⏱️ Temps de lecture estimé : 4 min(s)

🎧

Le documentaire « Premières lunes » questionne le tabou et la ritualisation des premières règles

Vendredi 23 janvier dernier, sous les arbres du jardin de la Kour à Saint-Leu, le documentaire « Premières lunes » était projeté au vidéoprojecteur. À travers l’œil de la réalisatrice Mélanie Mélot, présente à l’avant-première, le passage des premières règles est conté, raconté, analysé.

La nuit tombe, les luminaires éclairent le lieu. Le public, majoritairement composé de femmes, s’installe autour des chaises et des tables prévues pour la projection. L’ambiance est chaleureuse, en cette nuit d’été. On entend rire, discuter, trinquer. Le week-end commence…

Le ciné-débat est organisé avec la Maison de la sororité, représentée ce jour-là par Anne-Flore Baron, et dédiée à faire vivre la sororité en créant des espaces d’échanges et de solidarité entre femmes. Le jour tombe peu à peu, le documentaire peut commencer.

Documentaire Premières Lunes

Un passage célébré différemment selon la culture#

Quatre jeunes filles de cultures différentes témoignent. Ombelline, Shakira, Khamala et Priyanka racontent leurs premières règles, depuis la France métropolitaine, le Québec, le Rwanda et La Réunion. Partout, le sujet est plus ou moins tabou. « Je n’en ai pas parlé à ma mère, car j’étais gênée », peut-on entendre.

Avec ce documentaire, la réalisatrice souhaite mettre sur grand écran ce passage important dans la vie d’une femme, dont on ne parle jamais, ou très peu. Car avoir ses règles pour la première fois marque, de fait, un passage. Pourtant, en fonction de sa culture, du pays dans lequel on a grandi, de sa famille, de son propre caractère, l’expérience n’est pas la même. En parle-t-on autour de nous, à notre mère, à nos sœurs, à nos amies, à notre père ? En fait-on un moment de joie, de douleur, de tristesse ? Enterre-t-on l’enfant qu’il y a en nous pour devenir femme ? Mais qu’est-ce que devenir femme ? Doit-on attendre ce passage où, pour la toute première fois, du sang coule dans notre culotte pour sentir que quelque chose bascule ? Comment accompagner les jeunes filles pour leurs premières lunes ? Ces questionnements, Mélanie Mélot les a eus. Et à ces questions ouvertes, plusieurs explorations de réponses sont proposées, à travers le monde et l’expérience de femmes.

Se réapparoprier ses premières règles #

Alors, le documentaire ramène de la poésie dans ce passage. Une poésie qui permet aussi de se réapproprier ce moment. Les rites et traditions autochtones perpétrés dans certains pays font de cet événement un moment sacré, qui devient le cœur d’une célébration. Au Rwanda, ce rite se nomme le gukuna et se traduit par une modification génitale pour les jeunes filles qui ont leurs premières règles. Au Québec aussi, cet événement donne lieu à une cérémonie autochtone, tandis qu’en France métropolitaine et à La Réunion, les premières règles d’Ombelline et de Priyanka sont une raison pour la famille de se rassembler. Et surtout les femmes de la famille : les mères, les grands-mères, les sœurs, les cousines, etc. Les liens de sororité sont au cœur de la réflexion, mais c’est aussi la place des pères que le film questionne. Le père d’Ombelline témoigne par exemple de ce besoin de sensibiliser les pères à ce passage. « Les règles semblent être synonyme de plus d’inconvénients que d’avantages, ça c’est sur. »

Mélanie Mélot et Anne-Flore Baron à la soirée de projection du documentaire « Premières lunes », le vendredi 23 janvier, à la Kour, Saint-Leu

Une kinésithérapeute mentionne la nécessité de « mettre de la beauté dans ses règles, se sentir puissante et honorable ». Le flux instinctif, c’est-à-dire la méthode de contrôle de l’écoulement du sang menstruel, est abordé comme un outil de réappropriation de son corps. Véritable alternative aux protections chimiques, le flux instinctif permet aussi de ne plus être dépendante des tampons ou des serviettes et ainsi d’éviter les risques liés à leur utilisation.

Les règles, c’est un sujet de femmes, entend-on. En projetant le film sur grand écran, Mélanie Mélot souhaite aussi questionner le tabou de la société qui l’entoure et en faire un sujet public.

Sarah Cortier

62 vues

A propos de l'auteur

Sarah Cortier

Journaliste issue d’une formation de sciences politiques appliquées à la transition écologique, Sarah est persuadée que le journalisme est un moyen de créer de nouveaux récits. Elle a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour participer à ce travail journalistique engagé et porter de nouveaux regards sur le monde.

Ajouter un commentaire

⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.

Articles suggérés

S’abonnerFaire un donNewsletters
Parallèle Sud

GRATUIT
VOIR