Entrée du FRAC Réunion. © Olivier Ceccaldi

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Poésie et politique s’entremêlent au Frac pour une toute nouvelle exposition

Le 10 avril prochain, la Maison du FRAC (Fonds régional d’art contemporain) accueillera le vernissage de sa toute nouvelle exposition nommée « Poésie Politique ». Le travail de huit artistes sur des thématiques politiques ancrées à La Réunion et dans l’Océan Indien sera exposé.

Thierry Fontaine, Brandon Gercara, Firoz Ghanty, Laura Henno, Lubaina Himid, Gabrielle Manglou, Myriam Mihindou et Wilhiam Zitte. Voici les noms des huit artistes qui seront exposés au Frac à partir du 8 avril jusqu’au 14 août prochain. Aborder des thématiques politiques par le prisme artistique, voici l’essence même de l’exposition. « Le mot politique peut être entendu de mille manières, mais au sens de qu’est-ce qui rassemble les communautés humaines, comment on fait pour vivre ensemble ? » précise Jean-Christophe Royoux, pour qui l’exposition sera aussi sa première en tant que directeur du FRAC. « Ça correspond à deux mois et demi de travail je dirais ».

Le nom de l’exposition « Poésie politique » a été inspiré de l’artiste réunionnaise Gabrielle Manglou. Le directeur du FRAC explique qu’à l’occasion du prix Nouveau Regard 2025 des Archives of Women Artists (AWARE), l’article prononce ces mots qui serviront de propos liminaires à l’exposition : « En fait, je fais de la poésie politique, autrement dit transformer les actes de violence, les assignations, les contraintes en espace de transmission ».

Série VRAI ou FAUX de Gabrielle Manglou, exposition Poésie Politique, 8 avril 2026 au FRAC
Série VRAI ou FAUX de Gabrielle Manglou, exposition Poésie Politique, 8 avril 2026 au FRAC

8 langages plastiques pour aborder les « affects politiques »

Dans les cinq pièces du rez-de-chaussée de la maison du FRAC, les visiteurs seront amenés à admirer les œuvres ayant pris pour objet l’affirmation de l’identité africaine des populations insulaires, l’hommage aux premiers esclaves déportés dans les îles de plantation ou dans les cours européennes, les assignations, les contraintes et la mémoire indélébile des traumatismes enfouis, la question des formes de réparation des effets du colonialisme, la tragédie de la migration clandestine vécue à Mayotte, les discours emblématiques du féminisme décolonial contemporain, etc.

L’exposition s’ancre dans un contexte artistique décrit par le directeur du FRAC : « À La Réunion et plus largement dans les îles de l’ouest de l’océan Indien, l’un des traits éminemment politiques repérables dans le travail des artistes depuis une trentaine d’années se lit dans le fait de faire remonter à la lumière la part intrinsèquement africaine des populations insulaires. »

Dernière ligne droite avant le vernissage

En ce mercredi 8 avril, il reste deux jours aux équipes du Frac pour fignoler les petits détails et surtout restaurer les dernières œuvres qui ne sont pas encore parfaitement présentables. C’est le cas d’une des peintures au pochoir du triptyque de Wilhiam Zitte, prêtée pour l’exposition par l’association Tet’Kaf. Une restauratrice, Néréa Curutchet, s’attelle au tableau. Il lui faudra remplacer l’ossature et restaurer les contours de la toile, abîmés.

Restauration de l’oeuvre de Wilhiam ZITTE par Néréa Curutchet

Cette pièce est une pièce majeure dans la carrière de Wilhiam Zitte, car elle représente un tournant : « C’est le passage d’une représentation de la figure singulière avec des portraits d’hommes noirs, et notamment des figures réunionnaises d’ex-esclaves et d’engagés à un “ lexique cryptographique ”. C’est comme une sorte de partition de danse, ce tableau. Il est très important », explique M. Royoux avec fierté.

