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Mathilde Turpin, une bénédictine qui présentera ses travaux de recherches sur la batarsité à la prestigieuse université de Yales

À seulement 18 ans, Mathilde Turpin s’envolera le 17 février pour l’Université de Yale afin de présenter ses recherches « Mwin nasyon bann fran batar » sur l’identité réunionnaise et la “batarsité” à travers l’œuvre de Danyel Waro. Originaire de Sainte-Anne à Saint-Benoît et ancienne élève du collège Alexandre Monnet, elle poursuit aujourd’hui ses études supérieures en Corée du Sud, en Bachelor d’études internationales.

Comment est née l’idée de recherche sur l’identité réunionnaise et la “batarsité” qui sera présentée à la Yale Undergraduate Research Conference ?

À la base, c’était un peu au hasard. Lors d’un cours que j’ai à l’université de Yonsei, une professeure nous a demandé d’expliquer d’où on venait, quelle était notre culture. J’ai parlé de La Réunion et je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de culture propre sur l’île, mais que c’était un mélange de plein d’endroits. Dans un autre cours, on nous a ensuite demandé de travailler sur un texte ou un article de presse. Moi, j’ai demandé à travailler sur une chanson de Danyel Waro. Avec une professeure, on a trouvé que c’était un sujet intéressant, donc c’est devenu mon sujet de recherche.

Pourquoi avoir choisi de travailler à travers l’œuvre de Danyèl Waro ?

L’idée m’est venue un peu naturellement, parce que je cherchais des sources qui pouvaient expliquer ce que je voulais développer sur la “batarsité” et sur le métissage à La Réunion. Sur le moment, je n’ai pas vraiment pensé à autre chose qui soit aussi authentique et représentatif de cette culture-là. Je me suis quand même principalement basée sur cette chanson. Après, pour tout ce qui est plus statistique ou historique, je me suis appuyée sur beaucoup d’autres sources aussi. Je suis aussi allée voir des travaux qui se sont eux-mêmes basés sur cette chanson pour construire leur réflexion.

Qu’as-tu ressenti en apprenant ta sélection pour la Yale Undergraduate Research Conference ?

Quand j’ai appris que j’étais sélectionnée pour présenter mes recherches à Yale, ça m’a d’abord surprise, parce que je ne m’attendais pas vraiment à ce qu’ils me retiennent sur ce projet-là. C’est un endroit où il y a énormément de gens qui postulent, donc je ne pensais pas qu’ils allaient y prêter attention. J’étais vraiment surprise, mais très contente de pouvoir aller porter ce projet là-bas. Je ne pense pas que ça m’ouvre directement une porte précise, mais en tout cas, ça va me permettre de faire des connexions et d’interagir avec des gens d’un peu partout qui pourront contribuer à mon parcours et à d’autres projets également.

Mathilde Turpin à Séoul, Corée du Sud

Remporter deux concours nationaux Archimède aussi jeune après avoir intégré le collège Alexandre Monnet de Saint-Benoît à 10 ans, qu’est-ce que cela t’a apporté ?

Le concours Archimède, je l’ai fait chaque année au collège. En sixième, c’était un peu pour le fun de le faire, sur un coup de tête, car tous les sixièmes à ce moment-là y ont participé. C’était inattendu de gagner. Je pense que ça m’a surtout permis de me dire que ce n’est pas parce qu’on vient de La Réunion, de Saint-Benoît notamment qui n’est pas une ville réputée, qu’on n’a pas quelque chose à dire ou qu’on ne peut pas réussir.

Y a-t-il un professeur, une rencontre ou une matière qui a particulièrement marqué ta trajectoire ?

Une matière, oui : l’histoire. Pas forcément seulement l’histoire de La Réunion, mais l’histoire en général. C’est quelque chose que j’ai toujours aimé. Il y a aussi eu beaucoup de professeurs qui m’ont influencée de différentes manières depuis petite, qui ont réussi à faire vivre leur sujet, leur matière, de manière à ce qu’on s’y intéresse. Je pense aussi à cette professeure plus récemment à Séoul qui m’a encouragée à commencer ces recherches-là que je vais bientôt présenter à Yale. Je n’aurais pas eu l’idée de le faire sans elle.

Pourquoi avoir choisi la Corée du Sud pour tes études supérieures ?

Aujourd’hui, j’étudie à l’université Yonsei à Séoul, en troisième année de bachelor, et il me reste encore trois semestres. J’ai été prise ici quand j’avais 15-16 ans. Il n’y avait pas beaucoup d’écoles qui proposaient un diplôme d’études internationales.

À la base, je cherchais un pays qui soit pratique d’un point de vue législatif pour quelqu’un qui soit mineur. Ici, c’est aussi très sécurisé et assez pratique pour se déplacer. C’était aussi pour découvrir une autre culture, une autre langue et un nouvel environnement, ou même interagir avec des gens qui viennent vraiment de partout. Je trouve qu’on peut faire des parallèles historiques entre la Corée et La Réunion, et ça m’intéressait. Les cours sont en anglais. Mon coréen n’est pas encore proche de celui d’un natif, mais je travaille toujours dessus. Pour la suite, j’aimerais faire un master de recherche en relations internationales. J’aimerais orienter mon projet de recherche sur les positions historiques et stratégiques des Mascareignes dans les relations internationales. Si je le fais, ce n’est pas seulement pour moi, mais aussi parce qu’à La Réunion, on n’apprend pas beaucoup sur notre histoire, notre culture, etc. Je ne sais pas encore comment ni par quel moyen, mais le but serait aussi de diffuser et de faire profiter cette recherche au plus grand nombre.

Que dirais-tu à un jeune de Saint-Anne ou de Saint-Benoît qui pourrait se dire qu’il vient d’un petit caillou dans l’océan ?

Spécifiquement pour les gens de Saint-Benoît et de Saint-Anne, on peut se dire que c’est le trou perdu de La Réunion. J’ai des camarades autour de moi qui se disent : « Je viens de Saint-Benoît, donc c’est mort. » Ce n’est pas une fatalité, il faut l’utiliser comme un avantage. Ça va peut-être être plus difficile, mais si on veut quelque chose, il ne faut pas lâcher et essayer de se donner une chance de le faire.

Entretien réalisé par Etienne Satre

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A propos de l'auteur

Etienne Satre

Journaliste, Etienne Satre a rejoint l'équipe en janvier 2024 en tant qu'apprenti journaliste. Il étudie à l'Institut de l'image de l'océan indien (Iloi) basé au Port.

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