Une entreprise réunionnaise vient de développer une IA à destination des entreprises et potentiellement pour les collectivités territoriales et le grand public.
Une intélijans artifisyèl kréol et lokal ? C’est le pari lancé en juin 2025 par l’entreprise réunionnaise Maides One, spécialisée dans les logiciels et l’intelligence artificielle.
Le concept est simple : développer une IA peï, en s’affranchissant de la suprématie des IA produites et hébergées aux États-Unis, en Chine ou ailleurs qu’en France. Jean-Baptiste Parizot, directeur général et cofondateur de la société explique : « Historiquement, les associés dont je fais partie viennent de l’assurance, la grande distribution et la vente. Nous accompagnons des grands groupes pour leurs sites Internet, et nous ne nous voyions pas préconiser des solutions qui existaient et qui ne remplissaient pas toutes les conditions de confidentialité et de sécurité. C’est dans ce contexte qu’il y a trois ans, notre passion pour la Tech et le développement de logiciels nous a donné l’idée de mettre le pied dans l’IA et de lancer Ti’Bot. Nous voulions nous saisir de cette technologie, avec nos valeurs et une éthique marquée. »
Concrètement, cet outil peut être utilisé pour lire et synthétiser des documents et des comptes rendus de réunions, rédiger des e-mails, effectuer une recherche et des automatisations, générer du code… la seule limite de l’outil est qu’il ne peut pas pour l’instant générer d’images, les demandes des entreprises accompagnées n’ayant pas justifié de développer cette partie, techniquement possible. Cette IA peut être utilisée seule ou être intégrée à des logiciels internes aux entreprises.
Une IA éthique et économe
La vision éthique de l’entreprise dont le directeur technique, Bruno Maffre, a un Master en environnement se traduit à différents niveaux : l’outil a été conçu pour avoir une consommation en eau et en électricité frugale. En matière de cybersécurité, l’entreprise fait également la promesse de ne pas revendre ni réutiliser les données dans le cadre de l’utilisation de l’IA. Les données sont chiffrées, et personne n’y a accès. Enfin, leur stockage est assuré au sein du centre de données (data center) de l’université de La Réunion, à Sainte-Clothilde, qui est un partenaire. Le directeur général illustre cet engagement par le fait que « le data center qui héberge [son] IA est alimenté par des panneaux solaires et des énergies renouvelables. »
« Nous formons les utilisateurs pour instituer un cercle vertueux, et limiter les usages de l’IA lorsque c’est nécessaire. S’il n’y a pas besoin de l’IA, nous le disons. Notre rôle est aussi de démystifier l’IA, selon les besoins des entreprises. Parfois, un CRM (logiciel de gestion de la relation client, N.D.L.R.) ou une simple requête par un moteur de recherche est plus efficace que l’IA », note Jean-Baptiste Parizot, qui ajoute : « La stratégie se fait en plusieurs temps : sécuriser les données, intégrer l’outil et établir une charte IA sur les usages. »
Côté technique, Ti’Bot s’appuie sur Mistral, l’intelligence artificielle française, selon un modèle en code source libre (open source). « Mistral Small est reconnu pour ses performances énergétique et ne nécessite pas de centrales nucléaires. C’était important dans notre démarche de remettre du sens au quotidien à l’heure où l’IA peut être très énergivore », indique le cofondateur.
Bientôt une IA qui coz kréol
La firme, déjà accompagnée par l’agence gouvernementale France Business, vient d’être labellisée par Nou la fé, rejoignant les six autres entreprises réunionnaises de service sur une cinquantaine de membres que dénombre le label. Ce dernier valorise tout ce qui est produit localement et qui crée de l’emploi à La Réunion. « Si l’intelligence artificielle fonctionne bien, deux apprentis seront pérennisés et trois postes techniques seront créés d’ici deux ans, plus un profil commercial », précise le directeur général.
Cette solution a nécessité près de 50 000 € d’investissement. Pour l’instant, l’activité IA représente 20% des services de Maides One, mais à terme, cela pourrait être beaucoup plus. À ce jour, Ti’Bot compte 180 comptes uniques, avec un abonnement à 14,99 € par mois.
L’autre grand projet, en cours de développement par Maides One, consiste à proposer une IA qui serait en mesure de comprendre, échanger et traduire en créole vers le français. Ce service pourrait dépasser le cadre des entreprises, au profit d’institutions publiques comme la Préfecture, ainsi que des collectivités territoriales, à l’instar de la Région et du Conseil départemental. « À l’horizon 2028, notre IA sera enrichie de données historiques, géographiques et culturelles, pour qu’elle soit en mesure de discuter en créole et en français courant 2029 », conclut Jean-Baptiste Parizot.
Guillaume Bouvy (contribution bénévole)

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