Camille Clain, maire de l'Entre-Deux, Alexis Chaussalet maire du Tampon, et Patrick Lebreton maire de Saint-Joseph

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La Casud avorte le téléphérique de Lorion et Tak et règle les comptes

En rupture totale avec la majorité sortante de la Casud, les maires du Tampon, de Saint-Joseph et de l’Entre-Deux lancent une grande opération de nettoyage des comptes et de remise en cause de projets trop coûteux.

Adieu au téléphérique annoncé par Patrice Thien Ah Koon et David Lorion. Vigilance sur la voie urbaine du Tampon. Alerte sur la garantie d’emprunt pour l’hôtel le Superbe de Saint-Philippe. Enquête sur les finances de la Sudec (ramassage des ordures) et de la Sodegis (logements sociaux)… Il fallait s’y attendre le basculement du Tampon et, à une moindre mesure, de l’Entre-Deux rebat totalement les cartes de la Casud (Communauté d’agglomération du Sud), une intercommunalité longtemps placée sous l’influence des Tak.

Camille Clain, maire de l'Entre-Deux, Alexis Chaussalet maire du Tampon, et Patrick Lebreton maire de Saint-Joseph
Alexis Chaussalet (entouré de Camille Clain et Patrick Lebreton) devrait être élu président de la Casud ce vendredi 10 avril. © Franck Cellier

Ce jeudi 9 avril, deux maires nouvellement élus, le Tamponnais Alexis Chaussalet et l’Entre-Deuxienne Camille Clain, accompagnés de l’indéboulonnable Saint-Joséphois Patrick Lebreton, assument totalement le renversement de la gouvernance de la Casud. Et c’est pour cette raison qu’ils ne convient pas le maire de Saint-Philippe, Olivier Rivière, à leur conférence de presse. « Il est logique que les personnes qui appartenaient à la majorité sortante ne soient pas présentes pour demander des comptes sur la situation qu’ils ont créée », explique Patrick Lebreton.

Alexis Chaussalet annonce qu’il sera candidat, ce vendredi 10 avril, à la présidence de la Casud et il ne fait aucun doute qu’il sera élu. Son 1er vice-président sera Patrick Lebreton et ils échangeront leurs postes à mi-mandat : 3 ans de présidence chacun. Camille Clain acquiesce : « Cet accord n’est sans doute pas parfait, mais il permet de poser un cadre et de donner de la stabilité. Je resterai vigilante à ce que chaque commune soit respectée, quelle que soit sa taille. »

Audit, Chambre des Comptes, tribunal judiciaire…

Le passif est lourd. On se souvient que Saint-Joseph a failli demander le divorce tant ses élus s’estimaient floués par une intercommunalité qui était, selon eux, au service du Tampon. Même si Patrick Lebreton rappelle les faiblesses de cette Casud sans continuité territoriale contrairement à l’esprit de la loi, il reconnaît également que l’heure n’est pas à redessiner la carte des intercos du Sud. Le temps où il prônait un SCOT (Schéma de cohérence territoriale), regroupant Casud et Civis, est révolu.

Il faudra donc faire avec, mais il faudra d’abord régler des comptes. « La capacité de désendettement de la Casud est passée au-delà de 12 années. C’est une situation extrêmement préoccupante, lance Alexis Chaussalet. Nous avons eu des pyromanes par le passé. Tâchons d’être des pompiers responsables. » 

La nouvelle mandature compte déclencher « des audits-flashs confiés à un cabinet indépendant ». Se disant très pessimiste, Patrick Lebreton prévient : « Quand on fait un audit et qu’on le transmet à la Chambre Régionale des Comptes, il arrive souvent que celle-ci le transmette au tribunal judiciaire. Je ne suis pas d’accord pour que les égarements volontaristes de certains soient réglés par les impôts de la population. »

Oubliez le téléphérique Saint-Pierre — Le Tampon

Dans le viseur de la nouvelle majorité : des accords passés entre Saint-Pierre et le Tampon qui auraient engagé des coûts financiers énormes. Premier projet sur la liste : le fameux téléphérique, annonce électoraliste conjointe de Patrice Thien Ah Koon et David Lorion, maire réélu de Saint-Pierre. « On ne sait pas où on mettra le deuxième pilier si tant est qu’on sache où on mettra le premier, ironise Patrick Lebreton. Les prochains rendez-vous budgétaires vont très vite nous faire oublier les objets de rêve dont certains nous ont parlé il n’y a pas si longtemps. »

Alors qu’il faudrait améliorer les transports en commun, notamment pour les étudiants inscrits à l’université du Tampon, le maire de Saint-Joseph, qui se présente volontiers comme le « trésorier » de l’équipe du fait de son expérience à la tête des finances régionales, s’inquiète déjà d’un budget des transports qui ne s’équilibrerait pas par lui-même.

Camille Clain, maire de l'Entre-Deux, Alexis Chaussalet maire du Tampon, et Patrick Lebreton maire de Saint-Joseph
Alexis Chaussalet : « nous assumons de faire mieux, de faire différemment, pour l’intérêt du territoire. »

Également dans le viseur : la Sudec qui souffrirait de « dysfonctionnements à tous les étages » : « pas performante », « chère », minée par des « souffrances au travail ». Mais aussi la Sodegis, dont les comptes sont à nouveau déficitaires selon Patrick Lebreton, qui affirme l’avoir fait passer d’un déficit de 25 M€ à un excédent de 6,8 M€ lorsqu’il en était le président.

Le Superbe perd son hypothétique « garantie d’emprunt »

Quant à la voie urbaine du Tampon, sa prise en charge par la Casud est contestée tant il s’agit d’un projet exclusivement tamponnais… et particulièrement contesté. Commentant la précipitation de l’ouverture de ce chantier, Patrick Lebreton assène : « C’est un projet qui a été lancé en période pré-électorale pour qu’on ne revienne pas dessus… » Il évoque cependant le flou de son financement, laissant entendre que les parts du Département et de la Région ne sont pas validées.

Dernier projet évoqué : celui de l’hôtel le Superbe à Saint-Philippe. Le montage financier de cet investissement repose en partie sur une éventuelle garantie financière d’emprunt de la Casud. L’affaire a déjà suscité des débats quant à sa légalité et est « à l’étude ». Patrick Lebreton évacue désormais cette option de « garantie », et invite Olivier Rivière à trouver « d’autres schémas pour engager un hôtel sur son territoire ».

Que reste-t-il alors au programme de la Casud ? On le saura lorsque ses nouveaux présidents et vice-présidents seront aux manettes. En préambule, Alexis Chaussalet annonce : « Nous assumons de faire mieux, de faire différemment, pour l’intérêt du territoire. Notre responsabilité collective, c’est de dépasser les clivages politiques stériles et de travailler avec toutes les bonnes volontés et compétences en mettant toujours au centre l’intérêt des habitants. »

Franck Cellier

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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