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Rencontre avec Zébulo Éditions : l’Enfant, l’Arbre et les Vilaines choses

Parallèle Sud est allé à la rencontre de Joëlle Écormier, Maiwenn Vuittenez et Bruno Gaba à la librairie Zou! Boutik à lire, nichée au cœur du célèbre village artisanal de l’Éperon, à Saint-Gilles-les-Hauts. Cette rencontre fut l’occasion de revenir sur la parution de L’Enfant, l’Arbre et les Vilaines choses, le dernier ouvrage de Joëlle Écormier, illustré par Maïwenn Vuittenez et édité par Zébulo Éditions. Un livre qui aborde la question des violences intrafamiliales avec pudeur, en privilégiant la poésie et la force évocatrice d’illustrations à l’encre, au sein d’un univers fabuleux, profondément ancré à La Réunion.

L’Enfant, l’arbre et les vilaines choses est la réécriture d’un premier roman jeunesse paru en 2000 sous le titre Le Grand Tamarinier. Pour Joëlle Écormier, ce nouveau texte marque une boucle d’écriture de vingt-cinq ans : un même récit, transformé et enrichi par l’expérience, désormais pensé pour s’adresser de manière plus universelle. Très incarné à l’origine, le texte a été volontairement dépersonnalisé afin de favoriser l’identification du plus grand nombre, en s’éloignant du témoignage direct pour permettre au lecteur de s’y projeter. Ce long cheminement vers la forme définitive du projet, l’auteure le résume simplement : « Il fallait la bonne équipe », et bien sûr le bon moment, pour aborder avec le plus grand respect un sujet d’une extrême sensibilité. 

Une œuvre humaine mêlant texte, illustration et musique#

Ce livre se distingue par sa forme plurimédia. Il mêle textes et illustrations à une création sonore de 55 minutes, contée par Joëlle Ecormier, enrichie de voix additionnelles et de sept chansons originales. Les textes musicaux, écrits par Joëlle Ecormier, ont été composés par Dominique Carrère, puis arrangés et enregistrés par Bruno Gaba, donnant naissance à une œuvre qui dépasse le simple cadre du livre pour offrir une véritable expérience immersive et sensorielle.

Portées par la voix de la jeune chanteuse réunionnaise Mona, les chansons ne cherchent pas à embellir le propos. Elles l’accompagnent avec pudeur, le rendent parfois plus supportable, ouvrant des espaces de respiration face à des mots qui peuvent se révéler durs. 

Maïwenn Vuittenez évoque un travail centré sur la fragilité, la transparence et tout ce qui ne se perçoit pas au premier regard. Elle précise : « Les illustrations font une place plus importante au noir que dans mes œuvres précédentes », une réponse qui rentre en résonance directement avec la thématique du livre. Le contraste, la matière de l’encre et la spontanéité du geste permettent de faire affleurer ce qui demeure enfoui : la peur, la douleur, mais aussi la délicatesse.

Le projet se distingue par une dimension profondément collective. Auteure, illustratrice, musiciens, chanteuse et éditeur ont tous investi une part d’eux même dans cette création.

Illustrations à l’encre de Maïwenn Vuittenez

Rêve et symboles face à la violence transmise#

Le livre s’enracine dans une réalité profondément ancrée : la violence intrafamiliale, la maltraitance infantile et le rôle de l’alcool comme facteur majeur de violence. Le récit ne cherche pas à désigner un coupable unique. 

Pour l’auteure, la violence y apparaît comme un système, souvent transmis, rarement nommé. Face à l’indicible, le livre fait le choix de la fiction et du rêve. L’arbre, la forêt, la quête de trésor et les figures non humaines ouvrent un espace symbolique dans lequel l’enfant peut survivre psychiquement.

Joëlle Ecormier, Maiwenn Vuittenez et Bruno Gaba à la librairie Zou! Boutik à lire

Le récit s’inscrit également dans l’histoire de La Réunion, à travers les figures des pirates, des trésors enfouis et des esclaves sacrifiés pour les protéger. Ces références renvoient à une violence historique et collective, inscrite dans les corps et les lignées.

Le trésor devient alors symbole : celui du cœur, de la liberté et de la réparation. L’enfant du récit libère non seulement sa propre douleur, mais aussi celle de figures anciennes, comme s’il venait délier quelque chose au sein de la généalogie. 

À la croisée de l’intime et du collectif, L’Enfant, l’Arbre et les Vilaines choses propose une autre manière de dire la violence, sans la frontalité du témoignage, mais sans jamais l’éluder. 

Pour aller plus loin, le projet s’inscrit dans une démarche éducative, à travers la création d’un dossier pédagogique gratuit, un travail rondement mené auprès des enseignants. Toutes informations supplémentaires sur le sujet sont à retrouver sur le site internet de Zébulo Éditions.

Victor Maillot

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A propos de l'auteur

Victor Maillot

Titulaire d'une licence de biologie à l'université de la Réunion et d'un master en médiation et communication des sciences et des techniques ; Victor rejoint Parallèle Sud en tant que volontaire du service civique pour des missions d'éducation aux médias et à l'information et de journalisme.

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