élections municipales montée de l'extrême droite

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La gauche progresse, l’extrême droite perd mais s’installe dans les mairies

ÉDITO

Les noms de la vieille droite, Thien-Ah-Koon, Virapoullé, Lagourgue, Robert, Melchior sont effacés. La gauche progresse et fait temporairement barrage à l’extrême droite mais la vague brune demeure une sérieuse menace en se normalisant dans le paysage politique local.

Le deuxième tour des élections municipales à La Réunion a confirmé les capacités de la résistance réunionnaise face à la montée de l’extrême droite en France et dans le monde. Cette tendance se poursuit depuis trois scrutins : Au 2e tour des législatives anticipées de 2024, sur 7 circonscriptions, 6 députés de gauche avaient battu les candidats du RN. Au 1er tour de la semaine dernière, les candidats du RN ont été renvoyés à la marge — exception faite de la Plaine des Palmistes. Leurs scores étaient bien éloignés des 60% de Marine Le Pen au 2e tour de la présidentielle de 2022.

On retiendra de ce scrutin municipal l’avancée de la gauche qui conquiert Le Tampon, Sainte-Marie, La Possession et Cilaos, et qui conserve Saint-Denis, Saint-Paul, Le Port, Saint-Joseph et Saint-André. Le LFI bashing, inventé en France par des stratèges politiques sans scrupule, n’a pas fonctionné du tout auprès des électeurs réunionnais qui n’aiment pas être pris pour des demeurés. 

On retiendra le renversement de quelques barons centristes à l’Entre-Deux et à Saint-Leu où on observe davantage une défaite du très clivant Thierry Robert qu’une victoire de Karim Juhoor. Même si ce dernier ne manque pas de qualités, c’est d’abord Bruno Domen, en se retirant, qui a fait perdre le flambeur du 1er tour qui se voyait déjà dans le fauteuil de maire. 

Les enseignements des municipales

On retiendra le recul de la droite dite traditionnelle avec les revers essuyés par les Thien-Ah-Koon, Didier Robert, Jean-Louis Lagourgue, Cyril Melchior, et les héritiers du nom Virapoullé. Le Saint-Pierrois David Lorion devient le dernier représentant de cette vieille droite… et encore a-t-il insisté pour ne pas être désigné comme l’héritier de Michel Fontaine.

On retiendra la victoire, enfin, du parti Croire et Oser à Sainte-Suzanne. Un parti qui avait su mobiliser les espérances d’une jeunesse réunionnaise avertie avant d’être victime de ses dissensions. Comme Le Port, dont le maire est allé féliciter Alek Laï-Kane-Cheong dès dimanche soir, Sainte-Suzanne se distingue comme un bastion progressiste et populaire. Retiendra-t-on que le Parti Communiste Réunionnais a perdu son dernier bastion ? Pas sûr. Fin de l’histoire ? Peut-être bien…

Si le RN peine à exister à La Réunion, c’est bien sûr à cause de ses origines fascistes et racistes peu compatibles avec l’ADN de la batarsité réunionnaise et avec la longue histoire des combats militants pour plus de justice sociale. C’est aussi parce qu’il n’a pas trouvé pour le porter de personnalités charismatiques à l’instar d’un Alexis Chaussallet à gauche ou d’une Juliana M’Doihoma au centre. Patrice Selly, aisément réélu à Saint-Benoît, aurait pu s’ajouter à la liste s’il ne dérapait pas régulièrement vers le côté obscur de la force.

La normalisation de l’extrême droite

Au-delà des enseignements immédiats de ce scrutin municipal, il faut s’inscrire dans le plus long terme et documenter la progression de la peste brune. Cette relative victoire de la gauche réunionnaise ne peut pas faire oublier que l’extrême droite prend place dans les conseils municipaux sur les rangs de l’opposition à Saint-Denis ou Saint-André où Laurent Virapoullé a failli l’emporter avec des discours haineux tenus dans ses réunions de quartier. L’extrême droite s’infiltre de manière plus discrète au coeur de certaines listes vainqueurs qui ont surfé sur la sécurité, le rejet des « étrangers », et autres thèmes lepénistes.

Les futurs relais d’un gouvernement fasciste à Paris, s’il parvient à prendre le pouvoir en 2027, se sont décomplexés au fil des débats et des alliances foireuses. Alliances foireuses parce qu’elles ont fait perdre Thierry Robert à Saint-Leu et Cyrille Melchior à Saint-Paul. Ces élus, ayant affiché leur compatibilité avec le RN, ont certes perdu aujourd’hui mais ils ont prouvé qu’ils faciliteront les mesures liberticides et xénophobes que prendrait l’extrême droite au pouvoir. Ils feront sauter les digues d’une Réunion qui aurait tort de se croire protégée des folies du monde. 

Franck Cellier

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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