Livre Paul Vergès un héritage politique riche et complexe

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Pourquoi il fallait éditer un livre sur la vie de Paul Vergès

ÉDITO

Le Parti communiste réunionnais et les éditions associatives Uragan viennent de publier un livre retraçant la vie de Paul Vergès à partir d’une série d’articles de Franck Cellier. Pascale David et Ary Yée Chong Tchi Kan du comité central les ont annotés et augmentés. Cette rencontre des points de vue journalistiques et politiques ouvre des débats passionnants.

Je ne peux que manquer d’objectivité à propos du lancement de l’édition par le Parti communiste réunionnais de l’ouvrage présentant la vie de Paul Vergès le jour du 101ème anniversaire de sa naissance. Et pour cause, ce livre, publié par les éditions associatives Uragan, reproduit mes articles retraçant le parcours du défunt leader du PCR. Ils avaient été publiés une première fois le lendemain du décès de Paul Vergès dans Le Quotidien de La Réunion.

Présentation du livre sur Paul Vergès par Franck Cellier, Yannick Aquiliméba, Ary Yée Chong Tchi Kan, Elie Hoarau et Pascale David.

Faute d’archivage numérique, ces articles étaient devenus introuvables. À l’occasion du centenaire de la naissance de Paul Vergès, Parallèle Sud a décidé de les republier l’an dernier, pour les rendre à nouveau accessibles en ligne. Lors de la présentation des premiers livres sortis des presses jeudi 5 mars devant un parterre de fidèles militant.e.s, j’ai exprimé l’émotion que suscite cette initiative d’Ary Yée Chong Tchi Kan. Tout comme l’an dernier, lorsqu’il m’avait soumis le projet, je n’avais pas hésité une seconde à autoriser le PCR à les publier.

Je lui avais juste dit que je n’étais pas sûr que mes textes soient conformes à la ligne du parti. J’étais même convaincu du contraire, surtout à propos de la dernière période (1988-2016) que j’avais couverte en tant que journaliste local exerçant un certain sens critique à l’encontre de ce que je décris comme « les maux de la fin ». Il était entendu que rien ne serait retranché mais que mes relecteurs et correcteurs, Ary Yée Chong Tchi Kan et Pascale David pouvaient bien sûr l’annoter et l’augmenter.

Recruté par Laurent Vergès en juillet 1988

Il me semble primordial que ce livre existe parce que, en tant qu’intervenant d’éducation aux médias et à l’information, je ne cesse d’être choqué par la méconnaissance de cette histoire réunionnaise. Les noms de Paul Vergès ou de Michel Debré sont inconnus en dehors d’un cercle d’initiés. Et j’ai beau travailler pour un média « pure player », je reconnais que l’objet « papier » apporte un confort de lecture inégalable. 

J’ai pris du plaisir à le feuilleter et à découvrir à quel point « ça se lit facilement » — c’est ce que prétendent tous les rédacteurs qui ont tendance, comme moi, à aligner de la copie — même s’il faudrait quand même faire quelque chose pour la photo de couverture (c’est un autre débat1).

Livre Paul Vergès un héritage politique riche et complexe
Présentation du livre sur Paul Vergès le 5 mars 2026 par Yannick Aquiliméba, Ary Yée Chong Tchi Kan, Elie Hoarau et Pascale David. © Franck Cellier

Mais j’ai surtout été touché par les fameuses annotations et augmentations d’Ary et de Pascale. Touché dans mes souvenirs de jeune journaliste fraîchement diplômé débarquant dans les locaux modestes de Témoignages, rue Monthyon à Saint-Denis en juillet 1988.

Parce que voilà, je n’aurais sans doute jamais mis les pieds à La Réunion sans Paul Vergès, et surtout son fils Laurent, alors jeune député, venu recruter des journalistes à la sortie des écoles de l’hexagone pour faire de Témoignages le premier quotidien de France entièrement publié avec l’assistance d’ordinateur (PAO). Laurent Vergès, que je n’aurai croisé que quelques mois puisqu’il est mort le 12 octobre 1988, voulait ouvrir la ligne éditoriale de l’organe du parti pour conquérir de nouveaux lecteurs. Sa « perte immense », pour reprendre le titre annonçant sa disparition, a brisé cet élan. Et c’est au Quotidien que j’ai poursuivi mon chemin de journaliste pendant 31 ans avant de rejoindre l’aventure de Parallèle Sud.

Mon école de La Réunion dans les coulisses du PCR

Je ne renie rien de mes 16 mois passés dans le journal communiste. J’y ai appris l’apartheid social réunionnais. Jeune zorey j’ai écrit en  » kwz  » « donn Kreol travay »… (ça peut faire sourire). J’y ai observé, j’y ai sans doute développé un certain esprit critique quant aux certitudes militantes. J’y ai aussi décelé les nuances qui départagent l’idéal, de l’idéologie, de la ligne, de la stratégie, de l’arrangement, etc. J’y ai vécu la chute du mur de Berlin, les luttes contre les inégalités sociales, les accords des communistes avec une partie de la droite pour construire une majorité au conseil général de l’époque, les manœuvres électorales aux élections municipales de 1989.

Bref ce fut mon école réunionnaise. Et tous ces apprentissages dans les coulisses du PCR me reviennent en tête en découvrant l’exercice qui a produit ce livre annoté et augmenté avec ce titre choisi par le comité central du PCR : « Paul Vergès, un héritage politique riche et complexe ». Les notes de Pascale David et Ary Yée Chong Tchi Kan pourront ouvrir, chacune, des débats « complexes » et passionnants qui éclaireront la « richesse » de cette aventure réunionnaise dont Paul Vergès a tenu le premier rôle.

J’ai été étonné aussi par l’enthousiasme des militants présents dans la salle du Colibri, à Saint-Pierre, qui ont tous sorti 15 euros de leur porte-monnaie pour en acheter un exemplaire jusqu’à épuisement du stock. Signe qu’il y a une demande pour que l’histoire réunionnaise contemporaine soit écrite et partagée… En souhaitant à tous « bonne lecture », je me demandais ce que ce jeune homme de 17 ans qui, en 1942, avait quitté son île sur un bateau pour aller combattre le fascisme international, pourrait bien faire aujourd’hui face à la résurgence des idées d’extrêmes droites…

Franck Cellier 

  1. La photo de couverture ! Il est assez difficile de trouver des photos de Paul Vergès. Notamment, j’ai perdu toutes les miennes. Et je n’avais eu que peu de retours lorsque j’en cherchais. Heureusement d’ailleurs que le site de Nathalie Legros, 7 Lam Lamèr, en a collecté pas mal. Aussi la photo de couverture du bouquin est… bizarre. Ary Yée Chong Tchi Kan a avoué aux camarades présents, qui trouvaient que « ce n’était pas très ressemblant », que l’intelligence artificielle était passée par là. Yannick Aquiliméba, le responsable d’Uragan a promis que c’était encore modifiable pour les exemplaires à venir.  ↩︎
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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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