[Kiltir] Hippolyte, illustrateur, auteur de BD et militant

Hyppolite

PORTRAIT

Hippolyte est surtout connu sur l’île pour ses affiches représentant des lieux et paysages emblématiques (Langevin, Piton des Neiges, Bélouve, Mafate, …). Mais l’auteur de BD explore bien d’autres horizons, du Rwanda à la Méditerranée.

Illustrateur de talent, il est aussi auteur de nombreuses BD, dont des adaptations du Maître de Ballantrae (d’après Robert-Louis Stevenson), de Dracula (d’après Bram Stoker), etc. Sa BD « La fantaisie des dieux : Rwanda 1994 » réalisée avec Patrick de Saint Exupéry, est peut-être la plus connue, car elle retrace une période très sombre de l’histoire du Rwanda, et y évoque le rôle plus que trouble de l’Etat français. « Nous avons connu à l’époque la censure médiatique, interviews non diffusées, conférences interdites », nous confie Hippolyte. Cette BD, c’est peut-être aussi sa « BD référence ». 

La Fantaisie des Dieux Rwanda 1994

Le dessin est venu chez lui très tôt, entretenu rapidement par un certain amour pour la bande dessinée. Ecole de dessin, Beaux-Arts, il a toujours voulu vivre du dessin. Passionné de voyages dès son plus jeune âge, il y a puisé des sources d’inspiration. Mais Hippolyte a été aussi, photographe, metteur en scène, réalisateur, journaliste, reporter, avant de devenir celui que l’on connaît comme illustrateur et auteur de BD, par ailleurs passionné de musique.

Installé à La Réunion depuis un peu plus de quinze ans, Hippolyte s’est fait une belle place dans l’illustration, a collaboré à la revue Le Cri du Margouillat avec quelques grands noms comme Tiburce, Appolo, Urbatro… Il continue à penser BD, et à dessiner, notamment des affiches, dans son atelier à Saint-Joseph où il a reçu Parallèle Sud. 

Hippolyte
« Je me suis construit sans aucune subvention, ni aide. J’ai toujours fait ce que j’avais envie de faire et j’ai toujours gardé mon indépendance ».

L’empathie est un peu « une marque de fabrique » chez Hippolyte. C’est ce qui marque de suite nos échanges. Hippolyte se confie facilement, sans filtre. Il est intarissable lorsqu’il parle de ses passions, de son engagement pour des causes qui lui sont chères, et de son fils avec lequel il entretient des liens très étroits, qui est très présent tout au long de notre entretien. « Mon fils, c’est mon cheval, ma bataille. Il est fier de moi, je veux être un bon père pour lui. Je suis ému et fier de ce qu’il est, de ce qu’il devient, son rapport aux gens, sa facilité à échanger, à se poser des questions, son humanité. Il me porte, me soutient, me rassure. Il est tout le temps là, même quand je suis loin, et y compris dans mes BD… ». 

« Je me suis construit sans aucune subvention, ni aide. J’ai toujours fait ce que j’avais envie de faire et j’ai toujours gardé mon indépendance ». Il parle de ses passions pour les voyages, pour la musique, et notamment le jazz et le rock. Le festival Rock à la Buse, l’exposition Rock et BD à la Cité des Arts restent d’excellents souvenirs et ont constitué une sorte de tremplin vers le monde des affiches. Il y a quatre ans, il a monté sa société : L’affiche d’une Ile. « Je ne travaille que localement (impression, stickers, …). Aujourd’hui, ma société fonctionne très bien et me permet de m’engager sur d’autres projets et de continuer à écrire des BD ». Il travaille souvent dans le superbe atelier qu’il a fait construire au fond de sa propriété, mais aussi un peu partout, car il emporte toujours avec lui de quoi écrire et dessiner.   

Un véritable militant

Sa dernière BD, parue en 2020, textes de Zabus, dessins d’Hippolyte, parle de l’enfance, un thème qu’il affectionne. La prochaine, qui est en chantier actuellement parlera des migrants. C’est l’homme engagé qui s’exprime avec des arguments forts, ceux d’un véritable militant. « J’ai passé trois mois avec l’Association SOS Méditerranée. Un mois à Marseille d’abord parce que les autorités italiennes ont bloqué le bateau, puis deux mois sur le bateau Ocean Viking. 

Ocean Viking SOS Méditerranée avec Hippolyte
Hippolyte a fait campagne avec SOS Méditerranée à bord de l’Ocean Viking.