Jean-Christophe Royoux devant l’oeuvre de Wilhiam Zitte,

Du son et de l’image

Le chemin de l’exposition mène les visiteurs dans des expériences audiovisuelles et sonores. Un film documentaire réalisé par Laura Henno met la lumière sur l’apprentissage de la conduite en mer d’un enfant passeur de douze ans, au large d’Anjouan, dans l’archipel des Comores. Le message est clair, il ne faut pas détourner le regard sur la tragédie vécue chaque année par des centaines de migrants confrontés au franchissement des frontières de l’espace Schengen pour arriver à Mayotte.

Film de Laura Heno, exposition Poésie Politique, FRAC, 8 avril 2026

D’autres artistes tels que la peintre anglaise d’origine tanzanienne Lubaina Himid seront à découvrir. Dans une pièce dédiée à son œuvre, on pourra entendre la lecture des noms de cent esclaves africains, ainsi que leurs métiers. Une œuvre dénommée « Naming the money », datant de 2004, la partie sonore de cette œuvre est pour la première fois montrée au FRAC. Enfin, dans le même registre images et son, c’est la performance filmée de Brandon Gercara, intitulée « Lip sync de la pensée », qui pourra être visionnée. Sur l’écran, les visiteurs pourront observer l’imitation de trois discours emblématiques du féminisme décolonial contemporain, dont l’un de Françoise Vergès.

Des œuvres passées remises dans la lumière du présent

Des archives et documents liés au projet 1000 Rondin/Totem pu Lamemwar datant de 1998 seront aussi présentés au cœur de « Poésie politique ». Ces archives nous plongent en 1998, alors que le gouvernement mauricien célèbre les 400 ans de l’arrivée des Hollandais à Maurice, Firoz Ghanty propose aux villageois de Vieux-Grand-Port où ont vécu les premiers colons, de subvertir la commémoration prévue par les gouvernements mauriciens et hollandais en organisant une fête populaire en hommage aux premiers esclaves qui ont débarqué sur l’île avec eux. L’exposition consiste alors en des dizaines de rondins calcinés plantés dans la mer. Danyèl Waro y participe alors à l’époque. Dix-sept ans après, le lien entre le musicien et l’exposition du Frac se renouvelle à cette occasion, explique le directeur du Frac.

Dans la même décennie, en 1990, 2000, les Sculptures de Chair réalisées par l’artiste franco-gabonaise Miryam Mihindou voient le jour. « Elle parle de psychanalyse visuelle. Cette manière de torturer la main est une façon d’incarner le drame, le traumatisme et en même temps de l’éjecter. » La série de photos vient là aussi aborder les mémoires d’un corps politique au destin communautaire, comme écrit noir sur blanc dans le livret.

Série Sculptures de Chair par Myriam Mihindou, FRAC, 8 avril 2026
Série Sculptures de Chair par Myriam Mihindou, FRAC, 8 avril 2026

Les cinq impressions retouchées de Gabrielle Manglou proposeront une revisite des archives des mémoires de l’Océan Indien. « Quand j’ai vu pour la première fois ces images, quand je les ai tenues matériellement entre les mains, elles m’ont vraiment subjuguée, touchée, traversée, questionnée », confie-t-elle dans les entretiens restitués dans le livret qui accompagnera l’exposition.

Enfin, la série Collection que Thierry Fontaine réalise entre 2017 et 2018 photographie des objets africains retrouvés par centaines dans les musées d’art et d’ethnographie d’Occident.

Archives de Firoz Ghanty, exposition Poésie politique, FRAC, 8 avril 2026
La série Collection de Thierry Fontaine, Exposition Poésie politique, FRAC, 8 avril 2026

Parmi les huit œuvres, quatre appartiennent déjà à la collection du Frac. Vendredi 10 avril prochain, les portes de l’établissement s’ouvriront au public. L’occasion de découvrir jusqu’au 14 août ces artistes venus de divers horizons exprimer des messages politiques et engagés, sous forme de poésie.

Sarah Cortier

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A propos de l'auteur

Sarah Cortier

Journaliste issue d’une formation de sciences politiques appliquées à la transition écologique, Sarah est persuadée que le journalisme est un moyen de créer de nouveaux récits. Elle a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour participer à ce travail journalistique engagé et porter de nouveaux regards sur le monde.

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