Grands-Bois face au risque de submersion marine lagon

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22 associations s’inquiètent de l’urbanisation de Grands-Bois

Le réchauffement climatique s’accélère et aggrave le risque d’inondation et de submersion marine de Grands-Bois. 22 associations demandent à la mairie de Saint-Pierre davantage de précautions dans la modification du Plan local d’urbanisme qui ouvre de nouveaux droits au bétonnage à Grands-Bois et en amont.

Ce 30 octobre, au dernier jour de l’enquête publique sur le projet de modification du Plan local d’urbanisme de Saint-Pierre, le citoyen Christophe Barbarini a déposé un mémoire en mairie. Pas pour dire « non ». Mais pour dire « Attention ». Il a focalisé sa démarche sur le village côtier de Grands-Bois, coincé entre l’océan qui monte et les ravines qui menacent de déborder lors des épisodes de fortes pluies.

Mémoire de précaution sur le PLU de Grands-Bois
22 signataires demandent à la mairie de Saint-Pierre davantage de prudence pour l’urbanisation.

Le lanceur d’alerte, pourfendeur de l’inaction climatique, ne désarme pas et il n’est pas seul comme le prouvent les nombreux signataires de son mémoire : Solidarité Recours Péi, Réseau Compost Citoyen, Attac Réunion, Komité Pangar, Transphere, Le Taille vent, Alerte Océan Indien, Zéro Déchet Réunion, Tout’Art, Greenpeace Réunion,, AVE2M, Domoun La Plaine, Fédération Départementale de la Pêche 974, Ou gingn’, ARBTE, Vie Océane , Bio Consom’Acteurs, XR Réunion, Protège nout Savane, O Jardin Ki pouss’, Plantali, la SEOR…

La liste pourrait être plus longue tant la conscience du risque climatique se renforce au fil des catastrophes qui émaillent l’actualité planétaire. En payant mon plein à la station de Grands-Bois, j’en discute avec la gérante. Non, elle n’a pas participé à l’enquête publique mais elle craint que le bétonnage d’anciens champs de canne de CBO Territoria (Zac Cap Austral) ne provoque des inondations que les canaux existants ne sauraient absorber. 

Construire, oui, mais pas au péril des habitants

Grands-Bois face au risque de submersion marine lagon Mémoire de précaution sur le PLU de Grands-Bois
Le lagon se fragilise alors qu’il a déjà été le décor de grandes submersions.

Sur le bord de mer, à l’arrière du Zinzin, Gilbert Pounia se souvient quant à lui d’inondations provenant de l’océan. Lors d’épisodes de fortes houles, des vagues ont traversé la première rangée de maisons.

Yasmina Coupama, du collectif Vol pa Granbwa, se souvient elle aussi, à l’autre extrémité du village, de vagues dépassant la falaise pour déborder sur l’aire de pique-nique lors du tsunami de 2004. « On a besoin de logements, on peut pas dormir dehors », dit-elle. Mais pas au péril des habitants : « Si on construit au niveau du bord de mer, quand il y aura une catastrophe, on va faire comment ? »

Le mémoire, porté par les associations citées plus haut, s’interroge sur la réalité de l’estimation du risque. Les plans de prévention des risques (inondation et mouvements de terrain, recul du trait de côte et submersion marine), qui ont servi de référence, datent de 2016 et 2018. Ils ne prennent pas en considération l’accélération du réchauffement climatique telle qu’elle a été inscrite dans le code de l’environnement le 25 janvier 2026 : pour La Réunion, +1,5 °C en 2030, +2 °C en 2050 et +2,9 °C en 2100.

L’océan pourrait monter d’1 mètre

Selon le Haut Conseil pour le climat, il faudrait envisager les scénarios à fort impact même s’ils sont peu probables. Et Christophe Barbarini de citer des projections d’élévation du niveau de la mer de 64 cm à 89 cm présentées lors du comité technique de la DEAL du 9 décembre 2025. Il évoque également le projet de Plan de gestion des risques d’inondation dont les projections d’élévation du niveau de la mer vont de 30 cm en 2050 à 90 cm en 2100 et 120 cm en 2120.

Des chiffres effrayants mais des chiffres scientifiquement établis. Aussi Christophe Barbarini a-t-il également envoyé un courrier au préfet de La Réunion pour lui demander d’actualiser le plan de prévention des risques littoraux au regard de la trajectoire de réchauffement de référence (TRACC).

Construction urbanisation Grands-Bois face au risque de submersion marine lagon Mémoire de précaution sur le PLU de Grands-Bois village en amont Montvert
Les eaux du bassin versant menacent-elles d’inonder Grands-Bois ?

Le mémoire déposé en mairie ne conteste pas l’objectif de la modification du PLU, il s’inquiète surtout d’une possible sous-estimation du risque. En levant des restrictions sur l’urbanisation de secteurs déjà urbanisés, notamment le village de Grands-Bois et les villages situés en amont du bassin versant, de nouveaux bétonnages risquent d’aggraver les ruissellements des eaux vers le littoral. L’imperméabilisation de nouvelles surfaces n’a pas fait l’objet d’une étude d’impact.

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Construction urbanisation Grands-Bois face au risque de submersion marine lagon Mémoire de précaution sur le PLU de Grands-Bois
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Pas de béton sans précaution

Les signataires demandent que des études géotechniques soient systématiques pour les futurs affouillements de la zone artisanale. Ils demandent une évaluation de l’effet cumulé des futurs aménagements et constructions pour en mesurer les effets sur le récif corallien. Le lagon de Grands-Bois et sa barrière de corail se sont dégradés entre 2019 et 2025. Des écoulements de boue les ont affectés en 2018 et 2025. Et le blanchissement des coraux touche 92 % du recouvrement corallien selon l’Ifrecor.

Grands-Bois face au risque de submersion marine lagon Mémoire de précaution sur le PLU de Grands-Bois
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Construction en cours au sud-est de Grands-Bois.

Même si la préfecture décrit les lagons de Grands-Bois et de Grand’Anse comme les mieux conservés de La Réunion, ils ne sont pas indestructibles. Or les récifs protègent la zone côtière de la houle.

Au final, le mémoire déposé par Christophe Barbarini en appelle au principe de précaution sur tout nouveau bétonnage à Grands-Bois et en amont : il demande davantage de préservation des sols naturels, des compensations hydrauliques à toute imperméabilisation nouvelle et, à défaut,  de différer toute urbanisation jusqu’à l’adoption de nouveaux plans de prévention des risques intégrant l’accélération du réchauffement climatique.

Sollicitée, la mairie n’a pas apporté son point de vue sur les inquiétudes soulevées par les 22 signataires.

Franck Cellier

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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