⏱️ Temps de lecture estimé : 6 min(s)

🎧

Un calendrier pour rendre hommage au maronage et à l’anticolonialisme

En janvier dernier, Nasyon Maron a proposé à la vente un calendrier inspiré de l’histoire réunionnaise et des figures du maronage et l’anticolonialisme. Rencontre avec Waasi Nguvu Etouaria, fondateur de Nasyon Maron et à l’origine du projet.

Un calendrier qui met en valeur l’histoire et la culture réunionnaise dans tous ses aspects, vous en avez déjà vu ?

C’est ce que propose le calendrier marque Nasyon Maron porté par Waasi Nguvu Etouaria, Réunionnais installé en France et fier défenseur de l’histoire et de la culture réunionnaise. Réyoné, maron mais pas kréol, terme qu’il exècre : « Je déteste le mot “créole” à cause de son origine et de ce qu’il représente. Pour moi, “culture créole”, “maison créole”, “nourriture créole”, ça ne veut rien dire : ça ne dit pas d’où viennent les choses. »

La Réunion, mais en banlieue parisienne #

Waasi a grandi en France, en banlieue parisienne loin de l’île dont sont originaires ses parents. Pourtant, l’histoire de La Réunion est ancrée en lui. A des milliers de kilomètres de ses terres, l’enfance qu’il a vécu ressemble à celles d’autres Réunionnais. Même s’il a grandi en cité, sa famille avait une kaz en tôle dans laquelle il a vécu des baptêmes, des mariages et même des sèrvis kabaré. « Pendant les sèrvis, on chauffait la peau des djembés et on jouait du maloya autour d’un grand feu avec un kayamb, de l’harmonica etc. C’est comme ça que j’ai grandi avec le parc poules, canard, le pilon… Mon père nous a imprégnés de ce lien culturel, il nous a transmis l’amour du pays et son histoire. » raconte Waasi.

Dans ce calendrier, les saints catholiques qui peuplent les cases du lundi au dimanche sont remplacés par des personnalités réunionnaises telles que Sudel Fuma (historien), Serge Sinamalé (militant) , Françoise Guimbert (chanteuse de maloya), des figures du maronage comme Dimitile, Anchaing ou Héva ou des personnes esclavisées affranchies en 1848. On retrouve sur chaque mois, des mises en lumière d’évènements ou de personnages historiques comme le bagne d’enfants d’Ilet à Guillaume ou le couple de Louise et Juan jugés tous deux pour maronage au 18ème siècle.

Un outil de réapropriation#

Les illustrations mettent elles aussi à l’honneur un pan de l’histoire longtemps tu et raconté par les dominants, pour se la réapproprier et pour la populariser aussi.
D’ailleurs, Waasi, créateur de Nasyon Maron, donne régulièrement des conférences en France sur ces questions : « Les seuls diplômes que j’ai, ce sont mes permis de conduire. Mais je donne des conférences, surtout à Toulouse, sur le maronage et l’esclavage, majoritairement sur La Réunion, parfois sur l’Afrique. On me réinvite souvent parce que je parle de manière accessible. »

Waasi Nguvu Etouaria, fondateur de Nasyon Maron

L’accessibilité, c’est ce qui marque avec ce calendrier. Voir l’histoire du maronage et de la lutte anti-colonialiste ainsi représentée dans un objet du quotidien, ça change quand on sait que pour s’informer sur cette partie de l’histoire il faut souvent faire des recherches internet approfondies ou lire des ouvrages historiques et/ou universitaires.

Même si, aujourd’hui, les langues se délient et on observe de plus en plus de créateurs de contenus sur les réseaux sociaux qui traitent de ces sujets et osent défier l’ordre établi ou pointer du doigt des comportements néocolonialistes, l’histoire du maronage est régulièrement associée au militantisme.

 
Waasi justifie sa démarche par un amour de son peuple et de La Réunion et l’envie de contribuer à la communauté : « Pour moi, que ce soit l’histoire, le maloya, ou la langue : tout ce qui fait l’identité d’un être humain, j’ai l’impression qu’à La Réunion, ça part petit à petit. Il y a un éveil des consciences, c’est vrai, mais malgré tout, je me demande : dans cent ans, qu’est-ce qu’il va rester ? Qu’est-ce que ce sera, “un Réunionnais” ? »

Des illustrations générées par IA#

Mais une fois qu’on regarde le calendrier de plus près, un détail saute aux yeux, les illustrations sont réalisées par l’IA et contrastent avec le sérieux de l’initiative.

 Pourtant, Waasi affirme détester l’IA et a refusé de souscrire à des abonnements.

 « Je ne vous mens pas : ça a été très dur. Pour chaque image, il faut souvent payer. Je n’utilise pas ChatGPT, notamment à cause des conséquences que ça peut avoir à Madagascar, par exemple. J’ai installé Chat GPT sur tous les téléphones de ma famille parce qu’il y a des essais limités. Mais j’ai vraiment soigné les prompts pour avoir un résultat qui me convenait et qui est cohérent avec les descriptions textuelles des personnages. » confie-t-il.

A terme, Nasyon Maron aimerait collaborer avec des graphistes et artistes réunionnais mais cela dépendra des ventes du calendrier qui pour l’instant n’excède pas la trentaine.

Image de la confection du calendrier

Actuellement, le calendrier reste “fait-maison” en famille et à diffusion limitée. « En dehors des illustrations, tous les textes explicatifs ont été écrits par mes soins, corrigés par ma grande sœur et nous avons assemblé les calendriers avec mes enfants avant que je les poste. Je n’ai pas encore créé d’entreprise, c’est un projet maron » explique Waasi.

Nasyon Maron ne compte pas se limiter aux frontières de La Réunion. La marque souhaite s’adresser à la diaspora africaine et aux territoires qui ont vécu l’esclavage et le maronage. « J’ai des t-shirts en préparation pour la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, et pour l’Afrique, avec par exemple la reine Njinga ou Solitude. C’est quelque chose qui me tient à cœur, parce que des marons et résistants, il y en a eu partout dans les sociétés esclavagistes » termine Waasi.

Léa Morineau

114 vues

A propos de l'auteur

Léa Morineau

Journaliste, étudiante à l'ILOI en alternance chez Parallèle Sud. Cocktail de douceur angevine et d'intensité réunionnaise, Léa Morineau a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour l'éducation aux médias et à l'information, elle s'est rapidement prise au jeu du journalisme. A travers ses articles, elle souhaite apporter le regard de sa génération et défendre un journalisme qui rayonne au-delà des apparences.

Ajouter un commentaire

⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.

Articles suggérés

S’abonnerFaire un donNewsletters
Parallèle Sud

GRATUIT
VOIR