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« Namata, là où tout commence » relie l’esclavage aux souffrances d’aujourd’hui

Namata, là où tout commence, de Yalorisha Virginie Lamien, est un ouvrage en deux parties, deux histoires racontées par deux voix, se déroulant à deux époques, successivement, fort justement sous-titré « Entre avions et négriers »

Le premier texte est un roman palpitant. Le deuxième est un récit autobiographique, initiatique.

Là où tout commence#

Yalorisha met en scène Namata, personnage et narratrice à la première personne d’un destin à la fois singulier et semblable, à variantes près, à celui de millions d’hommes et de femmes brutalement et cruellement raflés sur le sol africain pour être déportés en troupeaux et réduits à l’état d’animaux domestiques de l’autre côté de l’océan.

Namata, pour sa part, après avoir subi toutes les affres d’une traversée à fond de cale, se retrouve dans une plantation brésilienne de canne à sucre.  

Je suis un animal sauvage qu’il va falloir domestiquer.

La capture, les coups, l’entassement dans la case prison en attente d’embarquement, les privations, les jours et les nuits dans le ventre ténébreux du navire, le droit de cuissage perpétré en toute impunité par certains membres de l’équipage, l’effarement au débarquement, la bestialité humiliante de l’exposition de la marchandise d’ébène au marché aux esclaves ont été les sujets d’innombrables tableaux brossés par des littérateurs des plus divers, mais la perception qui en est ici offerte au lecteur est particulièrement impressive, en partie par le fait que la victime exprime soi-même, corps et âme, ce qu’elle subit, voit, entend, et, par-dessus tout, révèle avec une extrême et constante épouvante l’impossibilité dans laquelle elle se trouve de comprendre ce qui lui est arrivé, ce qui se passe au moment T de son récit, ce qui pourrait advenir : face au futur, un mur. On éprouve synchroniquement avec Namata, grâce à la puissance suggestive de l’écriture, et à l’expression subjective de la narratrice, cette stupeur, cet abrutissement, cette hébétude.

Vous pourrez vous moquer de moi, mais à aucun moment je ne me suis demandé où nous allions. Je ne savais pas que notre cale allait quelque part. Pour moi, nous étions ballottés et notre vie allait sans fin s’écouler là, jusqu’à ce que la mort nous attrape et nous fasse remonter à la surface du navire.

A peine arrivée elle est accouplée, d’autorité, à un esclave amérindien par un maître autoproclamé « progressiste » qui a fait le choix de faire se reproduire son cheptel sur place pour en « fidéliser » la progéniture et ne plus avoir à remplacer les inéluctables pertes par de nouveaux achats.

Le domaine où j’ai été sélectionnée comme une chèvre et mariée à mon insu :

Me voici maintenant la chèvre des hommes qui m’effrayaient, me tournaient autour, touchaient mes mamelles.

Je suis une chèvre…

Namata enfante à la grande satisfaction du maître, et la vie prend son cours.

Jusqu’au jour où, profitant de la défaillance de son mari, Rosangela, la maîtresse, sous l’emprise de ses propres lointaines origines, se joint aux cérémonies secrètes organisées périodiquement par des esclaves…

Retour à des racines, des traditions, des danses initiatiques non pas régénérées dans leur pureté originelle mais transmuées dans le syncrétisme original des divers et multiples rites importés par les différentes ethnies de la traite négrière avec des résurgences religieuses amérindiennes et des emprunts au christianisme.

C’est ainsi que naît le rituel du candomblé.

Puis advient l’abolition.

Nous avions pris racine sur cette Terre nommée Brésil.

Alors s’écrit la deuxième partie du livre. 

Virginie, « née le 1er janvier 1983 », est le personnage, la narratrice, l’auteure de cette autobiographie, dont on découvre rapidement la nature mythique de la relation étroite qu’elle noue, par-delà le temps, l’espace et les sphères culturelles, avec Namata.

Après un accouchement « traumatique » et la rupture de son couple, Virginie, ayant à charge un enfant handicapé, vit une période compliquée qui aboutit à un épuisement psychologique la conduisant à accepter une séquence de formation au Burkina Fasso où elle prend des cours de percussion traditionnelle.

Pendant mon cours de percussion, mon corps a tendance à partir en transe. […]

Un des participants avec qui je deviens amie me propose de venir faire un rituel de purification dans ma maison. […] Le rituel terminé, il me parle alors du candomblé au Brésil.

Virginie s’envole vers le Brésil.

Là où tout recommence#

Là où doit se boucler la boucle.

Je m’appelle Yalorisha Virginie, je suis prêtresse du candomblé, initiée dans l’umbanda. Je m’appelle Yalorisha Virginie, je suis une prêtresse, une femme, une épouse, une mère… Je suis à l’aube d’une nouvelle vie, une vie où le quotidien profane s’efface doucement pour dévoiler un quotidien sacré…

Patryck Froissart

Contribution bénévole

Références  : Namata, là où tout commence – Yalorisha Virginie Lamien – Mindset– 1erdécembre 2021- 150 pages – 17€

L’auteure #

 Virginie Lamien est née et a grandi en France dans un contexte familial particulièrement tendu. Entre séparation, violence et dépendance affective, elle finit par quitter le pays pour s’installer en Suisse. Elle se construit seule, fonde une famille, mais ses blessures d’enfance finissent par la rattraper. Elle vit un accouchement traumatisant qui suscitera en elle une quête de sens.

Faute de réponse dans les religions et dans les méthodes occidentales, elle se tourne vers la tradition afro-brésilienne. Elle découvre le Brésil et s’initie au Candomblé, une religion introduite par les esclaves noirs africains et fondée sur l’existence d’une âme propre à la nature. Après plusieurs années de pratique auprès de son père spirituel brésilien, elle devient Yalorixa c’est-à-dire prêtresse du Candomblé et de l’Umbanda.

Dans son cheminement, elle découvre l’Afrique, c’est d’ailleurs lors d’un voyage au Burkina Faso qu’elle rencontre celui qui deviendra son mari. Ensemble, ils partagent la même vision du sacré.

Désormais, sa mission est de remettre du sacré dans notre vie. Pour ce faire, elle accompagne les personnes en quête de sens, peu importe leur foi, dans leur cheminement intérieur. Sa démarche n’est pas religieuse, elle est basée sur la systémie familiale et les aspirations individuelles de la personne. Elle met à disposition son expérience, ses connaissances à travers différents canaux.

Hôte du Podcast Yalorisha, elle nous invite au voyage pour partir à la découverte des mouvements spirituels en particulier des cultures afro-brésiliennes, hors des sentiers battus. Son site: www.yalorisha.com

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A propos de l'auteur

Patryck Froissart

Reporter citoyen. Patryck Froissart, Saint-Paulois depuis près de 50 ans, originaire du Borinage, a enseigné les Lettres dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur, puis proviseur à La Réunion et à Maurice, et d’effectuer des missions de direction et de formation au Cameroun, en Oman, en Mauritanie, au Rwanda, en Côte d’Ivoire.
Membre permanent des jurys des concours nationaux de la SPAF (Société des Poètes et Artistes de France)
Membre de l’AREAW (Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie)
Membre de la SGDL (Société des Gens De Lettres)
Membre de la SPF (Société des Poètes Français)

Publications :
-Le dromadaire et la salangane, recueil de tankas (Ed. Franco-canadiennes du tanka francophone)
-Li Ann ou Le Tropique des Chimères, roman (Editions Maurice Nadeau)
-L’Arnitoile, poésie (Sinope Editions)
-Contredanses macabres, poésie (Editions Constellations)

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