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Presque 20 ans de combat pour Cindy Thermea

Cindy Thermea a perdu l’usage de ses jambes en 2009 suite à des hospitalisations répétées au CHU de Saint-Denis. Elle avait été diagnostiquée d’un cancer à l’époque et une ponction lombaire aurait été la cause de sa paraplégie. Presque 20 ans après, Cindy se bat toujours au quotidien et espère toujours avoir gain de cause.

Cette Réunionnaise habitait dans l’Hexagone après ses études pour tenter sa chance de l’autre côté de la mer. Revenue sur l’île 2 mois pour voir ses proches en 2008, elle ne repartira finalement plus vivre là-bas à cause du diagnostic d’un cancer. « Au bout de la deuxième semaine j’ai eu du purpura (tâches pourpre sur la peau) et des soucis de respiration. J’ai consulté directement et on m’a envoyée au CHU dans le service oncologie. C’est là que le cauchemar a commencé ». Cindy passe près de 8 mois alitée, entre chimiothérapie et ponction lombaire, encore en capacité de marcher, mais traversée par une faiblesse musculaire qui dure longtemps. À sa sortie, elle enchaîne les allers-retours à l’hôpital pour diverses causes, et dit avoir un petit trou noir de cette période éprouvante, une perte de mémoire qui n’est jamais revenue jusqu’à aujourd’hui.

Pendant ces va-et-vient au CHU, elle perd l’usage de ses jambes en 5-6 mois. « Je me suis dit peut-être que c’est le fait que je perde du poids avec la fatigue ». Cindy explique, selon elle, que l’origine de sa paraplégie serait due à une ponction lombaire effectuée par l’oncologue du service à ce moment-là. Elle aurait appris par la suite, avant un procès qui l’opposait à cet oncologue, qu’il y aurait eu une deuxième ponction effectuée. Elle n’a aucun souvenir de celle-ci et pense que c’est cette intervention qui est en cause.

Quoi qu’il en soit, cet épisode marque un tournant dans la vie de Cindy : elle quitte sa vie en métropole, perd son travail, sa situation amoureuse là-bas, et par la même occasion la connexion avec ses jambes. Lors d’un rendez-vous qui réunit le même oncologue, elle et sa mère, Cindy raconte avoir été témoin d’une grande inhumanité de la part du spécialiste. Alors que ce rendez-vous était plein d’attentes pour elle et sa famille, il aura finalement été expéditif et brutal. «En gros ça a duré moins de 10 minutes. Ma mère demandait si j’allais remarcher un jour, et lui insistait sur le fait qu’il m’avait sauvé la vie, et qu’on devait se contenter de ça ». Le professionnel de santé, franchement pas professionnel à ce moment-là d’après Cindy, se serait levé et aurait montré la porte et invité elle et sa mère à quitter la pièce.

« Ça donnera un avenir à mon fils »

Dans ce flou émotionnel et médical, Cindy attaque l’oncologue en justice en 2013 pour tenter de soigner une plaie qui restera à jamais ouverte. Celle de ne plus retrouver l’usage de ses jambes pour une raison encore incertaine aujourd’hui, mais aussi d’avoir perdu toute sa vie qu’elle avait à peine commencé à bâtir. Malgré ce parcours difficile, Cindy est aujourd’hui maman d’un petit garçon de 10 ans et demi. Elle témoigne pour tenter de retrouver d’autres personnes ayant croisé la route du même oncologue, et espère obtenir gain de cause lors d’une nouvelle page judiciaire.

Le docteur accusé avait à l’époque remporté le procès, alors que 3 autres personnes avaient aussi fait le déplacement jusqu’à Paris ce jour-là, eux aussi l’ayant attaqué en justice. Cindy rapporte qu’il n’était « même pas présent », seulement en visioconférence, et que son avocat réfute la présence de son client le jour de la ponction lombaire, justifiant un voyage à l’étranger selon Cindy. Elle explique ne pas avoir envisagé d’accord financier avant le jour du procès pour ne pas clore le sujet. Aujourd’hui, avec un marmaille à élever, elle veut revenir sur sa décision.

Dans son parcours de reconstruction, Cindy a d’abord songé à un exosquelette. Elle en avait parlé dans la presse locale, avec Le Quotidien, avant de pouvoir prendre rendez-vous dans l’Hexagone avec un spécialiste. Malheureusement elle n’y était pas éligible, et a dû se contenter d’un fauteuil d’abord manuel, puis électrique. « J’ai appris à avoir une indépendance partielle, pour faire mes trucs du quotidien, mes courses, si l’école m’appelle je peux aller chercher mon fils. Je peux faire plein de trucs et plein de kilomètres. »

L’oncologue qui exerçait à Bordeaux dans un premier temps, puis à La Réunion, est parti dans le nord-ouest de la France suite à une autre affaire qu’il avait sur le dos et qui avait pris une ampleur médiatique. Le Quotidien (encore) s’était emparé d’un témoignage de quelqu’un qui avait perdu sa mère dans ce même service à l’époque. Le médecin avait attaqué en justice le journal pour diffamation mais avait finalement perdu. Il est à ce jour hématologue dans un centre hospitalier dans l’hexagone.

Etienne Satre

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A propos de l'auteur

Etienne Satre

Journaliste, Etienne Satre a rejoint l'équipe en janvier 2024 en tant qu'apprenti journaliste. Il étudie à l'Institut de l'image de l'océan indien (Iloi) basé au Port.

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