L’intelligence artificielle fascine autant qu’elle inquiète. Présentée comme une révolution capable de transformer radicalement le journalisme, elle suscite des discours alarmistes ou enthousiastes. Pour Bernard Idelson, sociologue des médias à l’Université de La Réunion, le véritable bouleversement n’est pas tant technique que symbolique. Derrière l’IA, ce sont surtout nos imaginaires et nos récits collectifs qui s’emballent.
Depuis l’irruption de ChatGPT dans l’espace public, l’intelligence artificielle semble omniprésente. Pourtant, pour Bernard Idelson, cette impression de nouveauté est trompeuse. « L’IA n’arrive pas d’un coup en 2022 avec ChatGPT. On l’utilise depuis des années sans la nommer : correcteurs orthographiques, assistants vocaux, moteurs de recommandation… », rappelle-t-il. Ce qui change aujourd’hui, selon lui, ce sont surtout les discours produits autour de ces outils.
Le sociologue observe une répétition historique : à chaque innovation technologique majeure correspondent des récits prophétiques, souvent excessifs. « On a connu exactement les mêmes discours avec la radio, la télévision, Internet et même l'invention de l'imprimerie. À chaque fois, on annonce une révolution totale, voire une catastrophe imminente. Mais les pratiques, elles, évoluent beaucoup plus lentement. » Pour appuyer son propos, il cite le petit manuel Man Computer Symbiosis de J.C.R Licklider, inventeur du réseau ARPANET, qui prophétisait une future symbiose entre l'humain et le numérique sans pour autant que cette promesse ne se soit réalisée plus de 60 ans après sa publication.


