L’autre procès du chlordécone

Une manifestation pour exiger un procès pénal dans l’affaire de l’empoisonnement au chlordécone, à Fort-de-France, en Martinique, en février 2021.

Réunis par leurs avocats dans le cadre d’une « action collective », 1 200 personnes et de nombreuses associations de victimes ont porté plainte contre l’État pour « non-protection des populations » devant le tribunal administratif de Paris.

Un procès du chlordécone se tenait cette semaine à Paris. Il ne s’agit pas de la plainte pénale dont nous avons beaucoup parlé, déposée en 2006 pour, entre autres, « empoisonnement » et « mise en danger de la vie d’autrui ». Il s’agit d’une plainte devant le tribunal administratif, contre l’État, donc, qui selon les plaignants a « failli à sa mission de protection des populations. » Sols, embouchures de rivières, plages : aux Antilles françaises tout a été dévasté par le chlordécone, un pesticide cancérogène utilisé entre 1972 et 1993 pour éradiquer un ravageur qui menaçait les bananeraies.

Plusieurs associations, dont l’association Vivre en Guadeloupe, Lyanaj pou dépolyé Matinik et le Conseil représentatifs des associations noires sont à l’initiative d’une « action collective », devant le tribunal administratif de Paris. Contacté par Parallèle Sud, l’avocat qui porte l’action collective des 1 200 plaignants, maitre Léguévaques, explique que « le plus important ce n’est pas la réparation pécunière. Ce qui compte, c’est qu’on reconnaisse la responsabilité de l’État dans la pollution au chlordécone. Une fois que ce sera fait, on pourra passer à l’étape suivante. »

En s’inspirant de ce qu’ont obtenu les victimes de l’amiante, les plaignants demandent 15 000 euros chacun. Face à eux, le rapporteur public, l’équivalent du procureur dans la justice administrative, face à l’État a rendu un réquisitoire mitigé. Il ne semble pas loin de reconnaître la faute étatique mais récuse tout préjudice moral. Et ce faisant, ferme la porte à toute indemnisation.

Le délibéré sera connu dans trois à quatre semaines. Peut-être bien en même temps que le réquisitoire définitif du procureur de Paris dans l’enquête pénale.

Julien Sartre

Parallèle Sud est un nouveau média réunionnais, indépendant. 🌾 Il a vocation à vivre uniquement des dons de ses lecteurs. Pour contribuer à son existence pérenne, vous pouvez faire un don ponctuel ou mensualisé, du montant que vous voulez. Ce don est défiscalisable à 66%. ⬇️

A propos de l'auteur

Julien Sartre

Journaliste d’investigation autant que reporter multipliant les aller-retour entre tous les « confettis de l’empire », Julien Sartre est spécialiste de l’Outre-mer français. Ancien correspondant du Quotidien de La Réunion à Paris, il travaille pour plusieurs journaux basés à Tahiti, aux Antilles et en Guyane et dans la capitale française. À Parallèle Sud, il a promis de compenser son empreinte carbone, sans renoncer à la lutte contre l’État colonial.

Sur le même thème