PORTFOLIO D’OLIVIER – Dans ce nouveau format de Parallèle Sud, je vous emmène dans mes archives photographiques pour vous raconter une nouvelle histoire. Dans cet épisode, nous partons ensemble au Sénégal à la rencontre des derniers studios photographiques argentiques et de ceux qui les font vivre.
1950, à Saint-Louis. Une file de jeunes endimanchés trépignent devant le « Tropical Photo », le studio mythique de Meïssa Gaye, le père de la photographie sénégalaise. Dans son salon, des femmes parées de longues robes traditionnelles ou à la dernière mode européenne, prennent la pose devant le Rolleiflex…
C’est ici, à Saint Louis, l’ancienne capitale coloniale du Sénégal, qu’est né la photographie ouest-africaine avec l’arrivée du premier appareil envoyé par les colons dans les années 1860. D’abord réservée aux Français, la photographie se démocratise avec l’ouverture de studios tenus par des Sénégalais. Très vite, la jeunesse et la bourgeoisie affluent. Meïssa Gaye, Mama Casset, Doudou Diop… Moins connus que leurs voisins maliens Malick Sidibé et Seydou Keita, ces photographes sénégalais sont pourtant les précurseurs de la photographie en Afrique de l’Ouest. Portraits de jeunes mariés ou de familles en tenue traditionnelle, photographie ambulante lors des « bals poussière » ou des soirées yéyé enfiévrées au rythme du rock and roll… Ces clichés offrent un témoignage rare de l’effervescence de la société sénégalaise de l’époque à l’orée des indépendances africaines.
Si les studios et les pellicules ont disparu, détrônés par le numérique, à Saint-Louis, le collectionneur Amadou Diaw tente de préserver ce patrimoine en péril. Il a créé en 2017 le tout premier musée consacré à la photographie au Sénégal. Dans ses archives, des milliers de tirages rares des maîtres de l’époque ou de photographes anonymes témoignent de cet âge d’or. Mais qu’en est il de ces photographes et de ces lieux qui perpétuent cette tradition du portrait et qui témoignent encore aujourd’hui de ce qu’a été la photographie à l’époque? Pour répondre à cette vaste question, je suis allé à la rencontre de photographes, vivants ou décédés, mais dont le travail encore aujourd’hui nous laisse entrevoir ce qu’a été le Sénégal.
Adama Sylla, le doyen #
C’est chez lui, dans un quartier de Saint-Louis que me reçoit Adama Sylla. Cette année il fêtera ses 92 ans pourtant le vieil homme est toujours si impressionnant. Dès le départ, il me désarçonne et me dit que pour le connaître il me suffirait d’aller lire tout ce qui a déjà été écrit sur lui sur internet. Je lui explique que pour connître quelqu’un, il est selon moi nécessaire de le rencontrer en face à face, de trouver ce qu’il y a d’humain chez lui. Je crois que j’ai passé le test. Il commence à se livrer.
Photographe depuis les années 50, il a d’abord été formé en tant que conservateur au musée de l’Homme à Paris, il s’est toujours beaucoup intéressé à la transmission et au patrimoine. Une démarche qu’il a mené en tant que conservateur au CRDS ou encore auprès de la jeune génération à la Maison des Jeunes de Saint-Louis. On retrouve cette volonté de raconter l’histoire du Sénégal à travers ses photos en Noir et Blanc, souvent prises à l’aide de son Rolleiflex.
Dans son atelier, où se mélangent peintures, archives photos et vieux matériel, Adama Sylla nous montre son vieil agrandisseur. Il possède ici encore tout le nécessaire pour pouvoir de nouveau développer des pellicules et renouer avec le passé. Dans cette pièce, c’est aussi là qu’il conserve toutes ses archives ainsi que sa collection de photos historiques de Saint-Louis.
Longtemps attiré par la photographie, il a aujourd’hui rangé ses appareils pour se consacrer pleinement à son autre passion, la peinture. Dans ses dizaines de toiles, on retrouve l’œil expérimenté du photographe et la volonté de toujours conserver une trace des lieux et des traditions.
Pape Sy, éternel photographe
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Pape Sy est bien le fils de son père, Doro Sy, figure des pères de la photographie saint-louisienne et sénégalaise. Né en 1960, il se rappelle avoir pris ses premières photos vers l’âge de huit ans avec un appareil de son père et très vite, il a été happé par la même passion que lui.
Doro, avait découvert la photographie à Paris lors d’un voyage avec son frère militaire. De ce voyage, il ramènera son premier appareil photo et ouvrira son studio photo à Saint-Louis, le “Sor Doro Photo” en 1953. Si son père avant lui a aussi traîné son appareil partout où il le pouvait, Pape Sy s’est surtout tourné vers la photographie de studio. Son univers, c’est cette pièce qui baigne dans un clair obscur.
Au sein de son studio, Pape Sy nous dévoile les archives de son père précieusement conservées depuis toutes ces années. Longtemps, il a perpétué la tradition en utilisant son rolleiflex pour photographier ses clients et son entourage, passant comme son père avant lui beaucoup de temps dans sa chambre noire.
Son studio reste un trait d’union entre le passé glorieux de la photographie argentique et la nécessaire évolution vers le numérique. Si son amour pour l’argentique est toujours présent, il a su évoluer pour continuer de faire vivre son art et son métier.




Le studio Safieddine, un studio historique
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En 1956, Youssef Safieddine ouvre son premier studio à Dakar près du marché Tilène après avoir travaillé des années en tant qu’assistant pour le photographe portraitiste Anis Kassis. Pendant plus de 50 années, les clients passeront au studio pour se faire tirer le portrait et les assistants de Mr Safieddine couvriront cérémonies et mariages. En 2008, le studio a dû déménagé un peu plus bas dans l’avenue Place 116. Les murs sont recouverts de portraits anciens dont certains du propriétaire et fondateur.
Aujourd’hui, le studio fait surtout des photos d’identité et des impressions. Le temps est loin où tout Dakar venait solliciter les services de Youssef Safieddine et ses assistants. Mais le studio, lui, reste debout tel un musée qui témoigne de ce qu’a été l’âge d’or de la photo argentique. Marcelin est le dernier à travailler dans le studio. Employé par Mr Safieddine depuis 30 ans, il a été témoin des heures de gloire du studio comme de son déclin. Âgé de 61 ans, Marcelin continue néanmoins de travailler car le studio fait partie de sa vie.






Série photographique et textes réalisés en septembre 2024 par Olivier Ceccaldi







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