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L’esclavage reconnu comme plus grave crime contre l’humanité par l’ONU

LIBRE EXPRESSION

« L’Assemblée générale de l’ONU a adopté, mercredi 25 mars 2026, une résolution proclamant la traite transatlantique des Africains, réduits en esclavage  comme « crime le plus grave contre l’humanité ». Cette initiative vise à faire reconnaître l’ampleur, la durée et les conséquences durables de ce système, marqué par plus de 300 ans d’exploitation et de violences.

A la tribune, le président ghanéen John Dramani Mahama a salué un moment « historique », appelant à « la vérité » et à une « justice réparatrice ». La résolution invite notamment les États à présenter des excuses formelles, à envisager des compensations pour les descendants des victimes et à renforcer les politiques de lutte contre le racisme. »

La reconnaissance par l’ONU de l’esclavage comme le plus grand crime contre l’humanité, 25 ans après la loi TAUBIRA du 10 mai 2001 est bien évidemment une grande victoire pour l’humanité toute entière et plus particulièrement pour l’Afrique qui a été littéralement éviscérée par la traite négrière et les déportations des africains  vendus entre le 15ème siècle et la fin du 19ème siècle aux Antilles, au Brésil en Amérique du Nord,  dans les pays de l’Océan Indien, dans différents pays promus par le commerce triangulaire.

D’après les estimations de l’UNESCO, cette traite a déraciné 15 à 20 millions d’Africains qui ont été séquestrés et trainés de force dans les Amériques et les Caraïbes.

La Réunion et les pays de l’Océan Indien ont été particulièrement touchés par cette exploitation inhumaine et meurtrière qui a sévi dans le monde pendant plus de quatre  siècles.

Cette reconnaissance dont nous en sommes fiers, au même titre que la reconnaissance par la France de l’esclavage comme crime contre l’humanité nous impose cependant une vigilance.

Que soit reconnu le travail de longue haleine des associations et des historiens qui, de part le monde, ont lutté pour la connaissance de l’histoire de l’esclavage et la reconnaissance de ce crime contre l’humanité et réclamé des réparations.

Or, si nous pouvons reconnaitre quelques avancées notamment au travers de la Création du  Comité national pour la  Mémoire et l’histoire de  l’esclavage crée en 2004, suite à la loi Taubira, devenue depuis 2021, Fondation,  pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage, ainsi que les différents mémoriaux qui ont été érigé à travers le monde et dans des pays traversés par l’esclavage, nous devons néanmoins constater que beaucoup de choses restent à faire , notamment concernant  la réparation qui est encore aujourd’hui considéré comme un sujet tabou.

A la Réunion notamment on préfère parler de réconciliation et non pas de réparation.

Qu’est ce qu’il faut réparer en réalité?

Les séquelles qui résultent de la période de l’esclavage et qui sont encore ancrées dans les corps , l’esprit  et la mémoire des Réunionnais, victimes de l’esclavage, de l’engagisme  et de la colonisation.

Ces séquelles sont d’ordre physiologiques, psychologiques, économiques et sociales. Elles se perpétuent de façon transgénérationnelle par ce que l’on peut appeler l’archéologie de la souffrance.

Les habitants des camps, lieux de vie des esclaves, des engagés et des affranchis qui occupent aujourd’hui les cités bétons et luttent quotidiennement contre le chômage, la misère et la précarité sociale, la Cafritude sociale, comme l’a nommée Alain Lorraine concerne cette partie de la population qui est toujours traitée comme étant de la clientèle et non pas comme des citoyens libres et égaux devant la loi. Cette majorité sociale dépend encore aujourd’hui de subsides sociales et institutionnels et ne peuvent accéder à un emploi digne, vivent  encore dans des logements insalubres et  s’alimentent dans des épiceries solidaires.

L’esclavage a crée cela, une image de soi dégradé, un statut social infériorisé et  précaire.

C’est d’abord cette frange de la population qui doit bénéficier de la réparation par une politique sociale basée sur la justice et l’équité, mais également sur la reconstruction mentale et psychologique de leur intégrité saccagée par cette reproduction sociale, qui laisse les pauvres s’appauvrir davantage et les riches s’approprier le capital social économique et culturelle.

Réparer les séquelles de l’esclavage, c’est construire une société digne où chacun récolte le fruit de ses compétences et de son travail et non pas reste condamné à vivre perpétuellement de  l’assistance d’un État autocratique.

Réparer c’est aussi faire rentrer au sein des écoles l’histoire et la langue créole et la culture créole non pas de façon optionnelle mais de façon obligatoire car la maîtrise de son histoire, de sa langue et de son environnement culturel et géographique est la condition sine qua non à  la constitution d’un être conscient et éclairé. L’école de la République ne fournit pas cet enseignement. Elle forme un citoyen français qui renie en soi ses origines malgaches, africaines, indiennes et chinoises et encense l’excellence européenne et française. Cet artefact d’individu se retrouve contraint de vivre perpétuellement dans une injonction paradoxale où la fierté d’être français viendrait saper l’héritage des ancêtres.

Cette colonialité qui régit l’Éducation Nationale et l’Institution dans sa globalité ne permet pas de restituer l’être réunionnais dans son intégrité  psychique et spirituelle car elle le coupe de son ancestralité.

La réparation consiste à faire le recensement des traumatismes hérités de ces terreurs inscrits au plus profond du psyché et qui bloquent l’individu dans son émancipation.

La réparation, c’est faire le procès de l’esclavage et de la colonisation et de son corollaire la société de plantation pour poser les bases d’une société non raciale capable de se réinventer et de mettre en œuvre toutes ces ressources multiples dont elle est l’héritière.

Cette reconnaissance de l’esclavage comme le plus grand crime contre l’humanité appelle donc à une refondation totale de la société de la plantation pour une société moderne qui se construit sur l’héritage de ses ascendants avec les outils de l’avenir.

La souveraineté alimentaire, le développement de l’artisanat, la transformation industrielle des produits de la terre, la restructuration foncière  et la répartition des terres agricoles au profit de ceux qui la cultivent et qui nourrissent la population.

Tout ce chantier de la reconstruction passe par une refondation de la stratégie politique, tournée vers le développement locale et endogène, capable d ‘établir une réelle rupture avec les directives du passé colonial en érigeant sa propre gouvernance.

Reconnaître l’esclavage des africains que nous sommes comme le plus grande crime contre l’humanité, c’est sortir enfin les cahiers de l’esclavage et de la colonisation et ouvrir le chapitre de l’histoire et de la souveraineté réunionnaise.

 Ghislaine Mithra Bessière

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A propos de l'auteur

Léa Morineau

Journaliste, étudiante à l'ILOI en alternance chez Parallèle Sud. Cocktail de douceur angevine et d'intensité réunionnaise, Léa Morineau a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour l'éducation aux médias et à l'information, elle s'est rapidement prise au jeu du journalisme. A travers ses articles, elle souhaite apporter le regard de sa génération et défendre un journalisme qui rayonne au-delà des apparences.

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