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De la bagarre au stand-up, la thérapie du rire de Mickaël Hoareau

Le chemin de la rédemption a été long. Particulièrement semé d’embûches, en quête de sens et d’identité. Aujourd’hui, Mika’H, comédien réunionnais programmé par le Komidi, a 46 printemps. L’âge a apaisé ses cicatrices et le rire les a soignées. Il raconte son parcours à travers une heure de théâtre prenante jusqu’aux tripes.

C’est brutal, violent, choquant. Et en même temps envoûtant. L’atmosphère s’assombrit, l’homme s’emporte les poings levés. Prêt à bastonner. Toute la salle se glace, le regard dépassé par ce changement d’ambiance. Du rire aux larmes, il n’y a qu’un pas chez Mickaël Hoareau, alias Mika’H, artiste réunionnais. Sous ses lunettes d’aviateur, l’homme s’explique : « Avant, j’étais un volcan. Aujourd’hui, je le suis toujours. Mais j’ai évolué. J’ai compris qu’être hypersensible n’était pas une faiblesse, bien au contraire. »

Si ses effusions volcaniques pouvaient jaillir à tout moment, notamment en raison de soirées arrosées, cela s’explique par une quête identitaire. Une longue recherche. Fils d’un Réunionnais et d’une Algérienne, tous deux cheveux crépus noirâtres, lui est blond platine. Il dénote dans le paysage jusqu’à même devenir le running gag familial : « Je ne comprenais pas qui j’étais. Et dès que je questionnais mes parents, ils me répétaient, en rigolant, que j’étais le fils de la voisine et de Claude François. J’ai fini par y croire. »

« Pour eux c’était une blague. Pour moi, un traumatisme »

Jusqu’en 1994, le môme aux yeux bleus est plongé dans la communauté algérienne de Mulhouse – « patriote à mort ». Il veut en être, participer. Mais sa réalité le rattrape à chaque instant. Comme lors de ce contrôle de police où ses amis et ses cousins se font interpeller. Lui, il faudra une réelle rébellion de sa part pour finir au poste avec ses camarades. « Je suis un Arabe, je vous jure », martèle-t-il, face aux éclats de rire de ses interlocuteurs. « Pour eux, c’était une blague. Pour moi, un traumatisme », assure-t-il sur scène, submergé par l’émotion.

Sa quatorzième bougie soufflée, un grand départ s’ouvre pour l’adolescent. Direction l’hémisphère sud et la découverte de ses racines paternelles. « Ce n’était plus le ronronnement des moteurs de Mulhouse, mais le bourdonnement des moustiques du Sud sauvage. » Mais toujours la même rengaine : « Aou Zoreil, aou pas Kréol. » « En six mois, j’ai appris la langue. Je pouvais parler comme quiconque. Mais ça n’a pas suffi. Hélas. J’étais toujours mis de côté. Je pleurais de l’intérieur en quête d’être reconnu. Jusqu’au moment où j’ai fait des blagues. »

Puis arrive le chapitre nocturne, dans les boîtes de nuit. L’homme s’est ragaillardi mais reste frêle. Qu’importe. Sa colère profonde est d’une telle puissance qu’il ira au combat pour l’expulser. Ça doit sortir et vite. Toujours plus vite, toujours plus fort. Complètement saoul. « À côté de ça, de par mon hypersensibilité, je pleurais devant Téléfoot. Tous mes potes me dévisageaient. Personne ne comprenait car un homme, normalement, ne pleure pas. »

« Pourquoi pas ? J’étais naturellement très drôle. »

Mickaël Hoareau trace sa route, sans savoir quel chemin emprunter. Il commence aux Assedic, échec, s’essaie en commercial, échec – « Je faisais des prix au rabais à tout le monde, ça n’a pas marché ». Alors que faire ? Des blagues ? « Pourquoi pas. J’étais naturellement très drôle. » Nous sommes en 2015, l’homme flirte avec ses 35 ans. « Ça a été un long cheminement. Plus d’un an et demi de mise en route. Quatre ans d’acceptation personnelle. Trois shows dans l’année… » Le trentenaire s’accroche à une illusion jusqu’à sa rencontre avec Shirley Souagnon, comédienne. Tout s’accélère très vite, Mickaël Hoareau devient Savat Pijon, puis Mika’H. Artiste, tout simplement.

Aujourd’hui, le quadragénaire fait d’une pierre deux coups. Lui qui s’est réparé, mêle thérapie et rire entre quatre projecteurs. Auprès des jeunes en réinsertion sociale. « En fait, ce que je fais avec eux, c’est ce dont j’aurais eu besoin plus jeune. Je les écoute, les comprends, et leur donne confiance en eux. Et surtout je leur assure qu’il ne faut l’approbation de personne. Moi, je suis Français, Algérien et Réunionnais. Personne ne peut me l’enlever. »

Tom Savary

Photos : © Ben JH

(Contribution extérieure)

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