauche éliminées dès le premier tour. Ruth Dijoux, soutenue par le Parti communiste réunionnais (PCR), a par exemple refusé de donner de consigne, préférant « faire confiance à ses électeurs et à sa base militante » pour faire leur choix au second tour. Entre Emeline K/Bidi (22 %) et Jean Gaël Anda Sita (20 %), des discussions ont bien eu lieu dès le lendemain de l’annonce des résultats à l’initiative de la candidate de gauche. 

Les négociations, si elles ont eu lieu, n’ont pas donné suite à une alliance, avec ou sans fusion des listes, ou à un désistement. Plusieurs raisons à cela : aucun des deux n’a souhaité se mettre en retrait pour laisser l’autre conduire la liste d’union et surtout, c’est l’affiliation politique de certains colistiers qui gênait. D’un côté, Emeline K/Bidi demandait que certains colistiers ouvertement affiliés au Rassemblement national (parti situé à l’extrême droite par le Conseil d’État) soient exclus. De son côté, Jean Gaël Anda Sita voulait que les militants LFI soient exclus de la liste. 

Aucune entente n’a été possible, Jean Gaël Anda Sita considérant que c’était à lui de mener la liste de Saint-Pierre, ayant un ancrage local plus fort selon lui, alors même qu’il est arrivé en troisième position dimanche dernier. Dans une vidéo publiée par Le Quotidien, il a rappelé que sa liste était « sans étiquette » (bien que la préfecture le place à droite de l’échiquier politique comme mouvement « divers droite ») et n’était composée que de quelques colistiers affiliés au Rassemblement national, alors que celle de son adversaire avait beaucoup d’affiliés LFI (selon le groupe de Saint-Pierre, seuls deux colistiers sont affiliés). Il a également affirmé que les habitants ne souhaitent pas être dirigés « par la France insoumise, un parti qui veut désarmer la police et qui dit que celle-ci tue. » 

Sur cette dernière phrase, monsieur Anda Sita fait un amalgame flagrant entre une réalité nationale où les chiffres nous démontrent mathématiquement que la police, si on prend l’ensemble du territoire national, est l’auteure de nombreuses violences et une réalité locale, où les membres des groupes locaux ont des positions bien moins radicales. 

Joint par téléphone, Antoine Veteau Daniel, animateur du groupe d’action LFI de Saint-Pierre, dément certains des propos tenus par le candidat de droite, notamment sur le fait qu’il y aurait une grande quantité de membres de LFI sur la liste d’Emeline K/Bidi : « Nous sommes seulement deux à être sur la liste et, pour être honnête, nous avons peu de poids au niveau local comparé au mouvement national », explique-t-il. Pour lui, la position de Jean Gaël Anda Sita qui se focalise sur LFI est « une stratégie bien pratique qui lui permet d’éviter d’avoir à développer de réels arguments. »

Au niveau local, LFI défend une posture de compromis

Dans une lettre ouverte au candidat et à « son dalon David Lorion », le groupe insoumis de Saint-Pierre rappelle d’ailleurs que la candidate de gauche ne fait pas partie de leur mouvement et ne siège pas avec la France insoumise au sein de l’Assemblée nationale. Le groupe local explique ne pas partager l’ensemble des points de vue d’Emeline K/Bidi mais avoir trouvé des points de compromis afin d’envisager une lutte commune. Sur la question de la sécurité et du désarmement de la police, si le groupe reconnait son point de vue, il explique que la candidate s’est opposée à cette proposition mais que leur conception de la sécurité est commune : retour des MJC et développement de l’éducation populaire. 

Antoine Veteau Daniel dénonce une rhétorique de la droite qui bascule facilement vers le « RN égal LFI », alors que l’un est « un parti raciste et qui fait fi de l’État de droit et que l’autre est un parti qui prône la justice sociale. » L’insoumis l’affirme, la volonté du groupe local est seulement « de faire dégager ce système politique qui marchande le vote. » 

Les électeurs auront leur mot à dire dimanche prochain. Mais ce qui est sûr, c’est que, que ce soit au national ou sur l’île, le discours anti-LFI tenu dans les médias et au sein de la classe politique depuis des mois trouve de l’écho. 

Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

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