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L’extrême droite est partie jouer à cache-cache

ÉDITO

Il a reconnu sa déception… et même admis son impréparation sur le plateau de Réunion La Première dimanche soir lors de la soirée électorale des élections municipales 2026. Jean-Jacques Morel, le délégué départemental du Rassemblement national à La Réunion, a vu, sans surprise, les énormes scores de l’extrême droite au 2ᵉ tour des élections législatives de juillet 2024 faire pschitt. Disparue la peste brune

Dans les communes où le parti de Le Pen et Bardella a investi des candidats, c’est la débandade : 6 % à Saint-Paul, 6 % à Saint-Benoît, 6 % à Saint-Denis, 7 % à Petite-Ile. Et même 2 % à Saint-Pierre où Jonathan Rivière, investi pour les législatives, ne l’a pas été pour les municipales… 

Le RN avait réussi à qualifier tous ses candidats pour le 2ᵉ tour des législatives. L’un d’entre eux, Joseph Rivière, a même été élu sur la 3ᵉ circonscription (Le Tampon / La Rivière Saint-Louis / L’Entre-Deux). Ce 15 mars 2026, il ne reste plus rien de cette vague de 2024. A part à la Plaine-des-Palmistes, où le village a réélu Johnny Payet, son maire ouvertement RN, avec 59 % des voix.

La plaine haute perchée, coincée entre les remparts des Pitons des Neiges et de la Fournaise, demeure la seule implantation locale de la pensée lepéniste. Johnny Payet avait d’ailleurs remisé sa carte RN dans sa poche le temps de la campagne municipale, signe que ce n’est pas son seul atout et qu’il doit compter aussi sur sa popularité personnelle.

L’électorat « fâché-facho » dispersé façon puzzle

La bonne nouvelle de ce 1ᵉʳ tour de scrutin est qu’il confirme que les scores du RN aux présidentielles (60 %) et aux législatives (entre 33 % et 52 %) relèvent plus d’un vote de « fâchés » que d’un vote de « fachos ». Ce n’est pas qu’un jeu de mots pour se déresponsabiliser face à la montée mondiale des idéologies d’extrême droite.

La preuve en est au Port où seuls deux candidats de gauche se présentaient : Olivier Hoarau, ancien militant communiste largement élu avec 80 % des voix face à Jean-Yves Langenier, candidat du Parti communiste réunionnais (PCR). Les électeurs de Marine Le Pen de 2022 (60 %) et ceux de Christelle Bègue de 2024 (30 %) ont donc reporté, en partie, leurs voix sur des candidats bien éloignés des idées fascistes.

Les idées du RN infusent, certes, mais le parti de Marine Le Pen n’a pour l’heure trouvé aucun représentant réunionnais crédible auprès de son propre électorat. Et il est impossible de mesurer l’efficacité électorale des dogmes brutaux, fachos et démagogiques du tout sécuritaire, de la fermeture des frontières et de la stigmatisation des gens différents. Ce n’est d’ailleurs pas à leur aune que se joue le scrutin municipal, davantage porté sur les questions du pouvoir d’achat, des équipements communaux et de la personnalité des candidats.

Vigilance

Une étude d’opinions, du genre de celles que livre Sagis à La Réunion, permettrait peut-être d’esquisser des tendances. Savoir qui de Patrice Selly (réélu maire de Saint-Benoît avec 65 %), de Gaëlle Lebon (ex-zemourienne et seule candidate de droite à avoir dépassé les 10 % à Saint-Denis), de Laurent Virapoullé (soutenu par le RN fort de ses 22 % à Saint-André) récupère le plus de voix des « fachés-fachos »… 

Les antifascistes ne peuvent pas se réjouir béatement de la dérouillée infligée aux candidats locaux du RN. Le ver du fascisme n’a pas été extrait du corps électoral en une élection municipale. Il peut réapparaître à la faveur d’un délire dissolvant d’un président de la République apprenti-sorcier comme l’a été Emmanuel Macron en 2024 ou à la faveur de l’endoctrinement de grande ampleur auquel se livrent les médias Bolloré.

Même si elle s’honore parfois comme un symbole de résistance ou de résilience, La Réunion n’est pas capable de barrer la route à une folie française. Depuis 80 ans, elle est un département comme un autre. C’est Paris qui décide… 

Paris décide

Quand François Mitterrand a été élu président le 10 mai 1981, le corps électoral réunionnais était majoritairement giscardien, conservateur, néocolonialiste à la sauce Debré. Mais le changement mitterrandien avait alors été total pour La Réunion, qui a pu bénéficier de davantage de décentralisation, de reconnaissance culturelle, et de réduction de son « apartheid » social.

Quand un président d’extrême droite accédera au pouvoir à Paris, le changement sera tout aussi radical ici qu’à 10 000 kilomètres. Peu importeront les couleurs politiques de nos maires et mairesses élus en 2026.

Fâchés ou pas, les Réunionnais subiront les politiques fascistes qui suivront : interdiction du voile dans l’espace public, expulsion des écoles des enfants sans papiers, racisme décomplexé, fin de l’apprentissage des langues régionales, etc. Et il y aura ici des décideurs locaux, masqués ou pas, qui en tireront les bénéfices. 

L’extrême droite n’a pas disparu, elle se cache.

Franck Cellier

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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