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Chaussalet a détaké Le Tampon : victoire historique de la gauche

Historique. A 806 voix d’écart, Alexis Chaussalet et sa liste Nout voix nout l’avenir a remporté la mairie du Tampon face à Patrice Thien-Ah-Koon et devient ainsi le premier maire de gauche dans cette commune centenaire qui a élu le premier député d’extrême droite à La Réunion.

Avec 60 % de participation, Le Tampon s’est réveillé ce dimanche pour élire Alexis Chaussalet, seul candidat de gauche dans cette triangulaire, dans un match très serré.

Hier soir, Alexis Chaussalet a dégusté sa victoire. De l’étudiant aux dreadlocks qui criait ses convictions dans un plot de signalisation au maire en chemise, il n’y a finalement qu’un pas. Retour sur cette soirée électorale historique.

L’engagement politique d’Alexis Chaussalet remonte à ses années lycées pendant lesquelles il a fondé l’antenne réunionnaise de l’Union Nationale des Lycéens.

Le peuple était en fête sur le parvis de l’hôtel de ville pour célébrer l’élection de son nouveau maire. Feux d’artifice, tracteur ou encore dépanneuse étaient de sortie. Depuis les marches, Alexis Chaussalet a tenu à dire que le militant en lui est toujours le même qu’adolescent. « Alé di partou que la démocratie et la liberté ont gagné aswar ! », a-t-il lancé à la foule en liesse, accompagné d’un rythme de maloya. Pourtant, ce n’était pas gagné pour lui qui accusait, au premier tour, un retard de 12 points sur Patrice Thien-Ah-Koon, maire sortant.

Tract anti LFI en ville du Tampon ce dimanche.

Une campagne menée avec un bashing anti LFI

Ce matin encore, le bashing anti-LFI aura fait de son mieux pour empêcher Alexis Chaussalet d’atteindre la mairie tamponnaise. Proche de bureaux de vote des tracts « NON LFI NON LFI VIOLENT INSTABLE » étaient disséminés dans la rue pour tenter de convaincre les derniers hésitants. Il faut dire que Le Tampon est bien ancré à droite, en cent ans d’histoire, la ville n’avait jamais élu un maire de gauche. C’est aussi la première circonscription qui a élu un député du Rassemblement National en 2024, Joseph Rivière sorti gagnant face au même Alexis Chaussalet. Tout au long de la campagne, le candidat a beaucoup été critiqué pour le soutien affiché de La France Insoumise notamment par Nathalie Bassire qui l’a accusé de semer le désordre et de n’avoir qu’une capacité de nuisance. Dimanche soir après avoir appris sa défaite, elle a félicité l’équipe d’Alexis Chaussalet et espère que « tout se passera au mieux, dans l’intérêt de la commune ».

Des résultats de Chaussalet et de la préfecture mais pas de la mairie

Dès le début du scrutin, on pouvait deviner que le duel serait serré puisque, à l’hôtel de ville, la première centaine donnait Chaussalet gagnant avec seulement deux voix d’avance. Les résultats finaux de l’hôtel de ville illustrent bien ce match au coude-à-coude : 190 voix pour Alexis Chaussalet, 189 pour Patrice Thien Ah Koon et 66 pour Nathalie Bassire. Ensuite, pour connaître les dynamiques des autres bureaux de vote, la communication de la mairie pourtant bien aimable déclarera n’avoir aucun résultat des bureaux de vote et ce, même après plus de deux heures de dépouillement. Ce sont les équipes d’Alexis Chaussalet, réparties dans plusieurs bureaux de vote, et leurs échanges sur leur groupe WhatsApp qui permettent vite de comprendre que la victoire est véritablement possible pour la liste de gauche.

Dès 20 heures, à la permanence de la liste Nout voix nout l’avenir, les Tamponnais de sensibilité de gauche commençaient à prendre espoir. Pauline Lauret, présidente de l’UFR (Union des Femmes Réunionnaises) et quatrième co-listière l’admet : le premier tour a été une déception. Mais l’équipe a retrouvé de la force en convainquant les votants de Nathalie Bassire et certains abstentionnistes lors de cette dernière semaine de campagne.

Le peuple tamponnais était au rendez-vous pour fêter les résultats du second tour.

Aux abords de la permanence, un militant brandit une pancarte découpée en forme de clé : « D-Tak ». A côté, un homme mime des menottes aux mains : « Tirez-nous de la prison, détak les chaînes ! ». Le ton est donné. Mais pas d’affolement, l’équipe ne veut pas faire d’annonce trop vite. Ce n’est qu’à 21 heures qu’Alexis Chaussalet sort de son bureau pour clamer sa victoire, confirmée par la suite par la préfecture à quelques 806 voix d’écart, aux militants et à la presse : « La démocratie, la jeunesse et la solidarité ont gagné au Tampon. Je serai le maire de toutes les Tamponnaises et de tous les Tamponnais ».
Dans ce premier discours, il a souhaité adresser cette victoire historique aux militants de gauche qui se sont battus pour la justice sociale et a appelé la jeunesse à se battre pour ses idées. Pas de règlement de compte au programme, Alexis Chaussalet assure qu’il sera le maire de tous et sans rancune. Il s’est ensuite dirigé vers la mairie où la fête battait toujours son comble à 23 heures.

La permanence de Patrice Thien-Ah-Koon a fermé ses volets, sans qu’on puisse interroger le maire sortant.

TAK partout, Patrice nulle part

Même si la défaite ne s’est jouée qu’à quelques voix, les mines déconfites des soutiens de Patrice Thien-Ah-Koon laissaient imaginer la désillusion vécue par leur clan invaincu depuis 40 ans. Patrice Thien-Ah-Koon ne s’est pas exprimé, introuvable pour proclamer les résultats du scrutin, et sa permanence située juste en face de l’hôtel de ville a tiré ses rideaux quand Alexis Chaussalet a pris la parole sur le parvis de la mairie. Certains soutiens du nouveau maire n’ont pas hésité à les y encourager en fanfaronnant au mégaphone face à eux : TAK dehors !

Une chose est sûre, un virage à babord toute a été initiée par la quatrième commune de l’île (en termes d’habitants) comme pour la plupart des autres communes présentant un second tour. En 2024, nous titrions dans un portrait d’Alexis Chaussalet trublion défait mais pas vaincu, comme une prémonition…

Léa Morineau

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A propos de l'auteur

Léa Morineau

Journaliste, étudiante à l'ILOI en alternance chez Parallèle Sud. Cocktail de douceur angevine et d'intensité réunionnaise, Léa Morineau a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour l'éducation aux médias et à l'information, elle s'est rapidement prise au jeu du journalisme. A travers ses articles, elle souhaite apporter le regard de sa génération et défendre un journalisme qui rayonne au-delà des apparences.

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