⏱️ Temps de lecture estimé : 4 min(s)

🎧

Le Kerveguen a programmé un pédocriminel avec des jeunes de l’école de musique

Dans un post Facebook publié le 10 mars dernier, le Kerveguen annonçait un concert pour le 30 mai prochain de l’école de musique de Saint-Pierre avec le chanteur Ti Fock. Pourtant, Ti Fock de son vrai nom Jean-Michel Fock a été condamné à deux reprises pour des faits d’agressions sexuelles sur mineurs en 1998 et 2005. Il a depuis été déprogrammé mais plus par souci de disponibilité que d’éthique.

On pourrait croire que les dernières révélations sur les violences sexuelles commises dans le milieu de la culture auraient créé un électrochoc, mais non. En effet, Ti Fock, chanteur de maloya reconnu aux influences jazz et électriques, condamné deux fois pour agressions sexuelles sur mineurs en 1998 puis 2005 devait se produire avec l’école de musique de Saint-Pierre le 30 mai prochain au Kerveguen à Saint-Pierre.

Nicolas Puluhen fondateur de l’association Mon P’tit Loup, engagée dans la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants, n’en revient pas.
La veille encore, il proposait à la salle un artiste pour le faire programmer.



« Dès qu’on m’a informé, j’ai directement mis fin à cette demande. Ce n’est pas possible, il y a des gens qui se sont réunis autour d’une table pour le programmer, un graphiste, puis un chargé de communication et et personne n’a vu le problème, tout le monde cautionne ! », s’énerve Nicolas Puluhen.

« Quand en tant que bénévoles on s’investit pour faire de la prévention auprès de gamins et que des gens peuvent se permettre de programmer en compagnie d’enfants quelqu’un de condamné et récidiviste, ça fout la rage », poursuit-il.

Ti Fock
L’école de musique de Saint-Pierre devait se produire avec Ti Fock le 30 mai prochain mais l’artiste ne sera finalement pas présent.

Une annulation mais pas de remise en question

Après plusieurs appels pour la direction restés sans réponses ce matin, un régisseur de la salle nous informe que Ti Fock ne sera finalement pas présent le 30 mai.
« Il n’apparait plus sur les fiches techniques, il n’est plus programmé pour le 30 mai. »
D’après le régisseur interrogé, l’annulation est plutôt due à un souci de disponibilité qu’à une prise de conscience des organisateurs. Les deux personnes travaillant au Kerveguen contactées avaient bien connaissance des condamnations de Ti Fock. Suite à notre appel, l’affiche a été retirée de la publication Facebook sans plus de commentaires. Il faut dire que ce n’est pas une première, malgré ses condamnations, Ti Fock a pu donner un concert au Kerveguen en décembre 2024, au Bisik en 2019 ou encore au Sakifo en 2023.
Encore une carrière brisée…
Mais ce qui change la donne, c’est qu’il ait été envisagé de le faire participer avec des mineurs alors qu’en 2005 c’est bien pour des faits d’agressions sexuelles sur des élèves qu’il a été condamné. Si cela ne pose peut-être plus une question de légalité vingt ans après les faits, la dimension morale peut difficilement être évitée.

Un exemple de plus dans la culture

Ce n’est pas la première fois que le milieu culturel est émaillé de polémiques autour de ce sujet. Des collectifs comme NousToutes974 ou Collages féministes Réunion sont déjà montés au créneau pour appeler à l’annulation de la programmation d’artistes ciblés par des accusations de violences sexuelles. Ce fut le cas pour Ary Abittan, Jeane Manson ou encore Ibrahim Maalouf. Pour le cas de Jeane Manson, l’association Mon p’tit loup s’était aussi positionnée contre son spectacle au Téat Plein Air (NDLR : Jeane Manson a été accusée par Coline Berry, son ex-belle-fille, d’avoir participé à des agressions sexuelles avec Richard Berry quand Coline Berry était mineure. Une plainte en diffamation a été déposée par Jeane Manson aboutissant à une relaxe pour Coline Berry). Depuis Nicolas Puluhen se dit blacklisté par la salle mais il l’assume : « Je sais que la cause pour laquelle on se bat est juste et je connais les dégâts causés par ces actes. C’est mon devoir aujourd’hui en tant qu’adulte de prendre la parole. »

Léa Morineau

Photo mise en avant : mairie de Saint-Pierre

630 vues

A propos de l'auteur

Léa Morineau

Journaliste, étudiante à l'ILOI en alternance chez Parallèle Sud. Cocktail de douceur angevine et d'intensité réunionnaise, Léa Morineau a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour l'éducation aux médias et à l'information, elle s'est rapidement prise au jeu du journalisme. A travers ses articles, elle souhaite apporter le regard de sa génération et défendre un journalisme qui rayonne au-delà des apparences.

Ajouter un commentaire

⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.

Articles suggérés

S’abonnerFaire un donNewsletters
Parallèle Sud

GRATUIT
VOIR