Jean-Luc, horticulteur sur le terrain avec le sourire.

⏱️ Temps de lecture estimé : 6 min(s)

🎧

La pépinière du Domaine de l’Hermitage : quand innovation rime avec écologie à La Réunion

Au cœur de La Réunion, la pépinière du Domaine de l’Hermitage s’étend sur dix hectares, cultive environ 300 espèces végétales avec une main d’oeuvre de seulement 8 personnes. Elle incarne une nouvelle génération d’exploitations horticoles, où performance technique et responsabilité environnementale avancent main dans la main. Longtemps intégrée à l’exploitation EVE, la pépinière a pris son indépendance afin de mieux maîtriser ses charges et d’affiner sa stratégie de production. Cette séparation a permis l’émergence d’une structure dédiée, portée par une philosophie claire : produire des végétaux adaptés aux territoires réunionnais tout en réduisant l’impact environnemental.

Jean-Luc, horticulteur sur le terrain avec le sourire.
Jean-Luc, horticulteur sur le terrain avec le sourire.
Végétaux en culture.

La vocation première du Domaine de l’Hermitage est de répondre aux besoins concrets des chantiers d’aménagement, qu’ils soient publics ou privés. Cela passe par une large diversité de végétaux capables de s’adapter aux différents climats et altitudes de l’île. La pépinière anticipe également les conditions de plantation afin de fournir des plants robustes, prêts à s’implanter durablement.

Sur un stock moyen de 50 000 unités, près de 46 % des végétaux sont indigènes de La Réunion, témoignant d’un engagement fort en faveur de la flore locale. Les espèces les plus demandées sont majoritairement adaptées aux zones semi-sèches, comme le bois d’arnette, la saliette, le benjoin, le bois de Judas, le bois rouge, le mazambron, le bois malgache, le latanier rouge ou encore le palmiste blanc.

Eva Toussaint, adjointe responsable d’exploitation nous accueille sur le site en tenue réglementaire avec le sourire d’une passionnée, elle nous fait visiter l’ensemble du terrain en nous expliquant l’organisation de la pépinière par lieux : les plantes sont classées par leur stade de croissance et leur besoin en soleil ou en ombrage. Au cours de la visite on rencontre également Willy, Sylvestre et Jean-Luc, horticulteurs sur le terrain. Des Réunionnais à la main verte qui nous partagent leur bonne humeur et leur implication professionnelle malgré la difficulté de ce métier exposé à la difficulté du travail en extérieur sous des chaleurs importantes et surtout un métier physiquement éprouvant. 

Eva Toussaint, adjointe direction d'exploitation. Visite de site.
Eva Toussaint, adjointe direction d’exploitation. Visite de site.
Espèce endémique.
Espèce endémique.

L’innovation au service d’une production plus responsable

Ces dernières années, la pépinière a multiplié les innovations techniques afin d’optimiser ses pratiques culturales. La gestion de l’eau, ressource précieuse sur l’île, fait l’objet d’un suivi informatique précis grâce à un capteur installé directement sur le compteur d’eau. Ce dispositif permet de détecter rapidement les anomalies, comme une fuite ou une vanne restée ouverte, et d’intervenir sans délai.

La mise en place de la ferti-irrigation constitue une autre avancée majeure. En tenant compte de la capacité du substrat à retenir l’eau, les apports sont ajustés au plus près des besoins, garantissant aux plants l’eau et les nutriments nécessaires, sans excès. Dans les zones de stockage des arbres, l’irrigation au goutte-à-goutte permet de cibler précisément chaque pot, évitant une irrigation généralisée par aspersion, plus gourmande en eau. Pour les zones accueillant de très petits litrages, l’aspersion reste privilégiée, une solution plus réaliste face à des volumes pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers de plants.

La pépinière s’appuie également sur des outils numériques performants, comme un *logiciel de QGIG (système d’information géographique)* pour la gestion des stocks et la modélisation du réseau d’irrigation. À cela s’ajoute l’utilisation de la *liste LOVe*, développée par le cabinet Klorys, qui facilite les échanges entre professionnels de l’aménagement en évitant toute confusion liée aux multiples noms vernaculaires des espèces et apportant des informations telles que l’endémicité, la notoriété ou encore des informations paysagères. L’application *OTE*, développée par l’ARMEFLHOR, complète cet arsenal numérique en accompagnant le suivi technique des cultures en gardant la traçabilité des végétaux de la collecte, semis à la plantation.

Test innovant pour repousser les insectes.
Test innovant pour repousser les insectes.
Innovation : le godet anti-chignon
Innovation : le godet anti-chignon


Une transition écologique assumée

L’engagement écologique du Domaine de l’Hermitage ne se limite pas aux outils. La réduction de l’usage des produits phytosanitaires de synthèse est au cœur des pratiques, avec le recours à des huiles essentielles et à des solutions de biocontrôle. Cette approche nécessite davantage d’observation, de technicité et de main-d’œuvre, notamment pour l’entretien manuel des pots et des abords du site. Parfois, le plus simple est le plus efficace : les cochenilles, par exemple, sont combattues par aspersion sous pression, à l’eau claire tout simplement. 

Si cette transition représente un coût initial important — en formation, en aménagement d’infrastructures agroécologiques et en main-d’œuvre — elle est envisagée comme un investissement sur le long terme. L’objectif est de favoriser un écosystème diversifié autour de la pépinière, permettant à terme un équilibre naturel entre insectes ravageurs et insectes auxiliaires. Cette régulation biologique devrait réduire la fréquence des traitements et, avec une gestion différenciée des espaces, alléger progressivement la charge de travail.

L'équipe de la pépinière ce jour-ci. Eva, Willy, Jean-Luc et Sylvestre.
L’équipe de la pépinière ce jour-ci. Eva, Willy, Jean-Luc et Sylvestre.
Espèce endémique : bois rouge.
Espèce endémique : bois rouge.

À travers ses choix techniques et écologiques, la pépinière du Domaine de l’Hermitage illustre une volonté forte : concilier viabilité économique, innovation et respect de l’environnement. En valorisant les espèces indigènes, en optimisant la gestion de l’eau et en intégrant des outils numériques de pointe, elle s’inscrit pleinement dans une dynamique d’horticulture durable, adaptée aux enjeux spécifiques de La Réunion.Vers un modèle durable pour l’horticulture réunionnaise.

Un modèle inspirant, qui montre que l’innovation n’est pas incompatible avec la sobriété, bien au contraire.

Okeana Hertkorn

56 vues

A propos de l'auteur

Okeana Hertkorn

Okeana arrive à Parallèle Sud en tant que volontaire du service civique pour participer aux missions d'éducation aux médias et à l'information. Architecte de formation, elle s'investit aujourd'hui dans le journalisme.

Ajouter un commentaire

⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.

Articles suggérés

S’abonnerFaire un donNewsletters
Parallèle Sud

GRATUIT
VOIR