2022, LE CHOIX !

[LIBRE EXPRESSION]

Comme chaque année, les premiers jours de janvier sont le temps des bilans et le temps des vœux. En 2022, le Peuple d’ici dira qui il est, qu’il est là et que c’est lui qui fait : l’identité, la présence, la responsabilité réunionnaises. Il le dira à La Conférence des Mille. Paris ne s’est pas fait en un jour, La Réunion ne se refera pas non plus en un jour. En 2022, La Conférence des Mille sera un premier pas. 

La Réunion est une floraison de bonheurs et de réussites. Des endroits paradisiaques sont sortis de terre et de nombreuses familles mènent comme on dit, « la belle vie ». Les signes extérieurs de richesses foisonnent partout.

Et pourtant ! En même temps que s’affiche cette Réunion « prospère » qui travaille, qui consomme, qui s’amuse, qui voyage, vit une Réunion de malheurs, d’échecs, de frustrations, de rancœurs et de rancunes, qui gémit, se révolte, se mure parfois dans le silence de l’impuissance. 

Cette coexistence est d’autant plus violente que le bonheur affiché est ostentatoire, que le malheur subi est caché. La solidarité sociale tente de récupérer ceux que le système économique laisse sur le bord du chemin ; la mobilité tente d’offrir une chance ailleurs, à ceux pour qui il n’y a plus de place au pays ; le système tente de réduire au silence ceux qui n’entrent pas dans les rangs. 

Les gens heureux et les révoltés

La présence du malheur, de l’échec et de ce qui s’en suit est mortifère pour toute société humaine. Petit à petit, comme la rouille, le malheur ronge, pourrit et dégrade la totalité du corps social. S’il est une chose dont nous devons avoir peur, c’est de cela. 

Le bonheur de réussir la prospérité doit être partagé par tout le Peuple. La fracture qui sépare les gens heureux qui partagent ce bonheur, des révoltés qui en sont exclus n’est pas propre à La Réunion. Elle est mondiale. Parce que les hommes ont cru, à un moment de l’histoire, que le monde entier pouvait être uniforme et se développer sous l’administration directe d’une autorité centrale unique pour la planète. 

Les hommes et les femmes d’aujourd’hui sont de plus en plus nombreux à comprendre que le bonheur d’un Peuple à réussir sa prospérité n’est pas de la responsabilité d’une institution, d’une autorité, d’un pouvoir extérieur supérieur, mais de sa propre responsabilité. Il est de la responsabilité du Peuple réunionnais de tirer de la terre, de la mer et de l’air de son pays, La Réunion, le maximum de ce dont il a besoin ; de produire de l’excellence pour exporter ; de maîtriser ce qu’il doit importer ; d’organiser et d’assurer les services. Bien entendu, il ne pourra pas faire cela tout seul. Il aura besoin des échanges avec la République, l’Europe, l’Indianocéanie, la communauté internationale, Mais même à ce niveau, il devra sauvegarder son identité, assurer sa présence et assumer ses responsabilités qui sont la condition de son développement. 

Décider de notre sort

Si la communauté réunionnaise, collectivement, renonce à assumer ces responsabilités, cela signifie qu’elle renonce à être un Peuple responsable ; qu’elle choisit d’être une population administrée. Mais cela signifie aussi, en conséquence de ce renoncement et de ce choix, que la métropole qui n’est pas la France, mais un pouvoir politico-économique parisien, peut administrer directement les territoires français du monde, dont La Réunion, en fonction de critères, de normes et d’intérêts de ce milieu parisien que ce pouvoir appelle la France. Cela signifie en résumé, qu’il n’y a plus de Peuple réunionnais collectivement responsable de son destin, mais une population réunionnaise prise en charge par la métropole. C’est la situation dans laquelle nous nous trouvons, qui est logique et qui est inévitable en l’absence de partenaire réunionnais identifié, présent et responsable. 

Nous avons le choix : soit, nous continuons à laisser la métropole parler à notre place, décider de notre sort, nous imposer son uniformité ; soit, au sein de la République, de l’Europe, de l’Indianocéanie, de la communauté internationale, nous avons notre mot à dire pour défendre ce que nous sommes et ce que nous tenons pour essentiel. 

Si les Réunionnaises et les Réunionnais font le choix d’être Peuple et de redonner au Peuple qu’ils formeront son rang et sa fonction de Souverain, tout deviendra possible. Parce que notre île dispose d’hommes et de femmes de foi, croyants ou non, capables de transmettre les forces de l’Esprit qui rendent possible l’impossible, qui alimentent les mentalités positives des bâtisseurs, qui forment des femmes et des hommes qui persévèrent jusqu’au bout du chemin ; elle dispose d’hommes et de femmes de science capables d’accompagner nos acteurs de l’artisanat, de l’agriculture, de l’industrie, des services, pour moderniser, optimiser et développer la manière et la matière réunionnaises, capables aussi, d’organiser une politique de formation de bâtisseurs, de créateurs, de novateurs ; elle dispose d’une myriade d’artistes de grand talent, capables d’entraîner dans le monde de l’imaginaire, perçu à travers le réalisme de la poésie ; elle dispose de l’argent nécessaire qui provient des solidarité nationale, européenne, etc. qui pourrait être dépensé différemment. Notre île dispose déjà de tout ce capital. 

Peuple responsable ou population administrée

Le choix qui nous est offert, doit être le choix personnel des Réunionnaises et des Réunionnais de toutes les origines, de toutes les classes sociales, de toutes les religions, de tous les partis politiques, de toutes les associations, de toutes les professions, etc. Ils seront au moins mille à la Conférence des mille, ils seront plus nombreux aux états généraux et à plus de 80% des inscrits, aux élections. Aux prochaines présidentielles, chaque Réunionnaise et chaque Réunionnais votera pour le candidat qu’il choisira ; mais ils auront, tous, à l’esprit, qu’ils auront à faire un autre choix entre la volonté de former un Peuple responsable ou l’acceptation de rester une population administrée. Il s’agit de deux choix différents et de ne pas les confondre, de ne pas les mélanger. Les candidats aux présidentielles pourront s’engager à pousser les Réunionnaises et les Réunionnais à faire ce choix et s’engager à en tenir compte. Mais ce choix-là lui-même, il appartient aux Réunionnaises et aux Réunionnais et à eux seuls. Sans Peuple pour les mandater, il ne peut pas être question d’élus responsables, d’un pouvoir local partenaire du pouvoir central national, partenaire des autorités européennes, des dirigeants indianocéaniens. 

Mais c’est quoi le Peuple avec un grand P, le Peuple Souverain de la Constitution ? C’est quoi le Peuple Réunionnais ? Quel est le pouvoir du Peuple ? Comment se manifeste le Peuple et comment sait-on que c’est le Peuple qui parle ? Ces questions feront l’objet de notre prochaine réflexion. 

A chacun de vous et aux vôtres, tous mes vœux pour 2022 ! A nous tous, collectivement, comme Peuple : qu’en 2022 nos retrouvailles nous libèrent de nos peurs du largage, du communalisme, du chantage, de l’exécution arbitraire, parce que nous ne serons plus une population anonyme, prise en charge, mais et un Peuple identifié, reconnu et responsable. Ne perdons pas de vue l’objectif. 

Paul HOARAU 

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