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Pétition « Non à la loi Duplomb – pour la santé, la sécurité, l’environnement » : plus de 2 millions de signatures et nous ?

LIBRE EXPRESSION#

Pourquoi, en tant que citoyenne réunionnaise, je signe ?

« Les industriels de la pétrochimie fabriquent des pesticides mais ce sont les mêmes qui fabriquent des cancers avec la complicité de nos parlementaires… on a besoin de nos élus pour nous protéger ».

Cette phrase est extraite d’une intervention de Fleur Breteau que vous avez peut-être vue en boucle sur un réseau social récemment. Cette communicante et militante dans une association environnementale apprend qu’elle est atteinte d’un double cancer du sein en 2020.

En mars 2025, elle lance le collectif Cancer Colère en découvrant que ce sont les mêmes laboratoires qui vendent les pesticides et les produits pour la chimio – le même poison… sur deux marchés rentables.

En effet, les 4 géants de l’agrochimie (Bayer, BASF, Syngenta, Corteva) réalisent chacun des milliards d’euros de profits en vendant à la fois les pesticides cancérigènes et les médicaments de chimiothérapie — un business model où plus on empoisonne les champs, plus on vend de chimios, comme le révélait déjà le journal Le Monde dans son édition du 23 novembre 2022.

En 2018, selon les chiffres officiels, ces 4 firmes ont dégagé 13,4 milliards $ rien qu’en pesticides, avec 4,8 milliards $ émis des molécules classées « hautement toxiques » — pendant que la France supporte de 372 millions € à 8,2 milliards €/an de coûts sanitaires (cancers, maladies professionnelles, dépollution).

Comble du cynisme, c’est un système d’empoisonnement rentabilisé deux fois : d’abord en rendant malades les populations et les écosystèmes, ensuite en vendant les traitements — la loi Duplomb 2025-2026 prolonge ce racket légalisé en réintroduisant l’acétamipride, le flupyradifurone et le sulfoxaflor.

Ces molécules de synthèse « hautement toxiques » ont été interdites en France en 2018-2020 mais réapparaissent sans scrupule via la loi Duplomb — tandis que s’accumulent les foyers de cancers pédiatriques, les maladies professionnelles chez les agriculteurs et la contamination des sols et des eaux.

Pourquoi les Réunionnais ne sont pas épargnés par cette crise sanitaire ?

En mars 2025, l’État français a reconnu sa responsabilité dans la contamination au chlordécone des bananeraies aux Antilles et a engagé l’indemnisation des victimes justifiant d’un préjudice d’anxiété — mettant fin à 50 années de déni (le pesticide a été utilisé de 1972 à 1993, mais reconnu toxique seulement en 2005).

Parallèlement, à La Réunion, les pesticides couramment utilisés dans nos champs de canne à sucre depuis 1960 n’ont jamais fait l’objet d’une reconnaissance officielle comparable, malgré des études montrant une surexposition professionnelle identifiée dès 2019 (projet Matphyto DOM).

Cette asymétrie administrative (2 poids, 2 mesures) reflète donc une différence majeure du positionnement de l’État : le chlordécone aux Antilles a généré un cadre légal et médiatisé suite à une mobilisation collective, tandis que La Réunion reste soumise à des processus de consultation dits publics sans aucune traduction législative ou budgétaire dédiée à l’indemnisation des victimes.

Pourquoi dire non à la proposition de loi Duplomb ?

Cette loi, votée en juillet 2025, connaît aujourd’hui un nouveau rebondissement : Laurent Duplomb (sénateur LR) vient de déposer une nouvelle proposition de loi le 2 février 2026 qui va encore plus loin que celle qu’il avait déjà initiée en 2025 avec la réintroduction de 3 molécules supplémentaires hautement toxiques dans les pesticides ciblés pour les cultures de betterave, noisette, pomme et cerise.

On pourrait donc tomber dans le piège de penser que cette version 2 de la loi Duplomb ne nous concerne pas sur notre belle île… Erreur, les Réunionnais sont directement concernés par ce dispositif qui banalise le retour de ces insecticides atteignant le système nerveux, renforce le pouvoir des multinationales industrielles et maintient les DROM dans un modèle agricole dépendant encore davantage du chimique.

Pourtant, des alternatives existent comme celles de l’agriculture biologique, respectueuse de notre santé et de notre environnement, mais qui ne bénéficient pas de soutien financier suffisant pour encourager les agriculteurs et structurer la filière de manière à être rentable pour les producteurs et à des prix accessibles pour le consommateur.

Il est à souligner que face à cette concurrence déloyale chimique subventionnée et aux lobbies agro-industriels, plus de 600 producteurs sur l’île ont fait le pari de l’agriculture biologique (AB certifiée), de l’agroécologie et de l’agriculture durable — des modèles qui refusent les pesticides de synthèse, régénèrent les sols, protègent l’eau et nourrissent sans toxines.

Oasis Réunion, collectif créé en 2009, mène ce combat pour transformer La Réunion en « premier département 0 % phyto – 100 % bio et local », exigeant la conversion complète de l’agriculture chimique conventionnelle vers l’agroécologie biologique certifiée.

Mais n’assistons-nous pas là au combat du pot de fer contre le pot de terre ?

En conclusion, peu importe la version 2025 ou 2026 de la loi Duplomb, ce sont les mêmes neurotoxiques qui intoxiquent les travailleurs agricoles, contaminent les nappes phréatiques, tuent les pollinisateurs et s’accumulent dans la chaîne alimentaire.

C’est aussi la première fois de l’histoire de la Ve République qu’une pétition est débattue à l’Assemblée nationale et ce débat devrait se dérouler le 10 ou le 11 février prochains, en la présence de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard.

Ainsi, la signature de cette pétition permet une tribune d’expression sans précédent.

En un seul clic, osons dire non et exigeons l’abrogation de la loi Duplomb du 11 août 2025, c’est un acte politique et de santé publique.

Frédérique Welmant

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