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Et si l’alimentation redevenait un droit, un plaisir et un bien commun ?

« Nous ne serons plus les consommateurs d’un système qui nous consume », tel est le credo exprimé au colloque national sur la Sécurité sociale de l’alimentation.

Les 30 et 31 janvier, à la Bourse du Travail, dans la salle Ambroise Croizat à Paris — haut lieu des conquêtes sociales — une évidence s’est imposée : ce système alimentaire ne tient plus. Il épuise les terres, fragilise la santé, précarise les paysans et empêche des millions de personnes de manger correctement. Au pays de la gastronomie, certains n’ont pas accès à une alimentation digne. Ce n’est pas une fatalité, c’est un choix politique.

colloque sur la Sécurité sociale alimentaire

Le colloque national sur la Sécurité sociale de l’alimentation (SSA), organisé par l’association des Journalistes-Écrivains pour la Nature et l’Écologie (JNE), a réuni quelque 400 participants sur deux jours, venus de toute la France hexagonale… et de La Réunion qui rentre dans le mouvement avec une initiative « Tous à table » de Trois-Bassins.

L’idée de « mettre en sécurité alimentaire » plutôt que « créer une sécurité alimentaire », est née d’un collectif créé en 2019. Le concept s’est renforcé pendant le Covid avec l’augmentation de l’aide alimentaire et les questionnements de groupements paysans contre l’industrialisation de l’agriculture.

La Sécurité sociale de l’alimentation : une idée simple et puissante#

La SSA est supportée par des parlementaires, comme l’ex-président de l’association Vrac. Il l’a portée comme projet de loi dans une niche à l’Assemblée nationale, mais ça n’avait pas été débattu. N’empêche, l’idée d’en faire une loi d’expérimentation perdure pour dire que les humains reprennent leurs droits en main…

On peut s’organiser entre citoyens avec des initiatives comme « L’ordonnance verte » reprenant un précepte d’Hippocrate disant que l’alimentation est notre premier médicament. Cette initiative se concrétise par la fourniture hebdomadaire d’un panier alimentaire aux femmes enceintes et se poursuit jusqu’aux trois ans du nouveau-né.

colloque sur la Sécurité sociale alimentaire

Pendant deux jours, producteurs, chercheurs, citoyens, élus, distributeurs et « faiseurs » venus de toute la France ont partagé une conviction forte : se nourrir est un droit fondamental, pas un privilège soumis au marché.

L’alimentation n’est pas une marchandise comme les autres. C’est un bien commun, un fait social, culturel, sensoriel, un enjeu de santé publique et de démocratie. Bref, tout ce qui est indispensable à la vie.

Décider ensemble de ce qui nous nourrit#

Inspirée de la Sécurité sociale du soin, la Sécurité sociale de l’alimentation propose de garantir à toutes et tous un accès à une alimentation choisie, de qualité, via une cotisation sociale, une allocation alimentaire mensuelle, une monnaie fléchée utilisable chez des professionnels conventionnés, des décisions prises collectivement, au plus près des territoires.

Ici, on ne conventionne pas des produits, mais des pratiques agricoles et alimentaires, définies démocratiquement. L’objectif est clair : sortir l’alimentation de la logique du profit pour la remettre au service de la vie.

La démocratie ne s’arrête pas au vote. Elle se joue aussi dans nos assiettes. Les expérimentations présentées montrent que lorsque les citoyens décident ensemble des règles du jeu alimentaire, le lien se recrée. Des voisins se rencontrent. Des producteurs et des habitants se parlent à nouveau.

La dignité reprend sa place, loin des discours culpabilisants. Car non, les gens n’ont pas besoin qu’on leur apprenne à manger. Ils savent.
Mais quand la contrainte financière empêche le choix, l’injonction devient une violence.

À Trois-Bassins, on n’attend pas : on expérimente#

Cette dynamique fait écho, très concrètement, à ce qui se construit aujourd’hui à Trois-Bassins, avec l’étude-action « Tous à table ». À travers des ateliers de co-construction, habitants, acteurs locaux et partenaires réfléchissent ensemble à l’accès à une alimentation digne, choisie et partagée. On y retrouve les mêmes fondamentaux que ceux portés par la SSA :

  • remettre les personnes concernées au cœur des décisions,
  • partir des besoins réels et des savoirs existants,
  • créer des espaces de dialogue plutôt que des réponses toutes faites,
  • penser l’alimentation comme un levier de lien social, de santé et de justice.

Ce sont ces démarches, ancrées dans les territoires, qui préfigurent les politiques publiques de demain.

colloque sur la Sécurité sociale alimentaire

Remettre les paysans au cœur du système#

Autre évidence : la Sécurité sociale de l’alimentation ne se fera pas sans les paysans. Aujourd’hui, 18 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, pendant que la valeur est captée ailleurs.

La SSA propose une rupture forte : des producteurs rémunérés par un salaire, décorrélé des volumes vendus. Comme un préalable à la liberté. Et une condition pour produire du vivant sans détruire le vivant.

Expérimenter, maintenant, joyeusement#

Partout en France, des cantines populaires, caisses locales, monnaies alimentaires, coopératives agricoles et cuisines solidaires émergent.
Des solutions imparfaites, mais vivantes. Car la démocratie, ça ne se décrète pas, ça s’organise et ça se pratique.

Face aux crises sociales, sanitaires et écologiques, la question n’est plus de savoir si elles vont arriver, mais comment nous nous y préparons collectivement.

Plus que des lendemains qui chantent, il y a des aujourd’hui qui bruissent. Et si nous reprenions ensemble la main sur ce qui nous nourrit ?!

Nadège Madrolle

Contribution bénévole

Les vidéos du colloque :#

https://www.youtube.com/live/5vb4hPqEt-M?si=AAXPa6Hu3xaaZjKh

https://www.youtube.com/live/pEwCVif0E-0?si=v8y7YYy4VTx54sfP

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