Les autorités françaises sont restées très discrètes sur la « désertion » de 7 militaires comoriens ayant participé à l’opération Papangue 2026 (information révélée par Antenne Réunion le 26 mars dernier). Ce « commando » spécial est réapparu ce mardi 30 mars à la tombée de la nuit à la Plaine-des-Palmistes. Récit exclusif :
20h00 — 31 mars 2026. Alors que la nuit enveloppe le village de la Plaine-des-Palmistes et que la plupart des habitants sont déjà tranquillement installés chez eux, un convoi composé d’un camion de transport de troupes, d’un véhicule équipé d’une mitrailleuse et d’un blindé descend de Bourg-Murat en empruntant autant que possible les chemins d’exploitation.
« Je les ai croisés dans les lacets du col de Bellevue. Ça ne m’a pas particulièrement étonné parce que nous avons l’habitude d’observer des mouvements militaires dans ce secteur », raconte un artiste plasticien demeurant à proximité. Kako — c’est de lui dont il s’agit — a néanmoins alerté la rédaction de Parallèle Sud. « Après réflexion quand même, j’ai trouvé ça bizarre de sortir un char d’assaut avec des chenilles. J’avais déjà vu les blindés de l’armée mais jamais un char. Ça va abîmer la route. Je ne pense pas que la Région accepte ce genre de pratique de la part de l’armée. »
20h30. Sans avoir rencontré la moindre résistance, les trois véhicules, circulant sans lumière, arrivent devant la mairie de la Plaine des Palmistes. Le char Leclerc XLR se positionne au milieu de la place, détruisant au passage les aménagements récents. La mitrailleuse est plantée juste à côté, ce qui lui permet de s’ouvrir un champ de tir d’un angle de 180 degrés balayant tous les accès et le camion de troupes se gare à l’arrière du bâtiment.
Inutiles caméras de surveillance
Ce mouvement nocturne ne déclenche pas d’alerte particulière. Un gendarme de la brigade palmiplainoise expliquera plus tard qu’il est passé devant cette démonstration militaire et a estimé qu’il s’agissait probablement d’un « nouveau coup de com’ » de Johnny Payet. Le seul maire encarté au Rassemblement National de La Réunion s’est en effet vanté dans son programme de « renforcer la sécurité à la Plaine ». « Ce serait bien dans son genre de faire un coup de pub en militarisant symboliquement sa police municipale », réagit l’un de ses opposants.
21h15. Sans rencontrer la moindre résistance malgré l’omniprésence de caméras — La Plaine-des-Palmistes est l’une des communes les plus vidéo-surveillées de France — les militaires prennent possession de l’Hôtel de ville et installent leur QG au 1er étage. L’un se poste sur la tourelle du Leclerc, un autre aux commandes de la mitrailleuse. Le reste de la troupe — moins d’une dizaine d’hommes selon les premières constatations — sécurise les entrées et transforme la salle du conseil en plateau de télévision.
Les soldats sont accompagnés de deux journalistes de l’ORTC, Office de Radio et de Télévision des Comores, équipés pour diffuser en direct la suite de l’opération. C’est donc de Moroni (avec une heure de décalage) que proviennent les premières images officielles. En direct, lors d’un JT-édition spéciale de l’ORTC, les téléspectateurs comoriens suivent l’ « arrestation » du premier magistrat de la Plaine-des- Palmistes.
21h30. Quatre militaires, portant l’écusson des Comores sur leur uniforme, pénètrent dans le domicile de Johnny Payet. L’un d’eux fait diversion en frappant à la porte pendant que les trois autres passent par les fenêtres. Le logement semble vide, personne ne réagit. Le premier magistrat est filmé dans son canapé, endormi, alors qu’une émission de CNews est diffusée sur son poste de télévision. Quand certains comptent les moutons, d’autres comptent les dérapages racistes pour trouver le sommeil…
Johnny Payet comme Nicolas Maduro
L’air hagard, il ne trouve pas ses mots lorsque, soulevé par deux soldats, il est interpellé par un officier comorien d’un âge avancé, Ayouba Combo Junior. En français, celui-ci prétend avoir servi dans la garde présidentielle des Comores, dans les années 1980, lorsque le mercenaire français Bob Denard en assurait le commandement. Il s’adresse à Johnny Payet avec respect : « Au nom du peuple comorien et de notre président Azali Assoumani, je vous prie de nous suivre. Au regard du droit international, nous vous plaçons en état d’arrestation pour être un élu de la République française au sein d’un parti qui glorifie le passé colonial de la France. Vous symbolisez une France qui perpétue l’impérialisme colonial sur le peuple des Comores. »
22h00. Dans un village profondément endormi, le premier magistrat de la Plaine est conduit au premier étage de la mairie occupée. Alors que personne à La Réunion ne sait ce qui se passe, l’ORTC poursuit son émission en direct. Les présentateurs vantent les qualités des soldats, qualifiés jusqu’alors de « déserteurs ». Depuis plusieurs jours, ils sont la cible de commentaires haineux tant à La Réunion qu’aux Comores.
Le président Azali Assoumani, à la façon d’un Donald Trump, apparaît à l’antenne dans la salle de presse du palais Beit-Salam : « Nous sommes fiers de montrer à notre peuple et au monde entier l’expertise de nos forces militaires qui viennent d’enclencher l’opération « Maduro de Bourbon » sur le sol français », commence-t-il en guise de préambule. Cette appellation fait référence à l’ingérence américaine au Vénézuela et à la capture du président Nicolas Maduro par les forces spéciales.
La Plaine-des-Palmistes en échange de Mayotte
Dans un discours hétéroclite le leader comorien explique avoir agi conformément à la nouvelle doctrine du droit international pratiqué par les grands leaders du monde : Trump, Poutine, Netanyahu… « Les pays occidentaux, soi-disant démocratiques, n’ont aucune crédibilité pour condamner notre Opex (Opération extérieure) puisqu’ils sont restés complaisants devant ce qu’il s’est passé à Gaza, au Vénézuela, au Liban, en Iran… »
Le président comorien affirme que le commando « Maduro de Bourbon » n’a fait aucune victime et n’a pas eu besoin d’utiliser la force. Se référant aux multiples condamnations des Nations Unies et de l’Union africaine, il annonce que Johnny Payet est le prisonnier des Comores et doit être jugé pour « le crime français de l’annexion illégale de Mayotte ». En conclusion, il propose de restituer à la France le territoire de la commune de la Plaine-des-Palmistes en échange de Mayotte.
2h00 — 1er avril 2026. Le préfet de La Réunion, informé par l’ambassade de France à Moroni, arrive sur les lieux. Accompagné du chef d’état major de forces armées de la zone sud de l’océan Indien, et encadré d’une équipe légère de gendarmerie, il enclenche le début des négociations. Alors que le canal de communication de la préfecture ne fait aucune mention de ces premiers échanges, le cabinet de la présidence comorienne révèle que les autorités réunionnaises souhaitent avant tout que rien ne soit ébruité en échange de l’abandon de toute poursuite contre les soldats comoriens accusés de désertion.
Réponse de ces derniers : « Nous n’avons pas déserté. Nous sommes loyaux à notre armée. Il nous tarde de rentrer aux Comores où nous attendent nos proches et quelques grillades de poisson. »
Laurent Hoareau (Avec l’ORTC et l’AFP)


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