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Un ingénieur met en ligne un site gratuit pour aider les étrangers face au nouveau test civique

Depuis le 1er janvier 2026, les étrangers qui demandent un titre de séjour pluriannuel ou une carte de résident doivent suivre une formation civique et réussir une série de questions portant sur la société française. Face aux difficultés d’accessibilité, Hugo Gresse, un ingénieur informaticien a décidé de mettre à leur disposition un site gratuit dédié.

Au début de l’année, George Clooney offrait quelques mots d’un français approximatif lors de la cérémonie des Golden Globes quelques jours seulement aprè avoir obtenu la nationalité française. Une anecdote qui avait fait couler beaucoup d’encre alors que depuis le 1er janvier 2026, en plus de la langue française, les candidats lambdas pour un titre de séjour (carte de séjour pluriannuelle ou carte de résident ) doivent maintenant s’acquitter d’un examen civique. 

Un QCM pour « améliorer l’intégration »

Cette examen qui se présente sous la forme d’un QCM de quarante questions est présenté sur le site du ministère de l’intérieur comme « une formation qui vise à la fois à faciliter l’appropriation des principes et valeurs de la République et la connaissance de la société française. » En effet, les questions explorent cinq thématiques (principes et valeurs de la République, le système institutionnel, les droits fondamentaux, l’Histoire/géographie/culture et la société française). 

Cette nouveauté avait été votée en janvier 2024 dans le cadre de la nouvelle loi immigration qui s’intitulait « pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration » et qui avait globalement renforcé les exigences en matière de maîtrise de la langue française et de connaissances de la société française. Cette loi avait notamment été très controversée avec de nombreuses mesures censurées par le Conseil constitutionnel comme l’instauration de quotas migratoires, le durcissement du regroupement familial ou encore le durcissement des conditions d’accès à la nationalité française des jeunes nés en France de parents étrangers. 

Pour de nombreux observateurs, l’examen civique au delà d’une meilleure intégration vise également à rendre plus compliqué l’accès à une régularisation pour les personnes étrangères avec un niveau de question de connaissance parfois difficile même pour les Français eux-même. Par exemple, qui se souvient de ses cours d’Histoire et de la dynastie des Capétiens ? On peut également se demander si connaître Édith Piaf, Camus ou Joséphine Baker est nécessaire pour vivre en société. 

L’apprentissage face à la barrière numérique

Mais la première difficulté d’un tel examen n’est pas forcément dans le contenu mais dans l’accès à celui-ci. C’est en tout cas ce qui frappe Hugo Gresse, ingénieur informaticien de formation lorsqu’il rentre chez lui un week-end pour voir ses parents. Sa mère, qui vient en aide aux personnes exilées près d’Avignon lui explique les difficultés rencontrées pour informer sur la formation civique. 

Très vite, il se rend compte que le site du ministère de l’Intérieur est peu lisible et qu’il n’existe qu’un seul site, letestcivique.fr, qui permette de s’entraîner et seule 40 questions sont en accès gratuit. Pour accéder à l’ensemble , il existe trois formules allant de 15 à 33 euros et donnant un accès de un à six mois. Il décide alors de créer son propre site l’espace d’un week-end. 

Hugo Gresse

Une solution gratuite et accessible pour tous

Face à ce constat, il décide d’agir. En un week-end seulement, il met en ligne un site alternatif qui reprend les contenus publics du ministère de l’Intérieur mais dans un format plus accessible. « Techniquement, ça ne prend pas longtemps. J’ai fait ça samedi et dimanche, ça m’a pris environ quinze heures », raconte-t-il. « Le but était de mettre quelque chose de gratuit à disposition des personnes qui vont demander un titre de séjour. »

Concrètement, son site propose des pages simplifiées ainsi que plusieurs quiz permettant de s’entraîner. Les questions sont générées automatiquement à partir des contenus officiels grâce à l’intelligence artificielle. « Ce n’est pas moi qui ai écrit les questions : elles sont générées à partir du contenu du site du ministère. L’IA n’invente pas les réponses, elle se base sur les informations officielles », précise-t-il.

Le projet répond aussi à des besoins très pratiques. Certaines personnes accompagnées par sa mère n’ont pas toujours accès à internet ou à un smartphone. « Ma mère avait besoin d’un PDF pour pouvoir l’imprimer et le partager. Les gens n’ont pas toujours accès à internet ou à un téléphone », explique Hugo Gresse.

Un projet participatif et perfectible

L’outil reste toutefois perfectible. L’ingénieur reconnaît que certaines questions peuvent prêter à confusion. Malgré tout, le site semble déjà trouver son public. En quelques semaines, il a attiré plusieurs milliers de visiteurs. « Sur les trente derniers jours, il y a eu environ 5 500 visiteurs », indique-t-il, ajoutant que l’initiative a surtout circulé sur les réseaux sociaux et auprès de personnes donnant des cours de français.

Hugo Gresse souhaite désormais faire évoluer la plateforme. Le projet est entièrement open source et accessible sur GitHub afin que d’autres puissent y contribuer. « Les gens peuvent lire le code, proposer des modifications ou signaler des bugs. Je suis vraiment preneur de retours », insiste-t-il. « C’est une première version, il reste des choses à améliorer. »

Parmi les pistes envisagées figurent l’ajout de statistiques sur les résultats des quiz, mais aussi l’intégration d’autres langues. « J’aimerais ajouter une version anglaise, peut-être avec le français et l’anglais côte à côte. L’anglais est une langue parlée par beaucoup de personnes exilées et ça pourrait faciliter la compréhension. » Pour l’ingénieur, l’objectif reste simple : réduire les obstacles administratifs et numériques auxquels sont confrontées les personnes étrangères.

Olivier Ceccaldi

Photo de couverture : cours de français avec un mineur isolé par l’association Utopia 56 à Rennes en 2023, © Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

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