J’ai découvert bien sûr le sort abominable réservé aux migrants. Beaucoup ne peuvent pas accoster et sont refoulés, avec le risque de mourir en mer, ou d’être torturés ou tués au retour dans leur pays d’origine. On parle de milliers de morts en mer, mais il est impossible de compter. C’est dur à dire, mais la mer c’est un peu une fosse commune… Les autorités européennes, comme d’autres d’ailleurs, sous prétexte de protéger les frontières couvrent des abominations. On a mis des grillages, des barbelés, construit des murs, on empêche les bateaux de secours de travailler, on laisse mourir des gens dans l’indifférence parfois la plus totale. C’est terrible !

Le budget sécurité de l’Europe se compte en dizaines de milliards, le budget pour sauver les migrants autour de 50 millions. C’est grave ! On n’en parle pas ou trop peu, il est donc important que cela se sache.

Hippolyte

 Le budget consacré à lutter contre l’immigration est le troisième budget mondial derrière la drogue et les armes. Ce budget est alloué d’abord pour des caméras de surveillance, des gardes, des barbelés, … pas pour sauver des gens ! Le budget sécurité de l’Europe se compte en dizaines de milliards, le budget pour sauver les migrants autour de 50 millions. C’est grave ! On n’en parle pas ou trop peu, il est donc important que cela se sache ». 

Pendant ces trois mois, Hippolyte a beaucoup échangé, avec des migrants, mais aussi avec celles et ceux qui leur viennent en aide et qui ont souvent des parcours de vie compliqués. Quand il en parle, il explique que beaucoup ont vécu des traumas et « savent pourquoi ils sauvent, parce qu’en sauvant les autres, on se sauve aussi soi-même ». Il a pris la plume, est redevenu le reporter qu’il a souvent été, et a parlé d’eux « dans Libération sous forme de doubles pages BD, et dans le média suisse de Serge Michel, Heidi News. Il m’a donné  carte blanche pour publier tout ce que je voulais : BD, textes, photos, son, vidéos parfois (*). J’ai publié une cinquantaine d’articles en six mois qui constitueront la trame de ma BD ».

BD d'Hippolyte sur les migrants
Une planche de la future BD d’Hippolyte.

Et surtout, il a pris énormément de notes et fait de très nombreux croquis qui lui serviront aussi pour l’écriture de cette BD. La structure du plan est affichée dans l’atelier, un peu façon « tableau de profileur » comme il le dit avec un certain humour (de nombreux « post-it » avec quelques expressions ou phrases clés, des gommettes de couleurs…). « Mon scénario est quasiment prêt, mes post-it, c’est un peu une symphonie où j’intègre des séquences choisies. J’ai de la matière avec les nombreux écrits de mon journal, et j’ai déjà de nombreux dessins. C’est un projet auquel je tiens beaucoup. Je veux parler de ces gens, mais aussi de moi, de mon ressenti, et j’y intègre des liens avec mon fils. La vie de tous ces gens doit être racontée parce que personne n’en parle ».    

« J’ai gardé peu de contacts avec des rescapés, on n’est pas là pour cela, mais d’abord pour sauver. Le seul avec lequel j’ai gardé un véritable contact veut devenir écrivain ou journaliste, il aura sans doute une place à part dans ma BD,  dont le titre n’est pas véritablement arrêté, mais qui fera au moins deux cents pages et qui devrait sortir dans une grosse année ». 

Hippolyte a du pain sur la planche, il le sait, mais écrire et dessiner, c’est ce qu’il aime par-dessus tout. Ecrire et dessiner, c’est aussi s’engager, défendre des idées, des convictions. Nous attendons avec impatience la sortie de sa BD. Nul doute qu’elle remuera les consciences et connaîtra le même succès que « Rwanda 1994 »

Dominique Blumberger

Quelques liens pour aller plus loin…

Article paru dans Libération : https://www.liberation.fr/planete/2021/01/15/refugies-l-ocean-viking-reprend-la-mer_1817786/

*Heidi News : 48 reportages : https://www.heidi.news/explorations/sos-mediterranee-avec-les-migrants-le-journal-de-bord-d-un-bd-reporter?fbclid=IwAR1mXAKK_-L5KemSe9vkfxlJPYVHdqR3s-sWOBf4kHcM7kU86VBUu676Xa4

Article paru dans le Quotidien des Jeunes : http://www.lequotidiendesjeunes.re/slider-accueil/des-que-je-me-leve-jai-envie-de-dessiner/

Longue interview parue sur le site de Le Paratonnerre : 

http://leparatonnerre.fr/2021/06/21/aller-voir-vivre-et-raconter-entretien-avec-le-dessinateur-hippolyte/

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