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Meurice – Lagadec : « La connerie, c’est l’erreur qui persiste »

INTERVIEW

En tournée à La Réunion dans le cadre du Komidi, Guillaume Meurice, artiste de la bêtise, et Eric Lagadec, astrophysicien, nous plongent dans l’infini. De la connerie et de la science.  

Après un florilège d’une heure et demie de conneries dans votre spectacle, auriez-vous une définition propre à vous, dans le style : “Un con ça ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnait” ? 

Guillaume Meurice : (quelques rires)… C’est l’erreur qui persiste, la connerie. Parce qu’on a tous le droit à l’erreur ou à la connerie. Mais si tu t’enfonces dedans, bon… Tu prends un sacré virage vers la connerie. 

Eric Lagadec : Souvent, la connerie vient d’un manque de netteté entre croyance et fait établi. D’ailleurs, un de nos gros problèmes actuels : on ne sait pas comment un savoir se crée. On vit dans un monde complexe et les gens ont des solutions simples. Mais malheureusement, ce n’est pas aussi facile. Moi, par exemple, j’ai un triple warning quand on me dit : « C’est du bon sens ». Très souvent, il y a une connerie derrière. A contrario, quelqu’un qui me dit “je ne sais pas”, pour moi, c’est un très bon signe de sagesse. 

Guillaume Meurice et Eric Lagadec, durant leur spectacle à Saint-Joseph, le lundi 20 avril 2026. © Thomas Flattard Béring

La connerie, vous êtes spécialiste en la matière. Comment l’avez-vous fait évoluer, de vos débuts à aujourd’hui ?

GM : C’est vrai que je vis de la connerie. De la mienne et de celle des autres. Parce que Pascal Praud m’a quasiment acheté mon appartement. Alors comment j’en ai fait un métier ? Je pense avoir eu de la chance que ce ne soit pas un projet de vie d’être payé pour prendre un peu de recul et faire des blagues sur nos absurdités. En l’occurrence, sociales, sociétales et politiques. Ça s’est fait un peu par hasard. Avant j’allais la chercher dans la rue. Désormais, je vais plutôt la chercher à la source. En tout cas, j’ai continué même après avoir été viré (de France Inter).

Justement, ce licenciement a-t-il accentué une volonté de continuer ?

GM : Non… (il réfléchit quelques secondes). Ça n’a pas changé grand-chose, en fait. Dans ma manière de faire ou de voir les choses, je poursuis simplement ailleurs. L’émission représentait la contre-culture de la chaîne, avec cette volonté de privatiser le service public. Moi j’étais sur la trajectoire. La tendance à nous dégager était là et je n’ai pas cédé. 

Dans votre pièce “Vers l’infini”, vous décidez de l’associer à la science. Pourquoi ?

EL : On est vraiment partis de la phrase attribuée à Einstein – « Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine. » Et disons que si on avait parlé d’astrophysique et de volcanologie, on aurait été un duo moins appétissant sur le papier. Maintenant, ce qui est bien aussi, c’est que le public rigole, certes. Mais apprends Nous diffusons de la connaissance et pour apprendre, il faut une émotion. 

Guillaume Meurice et Eric Lagadec, durant leur spectacle à Saint-Joseph, le lundi 20 avril 2026. © Thomas Flattard Béring

J’en reviens à l’actualité. La Dernière, émission satirique sur Radio Nova, a été annulée à Auray (Bretagne). Voyez-vous une censure de plus en plus prononcée vis-à-vis du monde de la culture ?

GM : C’est la canceled culture (lance-t-il dans un rire narquois). Oui, oui, oui… Pour résumer, entre la signature du contrat et la réalisation de ce dernier, les élections législatives sont passées par là. Ça a changé de municipalité, de couleur politique et la nouvelle mairie s’est opposée au spectacle. En étant prête à payer 10 000 euros plutôt que recevoir l’émission. Symboliquement, c’est catastrophique pour ce que ça dit de la démocratie. 

À La Réunion, l’affaire Vincent Fontano – réalisateur accusé de violences sexuelles par quatre femmes – a également été dévoilée par Les Jours récemment. Avez-vous un mot à dire à ce sujet alors que le tabou semble de mise ?

GM et EL : Oui, on a senti un certain malaise. On était pas au courant avant la sortie dans les médias, mais c’est bien que ça sorte. Les sales types, il y en a partout et le théâtre, qui joue sur le corps, les rêves, la jeunesse, est propice à cela. Malheureusement. En revanche, Komidi m’a bien confirmé qu’il existe une cellule Violences sexuelles et sexistes sur le festival. Ça progresse, c’est bien. Mais c’est lent. Trop lent.

Cette île et ce festival deviennent une habitude pour vous. Y a-t-il une particularité au sein de ce public que vous ne retrouvez pas ailleurs ?

GM : Avec Komidi, les places sont excessivement peu chères. Donc le public est tout à fait différent. Plus populaire. Par exemple, on n’a jamais autant de gamins. Peut-être parce que la place est moins chère que le baby-sitting (rires). Non, plus sérieusement, c’est chouette, on interagit plus avec les gens.

EL : On en revient à la démocratisation du théâtre. Entre un spectacle à 65 euros et l’autre à 6 euros, il y a une vraie différence. Même au vu des infrastructures. Quand tu es sur un banc, dégoulinant de sueur, tu ne vis pas le spectacle comme celui qui est bien installé dans son fauteuil, sous la climatisation. Le public est plus réactif. 

Enfin, Guillaume Meurice, vous dites au sein du podcast « Continue, tu m’intéresses… » être particulièrement passionné par le débat. Aller à la rencontre des avis divergents. Mais par votre savoir-faire, vous pouvez parfois en brusquer plus d’un…

GM : Ne pas choquer n’a jamais été un curseur. Sinon ma vie aurait été un échec. Et ce n’est pas vraiment une question que je me pose. J’utilise mon art pour donner mon avis mais je ne prétends pas détenir la vérité. Je laisse libre à chacun de donner son avis – j’ai jamais censuré le moindre commentaire sur les réseaux sociaux – et moi, c’était ma vérité du moment. La seule chose que je peux garantir aux gens qui m’écoutent, c’est ma sincérité à l’instant où je dis les choses. Après, on fait tous des erreurs. J’en ai fait. L’important est de ne pas persister, sinon cela devient de la connerie. 

Entretien réalisé par Tom SAVARY (collaboration extérieure) 

Photos : Thomas Flattard Béring (collaboration extérieure)

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